‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 352 sur 684 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De qnHIe manière doui drvom enuMérer les anf

Après avoir expliqué ces choses de la que noos venons de dire, il faut maint élever notre considération vers cette Jérc céleste qui est notre mère, et chercher pn ment et avec attention, par les trois voie dites , les choses qui nous sont inconnues , toutefois que nous en aurons la permissii plutùt que Dieu nous en donnera la co

PAR SAINT BERNARD. - LIVRE V

sance. Premièranent donc , il faut savoir que les faabitans de cette sainte cité wnt des esprits puissans, glorieux, bienheureux, distingués en personnes, disposés en différentes dignités, qui sont toujours demeurés dans leur ordre depuis le commencement , parfaits dans leur genre, célestes de corps, perpétuels par l'immorlalité, impassibles , qui n'ont point été créés, mais qui ont été faits, cela s’entend par la grâce et non par la nature, purs d'esprit, bénins dans leurs affections, pieux dans la religion , intègres dans la chasteté , indivisibles dans leur union , jouissant d'une paix inaltérable, et que Dieu a produits pour vaquer au service et aux louanges de la divine majesté. Nous avons appris toutes ces choses par la lecture, et nous les croyons par la foi. Mais touchant les corps de ces esprits célestes, il y en a quelques-uns qui sont fort en doute , non-seulement d'où ces corps ont pu él rc fbrmés , mais aussi si réellement ils en ont de quelque manière que ce soit. C'est pourquoi si quelqu'un est d'avis de mettre cette question entre les problématiques, je n'y contredis nullement. Or, qu'ils soient doués d'entendement , nous le savons , non par la foi ni par l'opinion, mais par l’entendement même , parce qu'ils ne peuvent en manquer et jouir de Dieu tout enseniUe. Nous savonsencorc quclques-unsdeleurs noms, que nous avons appris par l'oreille, par lesquels nous pouvons en quelque fn^n conjecturer et discerner lesofflces, les mérites, les degrés et les ordres de ces esprits bienheureux , quoique l'oreillcdcs hommes n'en ait pas eu toute la certitude possible. Mais ce que nous n’avons point appris par l’oreille ne peut pas être de la foi, puisque saint Paul assure que o la foi nous est venue par l’ouïe. > Ainsi nous n'en pouvons parler que par opinion. En effet , pourquoi les noms de ces esprits céle^ , seraient-ils venus à notre connaissance, s'il ne nous était pas permis, .sans préjudice de la foi , de raisonner sur les choses dont les noms ne nous sont point inconnus , tels que sont ceux-ci : les anges, les archanges, les vertus, les puissances, lesdominations, les trônes, les chérubins et 1rs séraphins? Mais que signifient ces noms? Ne se troiivc-t-il point quelque différence entre ces esprits que nous appelons simplement anges, et ceux qu'on nomme archanges? Pourquoi donc celte distinction de degrés? Certes nous pouvons croire (si imiic-

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fois vous n'avez point de pensée plus raisonnable ) qu'on appelle anges ceux qui ont été donnés pour gardiens à chaque homme en particulier, selon la créance commune , qui , selon la doctrine de saint Paul, oont éléenvoyésau service de ceux qui parviennent à l'héritage du salut, > de qui le Sauveur a dit: «Leurs anges voient toujours la face de mon Père. • Nous pouvons croire que les archanges sont au-dessus de ceux-ci , et qu’ayant plus de part dans tous les divins mystères, ils ne sont envoyés que pour des cau.ses extraordinaires et les plus importantes, du nombre desquels était le grand saint Gabriel, archange , qui fut envoyé à la vierge Marie pour le sujet le plus important qui se puisse jamais rencontrer. Nous pouvons croire que les vertus, qui sont encore plus élevées, ont le pouvoir et la liberté de Faire des prodiges dans les élémens , et des élémens qui paraissent pour donner de la terreur aux mortels. El c’est de U peut-être qu’après avoir lu dans l'Évangile : « Il y aura des siipiesdans le soleil, dans la lune et dans les étoiles , i> vous trouvez ensuite , « car les vertus des deux seront ébranlées , « savoir, ces esprits par lesquels les signes se font. Nous pouvons croire que les puissances , qui sont supérieures à ces vertus, sont celles qui répriment la puissance des ténèbres, et arrêtent la malignité de cet air empesté , de peur qu’il ne Fasse tout le mal qu'il voudrait , ou qu'il n'en fasse que pour notre avantage. Noos pouvons croire qne les principautés les préedlent , et que c'e.st par leur conduite et leur sagesse que toutes les principautés de la terre sont établies, gouvernées, limitées, transférées, retranchées et changées; que les dominations umt tellement élevées au-dessus de tous les ordres précédens, qu’en comparaison d'elles, tous les autres ne semblent que des esprits destinés ù servir , et qu'on leur doit rendre compte , comme à des souverains , du gouvernement des principautés , de la protection des puissances, de l'opération des vertus , de la révélation des arclianges, du soin et de la prévoyance des anges. Que les trônes sont encore bien plus hauts que les précédens, et qu'ils sont appelés trônes, parce qu'ils sont assis, et qu'ils sont a.ssis parce que Dieu .se repose en eux, dans lesquels il ne se reposerait s'ils n'étaient assis rux-inémes. Vous me demanderez qu'est-ce que j'entends par celte

380 TRAITÉ UE LA CONSIDÉRATION

•éiiKe? Rien autre chose qu’uue souTeraine tranquillité, une sérénité très paisible, et une paix qui surpasse tout entendement. Tel est le Seigneur des années qui est assis dans les trônes, jugeant toutes choses dans une très parfhite tranquillité, très paisible en lui-méme, et très serein et très calme, et qui établit les trônes parlàilement semblables à lui-méme. Que les cMnibins puisent dans la fontaine même de la sagesse , qui est la bouche du Très-Haut , les fleuves de la science, pour les répandre ensuite sur tous les citoyens de la Jérusalem céleste; et c'est peut-être de ce torrent dont parle le prophète-mi ; « Un torrent impétueux qui réjouit la cité de Dieu. • Enfln , que les séraphins soient des esprits tout embrasés de ce feu divin , qu'ils communiquent partout , afln que scs citoyms soient autant de lampes ardentes et luisantes, ardentes enchanté, et luisantes en ooniuissance.

Ah , mon cher Eugène ! qu'il foit bon ici , et qn'il y forait encore meilleur pour nous si nous noos trouvions tous entiers , où nous ne sommes arrivés que par une partie de nous-mêmes ! Nous y sommes déjù en esprit , mais non pas encore entièrement; nous n'y sommes que par une partie , et par une partie trop petite. Nos affoctions languissent accablées sous le pesant fot^ deau de la chair, et nos désirs demeurant attachés à la fange , il n'y a que la simple considération toute sèche et toute hiMe qui s'élève jusque-U. Et toutefois ce peu de satisfaction que nous en recevons déjà, ne laisse pas de nous faire écrier : « Seigneur, j'ai chéri la beauté de votre maison et le lieu où réside votre gloire. Que si rame vient une fois à se recueillir tout entière en elle-même, et que, retirant ses affections de tous les endroits où elles sont détenues captives , en craignant ce qui n'est point à craindre , en aimant ce qu'il ne fout point aimer, en s'affligeant en vain , et en se réjouissant encore plus vainement , elle prenne son vol vers le ciel avec tontes ses forces et sa pleine liberté , qu'elle .s'y transporte par la ferveur de son esprit et s'y insinue par l'abondance de la grJee , n'esl-il pas vrai qu'anssitôt qu'elle aura commencé à se promener dans ces demeures tout éclatantes de lumières , et J considérer de plus près ce glorieux sein d'Abraham, et à visiter sous l'autel quel qu'il suit les èmes des martyrs, lesquels

étant déjà revêtus de la première étole d< attendent la seconde avec une palien veilleuse , n'est-il pas vTai , dis-je, que p die s'écriera encore bien plus fbrtem disant avec le prophète : iJ'ai demai chose à mon Dieu, et je la lui demandi core avec instance , qui est , que je pu meurer tous les jours de ma vie dans la du .Seigneur, afln que je connaisse sa vr que je visite son saint temple?» Qui ei rait d'y voir le cteur de Dieu? d'y ap per expérience quelle est sa bonne vol< volonté de bon plaisir et sa volonté parf volonté , dis-je , qui est bonne en elle agréable en ses effets et è ceux qui e jouissance, parfaite pour 1rs parfaits ceux qui ne recherchent rien qu'elle. O dairement les entrailles de la misérico pensées de la paix , les richesses du si mystères de la bonne volonté , les seen bonté qui sont cachés aux mortels , et si même aux élus, quoique pourtant à lei tage, afin qu'ils ne cessent point de ci tandis qu'ils ne sont pas encore trouvés i d'aimer dignement.

On peut voir en ceux qu'on appdl plans, de quelle manière aime celui aucun sujet d’aimer, mais qui ne hait tout ce qu'il a foit ; de quelle façon il et il avance, il embrasse ceux qu'il a ft être sauvés; de quelle foçon ce feu dlvii mant les péchés de la jeuncs.se qu'il a cl les pailles de ses ignorances, il la put parfaitement et la rend très digne de son On peut voir dans les chérubins, qui i pelés plénitude de science, que Dieu es gneur des sciences, qu'il est le seul qui ce que c'est qu'ignocancc , qui est toute 1 et dans lequel il n'y a nulles ténèbres, tout oeil, et qui ne peut jamais être t parce que jamais il n’est fermé , qui ne emprunter de lumière hors de soi , do liesoin de s’approcher pour voir, par voit par lui-mème et qu’il est lui-mème pre lumière. On peut voir, dans les trùr le juge qui a pris séance ne doit nullcm suspect à l'innocence , ne voulant sur personne et ne pouvant lui-même être i parce qiri! aime et qu'il connaît de la fa nous venon' de dire. Au reste , la perpé

PAU SAINT BERNARD. — LIVRE V

cette aiauce est une marque infaillible de sa parfaite tranquillité. Ah ! je désire que mon jut^ment se fisse par un tel juge qui aime si parfaitement et qui n'est point sujet It l'eiTt-ur ni au trouble. On peut voir dans 1rs dominations, combien grande est la majesté de ce Seigneur, dont l'empire sulisiste |iar sa seule vuluiité et qui n'a puur bornes de sa puissanee que l'uniyers et rétemité. On peut voir dans les principautés le principe de tout être, et que comme la porte est conduite par le gond, de même l’univers est gouverné par .si providence. On peut voir dans les puissances avec quel pouvoir ce même prince protège ceux qu'il gouverne, en chassant et repoussant les autres puissances qui leur sont contraires. On peut voir dans les vertus , qu'il y a une vertu qui s'étend partout également , de laquelle toutes choses tiennent leur être, qui est vivifiante, efficace, invisible, immobile, mais pourtant qui meut toutes choses utilement et qui les maintient fortement; et lorsqu’elle fait paraître aux hommes des effets extraordinaires, on les appelle des miracles et des prodiges. Enfin, on peut voir et admirer dans les anj^es et les ûN changes la vérité et l'expérience de cette parole , a qu’il a véritablement soin de nous , puisqu'il ne cesse point de nous réjouir par les visites de ces exccllens esprits , de nous instruire par leurs révélations, de nous avertir par leurs inspirations et de nous consoler par les bons offices qu'ils nous rendent continuellement.

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