CHAPITRE VI
Qne ta qualité de prtuciiM' H d'rtaniep ne CYMiTirnt tnutnellN'UI qn'S llieu aenL
Mais passons maintenant au-delû de ces esprits, et dites, si vous le pouvez, avec l'é|iouse du cantique : «Après que je les ai un peu passés, j'ai trouvé celui que mon âme désire. • Qui est celui-là? Certes je ne puis rencontrer rien de meilleur que «celui qui cst.sCest la réponse qu’il à voulu qu'on donnât de lui-mèmc ; c'est ce qu'il a enseigné à Moïse lorsqu'il lui ordonne de dire au peuple : «Celui qui est m'a envoyé vers vous; «et cela avec grande raison, puisqu'on ne peut rien tremver de plus conforme à l’éternité , qui est Dieu même. Si vous dites de Dieu qu'il est bon, qu'il est grand, qu'il est bienheureux , qu'il est sage ou quelque autre cIkmc de semblable, tout est compris en ce mol ;«Ccst celui qui est. > Car tire tout cela , est son propre
être. Si vous y ajoutez encore cent autres choses, vous ne vous êtes point éloigné de son être. Si vous les dites, vous n'y ajoutez rien, et si vous ne 1rs dites pas, vous n'en diminuez rien aussi. Que si maintenant vous avez considéré cet être si singulier et si souverain , n’est-il pas vrai qu'en enmparai.son de lui , tout ce qui n'est point lut vous lirait plutôt n’élre point, qu’ètre?Qu’esl-ce encore que Dieu? Celui sans lequel rien n’est.
Il est autant impossible que quelque chose soit .«ans lui , que lui sans lui même ; il est son être et l'être de toutes choses, et ainsi fl est en quelque façon le seul qui est, étant son propre être, et l’être de tous les êtres. Qu’est-ce que Dieu ? « Il est le principe , « c'est la réponse qu'il a faite de lui-même. Il se trouve plusieurs principes dans les choses , mais c’est à l'égard des postérieures ; autrement si voua regardez ce qui précède, c'est le principe même que vous trouverez. C'est pourquoi si vous cherchez un vrai et simple principe, il faut que vous en trouviez un qui n’en ait point d’autre. Car celui qui a donné commencement à tontes choses n'a point en lui-même de eommencement , puisqu'il faut nêeessairement que celui qui a commencé ail tiré son commencement de quelque endroit , rien ne l’ayant pu tirer de sui-même. Si ce n'est peutêtre que quelqu'un s'imagine que ce qui n’était point ait pu se donner le coiiimrncement pour être, ou que quelque chose ait été avant (|uc d’être. Mais comme la raison ne peut consentir à l'un ni à l'autre, il demeure constant que rien n’a pu être son principe à soi-même, et que ce qui a eu un principe ne |teut pas être le premier principe. D'où il s'ensuit que le vrai principe n’a jamais eu de commencement , mais que tout a commencé par lui-même.
Qu’est-ce que Dieu? Cest celui dont les siècles ne se sont jamais approchés ni éloignés, sans qne pour cela ils lui soient coélemels. Qu’est -ce que Dieu? « Celui duquel, par lequel, et dans lequel toutes choses ont été faites. » Dui|iiel toutes choses sont sortirs par cTéation et non |tar semence; par lrc]uel, afin que vous ne pensiez pas qu'il y ail un autre auteur, ou un autre architecte de l'univers; dans lequel, non comme dans un lieu, mais comme dans sa vertu, tout a été fait ; duquel, comme d'un seul principe , auteur de toutes choses ; par lequel, afin de ne pas inlmdiiier un second
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PAH SAINT BERNARD. ~ LIVRE V
principe qui suit ; l'ouvrier dans lequel , de peur que vous u'adinettiez un troisième principe, qui suit le lieu; duquel, et non pas de quoi, parce que Dieu n'est (luint la matière, il est la cause effîcieiite de toutes choses et non la matérielle. C’est en vain que les pliilusuphrs cherdicut une matière. Dieu n'en a pas eu hesoin ! Il n'a point clierclié de boutique ni d'artisan ; il a fait toutes choses par soi-mème et en sui-mème. Mais de quoi? De rien. Car s’il les avait faites de quelque clmse, il n'aurait pas lâit celle-là, et partant il n'aurait pas fait toutes clmses. Gardez-vous bien de croire que de sa substance incurrompue et incorruptible il ait fait toutes choses quoique bonnes , mais pourtant corruptibles. Vous me demanderez si toutes choses sont eu lui, où est-il lui-méinc? Je ne trouve rien davantage; rar quel lieu est ca|»ble de le contenir? Mais où n'est-il pas? Je ne saurais non plus vous le dire. Car quel lieu peut être sans lui ? Dieu est incompréhensible , néanmoins vous u'en avez pas peu compris , si vous avez bien reaumu que ne pouvant être enfermé en quelque lieu que ce soit, il n'est nulle part; et que n'étant exclu d'aucun lieu, il est partout. Mais comme toutes choses sont en lui, il est aussi lui-mènic en toutes choses , de sa manÜTc tout-à-fait sublime et incompréhensible. Enfin , comme dit l'évangéliste : < II était dans le monde,» ou si vous voulez, il est où il était avant que le monde fût fait. Ne me demandez |)oint davantage où il était, il n'y avait rien hors de lui , et parlant il était dans lui- ■nème.