CHAPITRE VII
ItQ la «roplkité et Trioité de Dieu.
Qu'est-ce que Dieu? La chose dont ou ne lient rien penser de mieux. Si vous approuvez ce sentiment , il ne faut pas que vous croyiez qu'il y ait quelque chose qui soit Dieu, et que Dieu ne suit pas; car, assurément , ce serait quelque chose de meilleur. Et comment ne serait-ce pas quelque chose de meilleur <|ue Dieu, si Dieu n'est pas ce qui lui donne l'ètre? Or , nous confessons avec bien plus de raison que cette divinité par laquelle on dit que Dieu est, n'est autre chose que Dieu même; il est donc vrai qu'il n'y a rien en Dieu que Dieu. Quoi! disent-ils, niezvous que Dieu ait la divinité? Nullement ; mais
il est lui-mènie ce qu’il a. Vous niez donc qu'il suit Dieu par la divinité? Point du tout. Mais il ne l'est pas par une autre que celle qu'il est luimènic , ou si vous croyez en avoir trouvé une autre, je proteste , avec l’aide de Dieu qui est trinité , que je la combattrai avec toute la vigueur qui me sera possible, la quaternité divise le inonde , mais elle ne marque point la déité. Dieu est trinité , ilest cliacune des trois personnes. Que s'il vous plaît d'ajouter une quatrième divinité, pour moi je .suis persuadé que je ne dois nullement adorer celle-là qui n'est point Dieu, et je crois bien que vous en ferez de même, et que « vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et ne servirez que lui seul. > Ce serait là une glorieuse divinité (|ui n'oserait pas s'attribuer un honneur divin ! Mais il est bien plus à propos de rejeter tout-à-fàit cette quatrième, que de la recevoir sans honneur. Un dit bien qu'il y a plusieurs choses ru Dieu , et un le dit saiumient et catholiquement; mais toutes ces choses n'en sont qu'une. Autrement, si nous les noyons différentes les unes des autres, nous ne tenons |ias seulement une quaternité , mais , s'il est permis de parler ainsi ,une centenité. Par exemple, nous, disons que Dieu est Ixm, grand, juste, et une infinité d'autres choses semhlables; mais si vous ne les regardez toutes comme une seule cliose en Dieu et avec Dieu , vous aurez un Dieu multiple. Cependant, il m'est aisé de penser quelque chose de meilleur qu'un Dieu de cette sorte. Et si vous me demandez ce que c'est , je vous dirai que c'est une pure simplicité. A bien juger des clioscs, la nature simple est préférable à la multiple. Je sais ce qu'on a coutume de répondre à cela. Nous ne soutenons (las, disentils, qu'il faille attribuer à Dieu plusieurs choses de cette manière ; mais seulement une divinité que toutes ces choses-là sont. Vous souienrz donc un Dieu qui est au moins double, s'il n'est pas multiple; et partant vous n'ètes point encore arrivé à ce pur simple, et à cet être dont ou ne peut rien penser de meilleur. Car ce qui est sujet à une seule forme n'est pas plus simple qu'une fille serait vierge, qui n'aurait été connue que d'un seul homme. Je le dis hardiment : ce Dieu qui serait double ne serait pas le mien, parce que j'en ai un autre qui est meilleur. J'avoue que je préférerais celui qui ne serait que double, à l'autre qui serait plus grand en
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TRAITE DE LA CONSIDÉRATION
nombre et plus multiple; mais je n'en ferais nulle estime en comparaison de celui qui serait parfaitement simple. Celui-ci est mon Dieu véritablement et catholiquement. Il a aussi peu eeei et cela , que celles-ci ou c-elles-là. Il est celui ipii est et n’est point ces choses-lû. U est pur, simple, entier, parhiit, subsistant en soi-méme, ne prenant rien en soi des temps, des liens, ni des choses; ne mettant rien de soi en elles, n'ayant rien en soi qui se divise parle nombre, ni qui se puisse ras.sembler dans l'unité, parce qu'il est simplement un et non une chose unie. Il n’est point composé de parties comme le corps; il n'est point dans de diffihens sentimens comme l'ame ; il ne subsiste point par ses formes, comme tout ce qui est créé, et n'en a pas même une seule, selon que quelques-uns l'ont voulu croire. En effet, ce serait une fp-andc louanj^e 1 Dieu de dire qu'il se contenterait d'une forme, aBn de s'exempter de plusieurs autres. Ce serait dire que Dieu ne serait redevable de ce qu’il est qu'à une seule chose, au lieu que toutes les autres doivent leur être i plusieurs. Quoi donc ! celui auquel tout ce qui est est redevable de son être, reconnaîtra un autre bienfiiitcur de son être? Cette louange, comme l'on dit ordinairement, vaut autant qu’un blasphème. N'est -ce pas davantage de n'avoir besoin de rien que d'avoir besoin d'une seule chose? Rendez donc h Dieu ce respect de lui attribuer ce qui est plus ncellent. Si votre cœur a pu monter jusquedà, comment pourrez-vous placer votre Dieu au-dessous? Il est lui-mème ta forme et son essence. Cest dans ce degré suprême que je le regarde; et si j'en connaissais on plus relevé, je le lui donnerais. N'aurait-on point sujet de craindre que la pensée ptU encore aller au-dessus de celui-li? Mais qu'elle s'élève tant qu'elle voudra, il est encore au-delà de sa portée. Cest une chose ridicule , de chercher le Très-Haut au-dessous de ce que l'homme peut concevoir, mais c'est une impiété de l'y placer. U feut le chercher au-delà et non en-deçà.
Élevez-vous encore, si vous pouvez, dans une plus haute pensée, et Dieu se trouvera encore plus élevé. Dieu n'a point de forme , il est la forme lui-mème. Il n'a point d'affection , il est l'affection même. Il n'est point composé , U est purement simple. Et, pour vous foire con-
naître clairement ce que j'entends par le terme de simple, c'est le même que le mol un. Diai est aussi simple qu'il est un ; or , il est tellement un que rien ne l’est comme lui , de sorte que si l'on peut parler de la sorte , il est très un. Le soleil est un , parce qu'il n’y en a point d'autre; la lune est une , parre qu'il n'existe point aussi d'autre lune; Dieu est véritablement un en celle manière, mais il l’est encore plus. El comment ee plus? Il est un à soi-même. Vouiez-vous que je vous le donne mieux à euleudre? Il est toujours le même et de la même manière. A la vérité le soleil est un , la lune est une, mais ce n’est pas de la même foeon que Dieu; car l'im et l'autre déclare qu'il n'est pas un à soimême, celui-là par ses mouvrmens,et celle-d par ses défaillances. Mais Dieu n'est p^is seulement un à soi-même, il l'est encore en soimême, n'ayant rien en soi que soinnême. Il ne reçoit point d'altération par le temps , ni d'altérité, si l’ou peut user de ce mut, dans sa substance. Ce qui a fait dire à Iloêce avec beaucoup de vérité : Cet être est vraiment un, dans lequel il ne se trouve nul nombre, ni rien autre chose que ce qui est. II ne peut servir de sujet, puisqu'il est la forme même. Et si vous comparez à cet un tout ce qu'on peut appeler un , il cessera d'être un. Toutefois, Dieu est trinité. Mais quoi! détruisonsmous ce qui a été dit de Funité, m admettant la trinité? Nullement; mais nous établissons l'unité. Nous disons le Père, nous disons le Fila, nous disons le Saint-Esprit : toutefois, nous ne disons pas trois Dieux , mais un seul Dieu. Que veut donc dire , pour parler ainsi , ce nombre sans nombre? Si l'on dit trois, comment n'y at-il point de nombre? Et si l'on dit un, où est ce nombre? Mais , dites-vous, j'y trouve de quoi compter et de quoi ne pas compter. Il n'y a véritablement qu'une substance, mais il y a trois personnes. Qu'y a-t-il de surprenant ou d'obseur en cela? Rien du tout, si l’on commit les personnes séparément de la substance. Néanmoins comme ces trois persoimes sont celte même substance, et celte unique sul»taiice ces trois personnes, qui pourra nier qu’il y ait un nombre, puisque véritablement le nombre de trois s'y trouve ? Mais , d’autre part , quel nombre trouvera-t-ou, puisque effoctivement il n'y a qu'une seule chose? Ou bien, si vous croyez
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PAR SAINT BERNARD - LIVRE V
qu'il est aisé d'expliquer ce mysttre en disant trois, expliquez ce que vous avez compté. Sontce les natures ? II n'y en a qu'une. Les essences ? D n'y en a qu'une. Les substances? n n'y en a qu'une. Les déités? Il n'y en a qu'une. Mais ce ne sont pas, me direz-vous, ces choses-U que je compte; ce sont les personnes. Quoi ! ces personnes qui ne sont pas cette nature qui est une , qui ne sont pas cette unique essence, cette unique substance, cette seule divinité? Non, non, vous êtes cattolique et partant vous n'aurez garde de parler de la sorte.