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CHAPITRE XIV

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Nous connaissons ces cboses-lA, mais pour cela croyons-nous les avoir comprises? Ce n'est point la dissertation, mais la sainteté qui les comprend , si toutefois l'on peut comprendre en quelque foçon ce qui est incompréhensible. Que si cela ne se pouvait pas, l’Apôtre n’aurait pas dit : «Afin que nous comprenions avec tous les saints. > Donc il faut que les saints le comprennent. Mais vous me demandez comment? Si vous êtes saint, vous l'avez déjA compris et vous l'avez connu ; si vous ne l'èles pas , travaillez A le devenir et vous l’apprendrez p.vr votre propre expérience. On devient saint par une affection sainte , qui est double et qui consiste dans une sainte crainte et un saint amour de Dieu. L'Ame qui possède parfaitement ces deux exccllente.s qualités s'en sert comme de deux bras par le moyen desquels elle comprend Dieu ; elle l'cmbras.se , elle le serre, elle le tient et elle dit : • Je l'ai tenu et )e ne le quitterai |>oiR'.. » Au reste, la

PAR SAINT BERNARD. — LIVRE V

eraiote répond i U hauteur et i la profondeur, i et ramour 1 la longueur et à la largeur. En effet , ' qu'jr a-t-il plus à craindre qu'une puissance 1 laquelle on ne peut résister, et une sagesse de laquelle on ne peut se cacher? Véritablement, si Dieu manquait de l'une ou de l'autre, il serait moinsàcraindre; mais ayant un ceil qui voit tout, et une main qui peut tout, certes on le doit craindre en toute manière. Mais quoi de plus aimable quel’amour même , par lequel vous aimea et vous êtes aimé? Si est-ce pourtant que i’étemité venant à se joindre à iui , le rend encore infiniment plus aimable, parce que ne pouvant plus se démentir, il chasse dehors toute ia défiance qui le pouvait troubler. Aimez donc avec persévérance et avec douceur et vous possédez la langueur ; étendez ce même amour jusqu'à vos ennemis , et vous possédez la largeur; enfin, 'ayez tous les soins possibles de vous maintenir dans la crainte, et vous aurez atteint la hauteur et la profondeur.

Ou bien, si vous aimez mieux encore par quatre autres qualités , répondre également aux quatre divines dont nous parlons , vous en viendrez à bout par l'admiration, par la crainte, par l'amour et par la patience. Certes , on ne peut assez admirer la hauteur de la m^esté ; on doit craindre l'abhne de ses jugemens; sa charité demande la Ferveur de i'amour, et son éternité veut une persévérance qui ne se lasse jamais de souffrir. Qui est-ce qui se trouve dans une plus grande admiration que celui qui contemple la gloire infinie de Dieu? Qui est plus dans la crainte que celui qui pénètre la profondeur de sa sagesse ? Qui est phis touché d'amour que celui qui pense attentivement à sa charité? Et qui est plus constant dans la persévérance de l'amour que celui qui imite l'éternité de cette charité; puisque la persévérance est en quelque façon une image de l'éternité , et que c'est elle seule enfin à laquelle on donne l'éternité , ou plutôt qui met l'iHÎéme en possession de l'éternité, suivant cette parole de notre Seigneur : <i Quiconque aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé, s Remarquez donc maintenant , s'il vous plaît , qu'il y a quatre espèces de contemplation dans çesqnatrecboscs. là première et la plus grande.

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c'est l'admiration de la majesté; celle-ci demande un cœur parfoitement net et pur, afin qu'étant exempt de tout vice et déchargé de tous péchés, elle s'élève plus aisément vers les choses divines, et que, l'ayant quelquefois et pour quelques momens ravi d'étonnement et en extase , elle le tienne dans une admiration continuelle. La seconde, qui s'applique à la considération des jugemens de Dieu , lui est aussi nécessaire, en ce que, par cet aspect plein de frayeur , venant à épouvanter plus fortement celui qui envisage cet objet terrible, elle en chasse les vices, y établit les vertus, y donne le commencement à la sagesse, et y conserve l'humilité. Car l'humilité est le fondement le plus forme et le plus solide de toutes les vertus, et si elle vient à chanceler tant soit peu, tout ce grand amas de vertus ne manquera point de tomber en ruine. La troisième contemplation s'occupe , ou plutôt se repose dans le souvenir des bienfaits de Dieu ; et de peur que l'homme ne tombe dans l'ingratitude , elle le sollicite continuellement à la reconnaissance et à l'amour de son bienfaiteur. Le prophète parle de ceux-ci quand il dit à Dieu : i ils ne s'entretiendront que de l'abondance de vos douceurs. » La quatrième , oubliant toutes les choses passées, se repose dans la seule attente des promesses, et comme elle envisage toqjonrs l'éternité (car les choses promises sont éternelles), elle entretient la patience et donne de la vigueur et du courage à la persévérance. Or, maintenant , je crois qu'il est aisé de faire le rapport de nos quatre qualités avec ces quatre dont parle l'Apôtre , puisque la méditation des promesses ctHnprend la longueur; le ressouvenir des bienfoits , la largeur ; l'admiration de la majesté, la hauteur; et la vue des jugemens divins , la profondeur. Il foudrait insister davantage à la recherche de celui qui n'a point encore été assez trouvé, et qui ne peut être trop recherché ; mais comme on le cherche plus dignement, et qu'on le trouve plus aisément par la raison que par la dispute , je veux bien mettre fin à cet entretien , mais non pas à la rc-. cherche d'un si grand bien.

FIN DU TRAITÉ DE LA CONS t DÉ R ATI ON.

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DE JÉSÜS-CHRISÏ,

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