CHAPITRE IX
D'où Tient que lom tn bomnm ne loni pu ttntreai , bien qu'ih drtirpirt tuia de l'fire.
Toutes les personnes raisonnables demeurent d'accord qu'il n'y a point d'homme qui ne désire d'étrè heureux. Mais on a souvent disputé avec beaucoup de chaleur pour savoir en quoi le bouhenr oonsiste , et 1rs phikisophcs ont consumé leur temps et leur esprit pour l'apprendre.
I.CS Chrétiens, les infidèles, les savans, les ignorans, désirent égatemcnl de posséder le véritable honbenr ; mais il n'y a que 1rs Chrétiens qni sachent enquoiilconsiste. (larcrqn'il n’y a qu'eux qui aient découvert, |iar la lumière de la foi, que Dieu est l'unique source de la félicité, l’objet de tous les désirs, le souverain bien , la dernière fin que nous devons aimer plus que tmiles choses, et en la Jouissance de laquelle nous devons nous reposer. On ne saurait assez déplorer l'aveuglement et le désordre d’un nombre innombrable de Chréliens qui, bien qu’ils souhaitent avec ardeur d'étre heureux , ne font rien
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PAR LE CARDINAL
pour le devenir. Leur esprit est si furt ébloui par une fausse image de la félicité, et leurcceur si fort diarmé par la trompeuse douceur des biens de la terre , qu'ils ne cherchent januis rien qui soit au-dessus des sens. De hi vient que, quelque désir qu'ils aient d'ètre heureui , ils ne sauraient jamais l'étre , parce qu'ils ne veulent pas rapporter leurs actions i la fin dernière. Ainsi ils sont malheureui , non par aucun dessein qu'ils aient de l'étre, mais par le déréglement qui les |)orle i une conduite qui les rend malheureux malgré qu'ils en aient.
Comme tout cercle , quelque graud qu'il puisse être, n'a qu'un milieu que l'on appelle centre, où toutes les lignes se terminent , et comme , quelque division que l'on puisse faire de la circonférence, il n'y a jamais qu'un centre qui , tenant toqjours le milieu , semble commander les parties dont il est également éloigné, ainsi l'esprit de l'homme n'a que Dieu qu'il doive chercher, et où il doive tendre , et dès qu'il s'éloigne de lui , il est accablé par une multitude d'objets qui l'cmpéchcnt de trouver celui qu'il cherche. Dieu n'exige rien de nous, sinon que nous le cherchious , parce qu'il n'y a que cela qui soit nécessaire.
Quand tout le reste nous manquerait , il ne nous manquerait rien de nécessaire absolument , puisque notre vie même ne l'est pas. Que si notre vie n'est pas absolument nécessaire, ce qui se rapporte à elle l'est encore moins. Mais quiconque jouit de la vie est obligé à en jouir pour Dieu, et à le servir, parce que les créatures raisonnables ont été mises dans le monde ù condition qu'elles seront heureuses si elles sc tournent vers le bien immuable, et malheureuses si elles se délourncut de lui.
ClIAPirilE X.
Qn*! frat rapportpr tnntni riKwm k Diea |«r il porrté de rinlPnlioo.
Puisque nous ne somiiics dans le monde que comme des étrangers, et que nous n’y passoas que comme des voyageurs qui vont à leur pays, nous sommes obligés de mardicr sans nous arrêter, et de nous infitmier avec soin du lieu où nous prétendons arriver; c’est-à-dire d’examiner sérieusement l'intention qui nous (tousse rt la Un où nous tendons. En effet, l'homme
n'agit jamais qu'il ne se propose une fin , et plus son intention est pure , plus son action est (>arfàite.
L'intention donne le prix à l'action, et la foi sert de règle à l'intention. Les impies et les ré- (trouvés disent : «Jouissons des biens prtvsens;» car nous ne devons jouir que de Dieu , et user seulement des créatures. Elles sont , selon le dessein de Dieu , comme des chemins qui nous mènent à lui , et comme 1rs moyens d'acquérir sa piossession : mais, par un effet de notre malice, elles deviennent des empèchemens qui noos détournent de cette bn , parce que , comme dit le sage, ■ elles sont devenues un objet d'abomination, et un sqjet de tentation aux hommes, et un filet où les pieds des insensés ont été (iris. • Il parle des insensés qui , au lieu de choisir Dieu ]>our guide, détournent les yeux de peur de voir sa lumière , qui , aimant la touté des créatures, marchent dans l'ombre et dans l'obscurilé , et ont les yeux d'autant plus fiiibles pour supporter l'éclat de la lumière céleste qu'ils sont plus attachés à l'ombre et à l'obacurité où ils marchent.
Puisque les créatom ii'oot été faites quecooime des moyens qui (leuvcnt servir à obtenir notre fin dernière, nous sommes obligés de retirer d'elles notre afiéctioa , et de la mettre en Dien, qui est cette fin. La bonté de la fin étant souveraine et indé(>eodante, elle doit être recherchée et aimée sans bornes et sans mesures, an lieu que tout ce qui sert à parvenir à la fin n'ayant qu'une bonté indépendante qu'il tire de la fin même, il ne doit être aimé qu'autant qu’il sert à parvenir à cette fin. Le Chrétien est obligé de rapporter à Dieu toutes ses pensées , toutes scs paroles et toutes ses actions, nos de bouche et avec tiédeur d’esprit , mais avec toute l'application et loul l'effort dont il est capable, et d'un cæur entiiTcment dégagé de l'amoiir des choses de la terre. Xous sommes souvent trompés par l'apparcnccdubicn ,ct nous rclomlions sur nousmêmes en cherchant jusque dans nos exercices .spirituels nus commodités et nos intérêts, plutôt que Dieu. C'est (mur cela que l'Écriture ténioigue que le clicmio du salut est étroit et difficile, parce que la nature corrompue, qui rapporte tout à cilc-mèmc, résiste à la loi de Dieu et à la pureté de l'intention. Mais dès que l’on a surmonté cette résistance par un long usage et (>ar le pUtsir tpie l'on prend dans l'ob-
Mrvatioa delà loi deDwu,on trouve le diemin large, le commandement léger, et le joug doux.