‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 36 sur 684 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Qu'élaot rvtoora< «Itez lui U $e l«iiaa rmporf^ daiu k* dé- < bauetm, DoooUlantkirfnioniraua«tk w utèn. Dnfaulrt I qu’oa avaic faite* dan* «oo éducation. |

J'avais en cette année discontinué mes études, i parce qu'étant revenu d'une ville proclie du lieu : de ma naissance, nommé Madanre, où l'on ■ m'envoya d'abord pour apprendre les lettres humaines et les principes de l'éloquence, j'at- ! iciMlais qu on eût préparé l'argent nécessaire

pour un voyage plus long que n'avait été le premier, mon père se disposant de m'envoyer â Carthage , plnlùt par un effort d'ambition qu'il avait pour moi , que par k pouvoir que son bien lui eu donnait , n'étant qu'un des moindres bourgeois de Thagaste. Mais à qui dis-je ceci? Ce n’est pas à vous, mou Dieu, qui savez tout , je k dis à mes frères ; en m'entretenant avec vous, je k disi tous les hommes, ou plutôt à ceux qui pourront jeter ks yeux sur ce que j’éais, en quelque petit nombre qu'ik puissent être; et k but que je me propose en tout ce livre, mon Dieu, est de considérer moiméffle et de porteries autres à considérer avec moi , combien est profond cet abîme de misère dans lequel nous sommes plongés, et du fond duquel nous devons pousser nos cris en haut , afin qu'ils pénètrent jusqu'à vous. Et néanmoins vous vous approebez de nous , et vous êtes tout prêt de nous écouter aussitôt que notre ctrur reconnaît ses fautes et que nous commençons â vivre par l'esprit d'une véritabk foi. U n'y avait personne alors qui ne louât extraordinairement mou père de ce qu'il me donnait ainsi au-delà de ce que son bien lui pouvait permettre , tout ce qui m'était nécessaire pour continuer mes études dans une ville si éloignée ; nul de ces concitoyens , quoique beaucoup pins riches que lui , ne prenant un tel soin pour ses enfons. Et cependant il ne se mettait nuilemoit en peine que j'avançasse dans votre crainte ù mesure que j'avançais en âge , ni que je fusse cliasie ; mais il ne désirait autre diose sinon que je fusse éloquent et que je susse composer un discours fkuri , pendant que j'étais moiméme une terre déserte et infructueuse , et que le champ de mon âme , dont vous étiez , mon Dieu , le seul , le bon et k véritabk maître et possesseur, ne recevait aoenne culture de votre main , ni aucune iufloence de votre grâce.

Ainsi , lorsqu’en cette seizième année de mon âge , la nécessité de qneiques allàires domestiques me contraignit d'interrompre mes études et de demeurer en la maison de mon père, je me semis piqué par les pointes des désirs impurs. Ces épines et ces ronces crurent tout d’un coup et s'devèrent par-dessus ma tête , sans qu'il se trouvât aucune main favorable pour ks airacber. An contraire , mon père se baignant un jour avec moi ,el s'apercevant qne je dereiuria

COiNFESSIONS DE SAINT

tout homme , comme s'il eût espéré de me voir marié bientAt et de ae voir des petits eofans , il le vint dire avec grande joie à ma mâ«, joie fbneste et roalheureuae , dans iaqnelle les enbuis do monde s’attachant aux choses basses par le déréglement de leur voloolé corrompue, et étant enivrés de leurs passions, qui comme un vin fumeux oflbsquent par leurs vapeurs imperceptibles la plus haute partie de leur âme , vous oublient, mon Dieu, vous qui êtes leur Créateur , pour aimer au lieu de vous votre créature. Il est vrai que pour ce qui est de lui il n’était encore que catéchumène, et depuis fort peu de temps. Slais ma mère était plus avancée dans la piété ; vous aviei déjà commencé â bâtir votre temple dans son «cor, et â y demeurer par la présence de votre esprit. C'est pourquoi elle se sentit â l'heure même tout émue , et elle fut touchée d'une crainte vraiment chrétienne. Elle appréhenda, quoique je ne fusse pas encore fidèle ni baptisé, que je ne m’engageasse dans les égaronens et dans les désordres de ceux qui détournent leurs regards de dessus vous pour les porter sur vos créatures , an lieu de se tourner vers vous , pour vous contempler vousmême.

Hélas! mon Dieu , vous demeuriez dans le silence, pendant que je m'éloignais si fort de vous. Mais comment oserais-je dire que vous soyez demeuré dans le silence? De qui étaient ces paroles que ma mère , votre fidèle servante , fusait retentir à mes oreilles , sinon de vous , mon Dieu , qui me parliez par sa bouche ? Et cependant il n'y en eut aucune qui pénétrât jusqu'au fond de mon emur , et qui me persuadât de lui obéir. Car il me souvient que , dans l'appréhension qu'elle avait que jene tombasse dans le vice, elle me prit un jour en particulier et m’avertit avec un extrême sentiment de ne me point laisser emporter à des amours impudiques, et surtout de ne commettre jamais d'adultère. Mais ces remontrances passaient dans mon esprit pour des remontrances de femme ; et il me semblait qu'il m'cùt été honteux de les suivre. Cependant je n'apercevais pas qu'elles étaient d'un Dieu , et qu'elles venaient de vous ; et au lieu que je m'imaginais que vous vous taisiez, et qu’elle seule me parlait, c'était vousmême qui me parliez ainsi par elle , et c'était vxMis-mème que je méprisais en elle ; que je mé-

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prisais, dis- je, moi qui étais son Hls , et qui étais votre serviteur et le fils de votre servante. Mais alors j'étais dans une profonde ignorance de toutes choses , et je courais dans le précipice avec un tel aveuglement , qu'étant parmi ceux de mon âge , qui se vantaient publiquement de leurs excès et de leurs débauefaes d’autant plus qu'elles étaient plus infâmes et plus criminelles , j'avais honte de n'ètre pas aussi corrompu que les autres ; et je me portais avec ardeur dans le péché, non-seulement pour trouver quelque plaisir en le commettant , mais encore pour être loué de l'avoir commis. Qu'ya-t-il dans le monde qui soit digne de blâme que le vice? Et cependant par un renversement étrange, c'était la crainte même do blâme qui me portait â me rendre vicieux. Et lorsque je n'avais rien fait qui pAt^püer les débauches des plus perdus, je foisais sonblant de l'avoir fait pour ne paraître pas d’autant plus vil et plus méprisable que je serais plus chaste et plus innocent.

Voilà, Seigneur, quels étaient ceux en la compagnie desquels je marchais dans le chemin large de la Babylooe de ce monde, me roulant dans sa fange et dans sa boue comme dans des eaux de senteur et des parfums précieux. L’ennemi des hommes me foulait aux pieds invisiblement , et me plongeait dans le centre de la corruption du péché , afin que je ne pusse jamaism'en retirer, et il me séduisait parce que je voulais bien être séduit. Aussi ma mère , qui était déjà sortie du milieu de cette Babylone, mais qui néanmoins marchait encore lentement dans le chemin de la piété , eut bien le soin de m’avertir d'être chaste , mais elle n’en eut pas assez de veiller sur ma conduite après ce que mon père lui eut dit de moi, et de donner des bornes â mes passions dont elle prévoyait la violence , en les res.scrrant dans les bornes d'un légitime mariage, .si elles ne pouvaient être entièrement étonffées. Ainsi elle ne se mit pas assez en peine de remédier à mon mal en me mariant ; parce qu'elle appréhendait que m'engageant dans les liens du mariage , on ne ruinât l'espérance qu'on avait conçue de moi : je ne dis pas l'espérance de la vie future qu'elle attendait de votre miséricorde, mais l’espérance que je deviendrais nn jour habile dans les belles-lettres ; ce que mon père et ma mère désiraient tous deux avec une passion inmiodérée , quoique pour des causes

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bien diffémiles. Car mon pire le diairait parte qu'il ne pensait presque point du tout i voua , et qu'il formait sur moi des desseins et des prélentiona imaeinaircs ; et ma mire le disirait parce qu'elle croyait que ces sciences que l'un fait apprendre aux jeunes (yens nooseuiement ne me nuiraient pas, mais me serviraient pour (Miuvoir vous connaître et me donner tout à vous.

C'est, autant que je m’en puis ressouvenir, le ju0[ement le plus viritabic que je puis porter de la disposition où mon pire et ma mire itaient alors. Mais de plus, au lieu de me conduire avec une siviriti tempérée par la discrétion et par la douceur, ils me làcbaient la bride dans mes divertissemens, me donnant une liberté qui passait jusque dans l'cvcis et dans la licence , et me laissant emporter au déréglement de mes différentes passions, .\insi , mes ténèbres croissant toujours de plus en plus , il s’élevait dans imm esprit comme un brouillard épais qui me dérobait la claire lumière de votre éternelle vé- I ité , et mon ime se fortifiait toojours , ou , (mur user du terme sacré de l’Écriture, s’engraissait encore davantage dans la corruption et dans le mal.

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