CHAPITRE n
TroUtènic lorte de Chr<licn&
Ce sont ceux qui font profèssion de coimaHre Dieu, et qui renoncent à lui par leurs oeuvres ; car aimant trop leur corps et les commodités de leurs corps , et s'attachant opiniâtrément aux maximes du siècle, ils s'endurci.ssenl de telle sorte contre la vérité de l'E vanijile que peu s'en ftiut qu'ils ne rou(;isseot d'étre chrétiens. Ils se flattent de jour en jour dans leurs péchés , et en ibnt une si forte habitude qu'ils n'en ont plus aucune honte. Ils n'ont de l'aflèction que pour les choses de la terre; et , ne jugeant du bien et du mal que par rapport aux plaisirs du corps, ils ne recherchent dans toutes leurs actions, non plus que les bétes. qu'l donner à leurs sens ce qu'ils désirent. Ils regaixlent les richesses comme le souverain bien , et s'ils ne les peuvent aeiinérir par de bonnes voies, ils tlchent de les avoir par de mauvaises. Rien ne leur parait infime ni indigne d'eux , pourvu qu'ils amasaént de l'argent et qu'ils s'élèvent aux digiùtée , dont ils font un abus sacrilège pour offenser leur Créateur. On peut dire d'eux ce que l'on disait autrefois de certains Grecs , qu'ils bâtissent comme s'ils devaient toujours vivre , et qu'iis vivent comme s'ils devaient mourir ie jour suivant. Ils gardent celle conduite parce qu'ils n'ajoutent point de foi à la parole de Dieu , et qn'ayant oublié la condition de la nature humaine, ils se promettent une longue suited'annérs. Ilssereposent dans la jouissance des objets qui passent , et qui seront bientôt chassés par d'autres objets, et ne se soucient point de ceux qui demeurent p.irre qu'ils ne songent jamais 1 l'élernité.
Ils sont lonnnenlés par l'arnhition, amollis par la volupté, enflés par l'orgueil, déchirés par l’en vie, agités par leurs passions, et tellement dégnWés de la piété chrétienne qu'ils n'ont que de l'aversion et de l'horreur des commande mens de Dieu. Jésus-Christ déclare hautement que bienheureux sont les pauvTes , bienheureux ceux qui pleurent , et qui souffrent persécution ;
VIE CHRÉTIENNE
ceux dont je parle disent, au contraire, que bienheureux sont ceux qui ahondent en richesses, qui sont élevés au-dessus des autres, et qui août respectés de tout le monde. I,e Sauveur a dit que quiconque ne renonce pas 1 tout ce qu'il possède ne peut être son disciple ; et ceux-ci retiennent avec passion ce qu'ils possèdent, et ne le perdent qu'avec douleur. Ils désirent même le bien d'autrui, et sont fort disposés à le ravir quand personne ne les empêche. Quelques-uns d'entre eux, après s'étre engagés dans l'ordre ecclésiastique, et avoir protesté publiquement qu'ils ne veulent jmint avoir d'autre partage que Jésus-Christ, renonrent 1 une promrs.se si solennelle, amassent sans cesse argent sur argent, et pos.sédent sous Jésus-Christ, qui est pauvre, des biens qu'ils ne possédaient pas dans le monde , qui est riche. Le Seigneur nous a commandé d'aimer nos ennemis, et de faire du bien à ceux qui nous veulent du mal. Les Chrétiens de ce dernier ordre haïssent leurs ennemis , et les offensent au moins par leurs désirs, quand ils ne peuvent les offenser en effet. Le Seigneur noos commande que si quelqu'un vent prendre notre tunique, noos lui laissions encore emporter notre manteau ; que si quelqu'un nous donne un soufflet sur la joue droite, nous lui présentions encore l'autre : y at-il quelqu'un qui lui obéisse? ou plutôt, y a-t-il quelqu'un qui ne méprise pas ce commandement, ou ce conseil, et qui ne s'en moque pas?Que chacun parcoure l'Évangile , et qu'il examine la vie de ceux qui font profession de le suivre , il trouvera qu'ilyatrès peu depersonnesqui l’observent exactement, et qui lui rendent l'honneur et le respect qu'ils lui doivent. Ils ne daignent pas même le lire ni l'écouler. Ils préfèrent à la parole de Dieu les contes impertinens et les fonsselés criminelles du monde , et font voir ciairemeiit par-U qu'ils sont du nombre de ceux qui n'entendent point la parole de Dieu, parte qu'ils ne sont point de Dieu. L'homme chrétien étant obligé de croire la parole de Dieu , de suivre ses conseils, et d’observer ses commandemens , il est sans doute que celni qni les méprise, cl qni les foule aux pieds, n’est point chrétien, lai foi qui n'a point tes oeuvres est morte , et nn grand mim ne servira de rien s'il n'est .soutenu par la pureté des mteurs et par la sainteté des devoirs aiixqueis il oblige.
li n'appartient pas à ki foi seule de mettre la différence entre le chrétien et i'infidèle. Il ap-
l'AR LE CARDINAL
partient auni aui mœurs , et la vraie rtU|;ion se doit distinguer de la lausse par les œuvres. Quelle peut Mre la fui de ceui qui mtlprisent les oommandenieii» de Dieu? Elle est semblable i ceile du démon, qui croit et qui tremble. PIftt à Dieu que ees personnes-li ne fussent pas plus méchantes que le démua ! Car au lieu que le démon a la loi et la crainte, elles n'ont point la crainte , bien quelles se vantent d'avoir la foi.