CHAPITRE V
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de Dieu en eux.
C’est l’nniquc et le même esprit souverain qui a donné tous ces avantages , dont nous venons de parler , à ces esprits célestes auxquels il a donné l’être, les leur distribuant â chacun comme il lui a plu; c'est lui qui opère en eux toutes ces choses et qui leur a donné la vertu de les opérer, quoique diversement. Car les séraphins sont tout embrasés, mais de ce feu de Dieu ou plutét du feu qui est Dieu même. Et le plus grand avantage qu'ils possèdent , c’est qu’ils aiment , mais non pas autant que Dieu ni delà même manière que Dieu. I.es chérubins sont tout lumineux et excelicns en science, mais par participatkHi de la vérité, et partant ce n’est ni de la
façon ni autant que la vérité. Les trônes sont assis , mais par la faveur de celui qui est assis en eux ; ils jugent aussi avec tranquillité, mais non pasavec la mesure ni eu la manière de la paix pacifiante, de cette paix qui .surpasse tout entendement. Les dominations mai dominautes; mais elles dominent sous le même Seigneur , auquel elles rendent service. Or quel rapport de cette domination particulière avec ta .souveraine, l'étcrnelle et l'unique ? Les principautés président et gouvernent ; mais elles sont elles-mêmes gouvernées, en sorte que si elles cessaient d'être gouvernées, elles cesseraient aussi de gouverner. La force excelle dans les puissances ; mais celui à qui elles sont redevables de leur force est tout autrement fort qu’elles ; car non-seulement il est fort , mais il est la force même. Les vertus ont soin, selon leur office et leur pouvoir, d'exciter les cœurs engourdis des hommes , par le changement des signes; mais c'est la vertu qui demeure en elles qui fait ces merveilles. Elles les font véritablement en quelque façon , mais à l’égard de Dieu on peut dire qu’elles ne les font pas. Enfin, il y a tant de différence de l'une à l’autre , que le prophète dit singulièrement à Dieu ; «Vous êtes le Dieu qui opérez les merveilles. » Et parlant encore de lui en un autre endroit , il dit ; « Celui qui seul fait les grandes merveilles. « Enfin, les anges et les archanges sont proches de nous ; mais celui-lê nous est encore plus proche , qui n’est pas seulement auprès de nous, mais qui est aussi au dedans de nous.
Que si vous me répliquez qu’un ange peut aussi se trouver au dedans de nous , je ne le nie point , vu qu’il est écrit , « l'auge qui parlait en moi. K Mais il y a encore ici une difTércnee très notable ; car l’ange qui est en nous nous y inspire le bien, mais il ne l’y apporte pas; il nous exhorte au bien, mais il ne produit pas le bien en nous. Au lieu que Dieu est tellement au dedans de nons qu’il y communique et y verse le bien, ou plutôt qu’il s'y répand et s'y eonainunique lui-même , de telle sorte que l'apùtre n'a point fait difficulté dédire qu’il n’est qu’un même esprit avec le nôtre , quoiqu’il ne soit pas une même personne ni une même substance. «Celui, dit-il , qui est uni à Dieu , est un même esprit avec lui. « L’ange est donc avec l'âme , et Dieu est dans l’âme ; l’ange y est comme demeurant
3g2 TRAITE DE LA CONSIDERATION,
a»eC fllp , et Dieu y est comme sa pntpre vie. Ainsi, comme famé voit par les yeui , entend par les oreilles, flaire par le nez, goûte par le palais, et touche par tout le reste du corps , de mfme Dieu opûre diverses choses en divers esprits ; par exemple, il se montre aimant dans les ims, connaissant dans les autres, et en d'autres op<?rant d'autres choses, ■ selon qu'il manifeste son esprit en chacun |K>or son utilité. • Qui est donc crIui-IJ qui nous est si commun par les paroles et si éloigné dans les choses? Comment est-ce que celui dont nous parlons si souvent , quand il est renfermé dans sa majesté s'échappe entièrement de notre vue et de nos affections? Écoutez comme il parle aux hommes :« Autant que lescieui sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont-elles éloignées des vôtres, et mes pensées de vos pensées. » On dit que nous aimons, et la même chose se dit de Dieu : on dit que nous oonnais.sons , et la même chose se dit aussi de Dieu , avec plusieurs autres choses. Mais Dieu aime comme charité , il connaît comme vérité , il juge comme équité, il domine comme majesté, il dirige comme principe , il protège comme salut , il opère comme vertu , il révèle comme lumière, il assiste comme Itonlé. les anges font toutes ces choses et nous aussi, mais d'une manière bien plus basse, cl non par le bien que nous sommes , mais par celui auquel nous participons.