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CHAPITRE XI

D'qA Tknt <|iie la pliu sninde partie 6n booiimt t’éloigiienl de leur flii.

Le plus sage des hommes a dit exceilemment , et par le principe d'ilne sublime sagesse, que le nombre des insensés est infini. Il y a , en eHet , une multitude innombrable de personnes qui , par une folie insupportable et digne d'ètre pleurée avec des larmes qui ne tarissent jamais, passait toutes leurs années dans les bagatelles, préférant le corps à l'esprit, le temps à l'éternité, ta terre au ciel , jusqu'à ce que leur vie criminelle soit terminée par une mort affreuse, et qu'en un moment ils descendent aux enfers.

Quand il s'agit de gagner un procès, d'acquérir un héritage et d'obtenir une dignité, on n'épargne aucune peine, on emploie tout ce que l'on a d'argent, on étudie les livres, on cherche des titres ; mais lorsqu'il s'agit d'acquérir le royaume do ciel , et d'obtenir le souverain bonheur, tout le monde est dans un profond assoupissement , d'oA personne ne tâche de revenir. Nous avons une merveilleuse subtilité pour sentir tout ce qui touche et tout ce qui Messe notre corps, comme la faim, la soif, le froid , le chaud , la douleur, la maladie , et nous ne manquons ni de soin ni d'adresse pour nous garantirdetoutesces choses; mais nous sommes insensibles à la fiiim , au froid , à la maladie, aux autres maux de l'âme , comme si cette plus noble partie de nous-mêmes, par laquelle nous vivons , noos raisonnons, et nous sommes semblables aux anges, noosélai t tont-â-fâi t étrangère , ou comme si elle n'était point du tout. Ij partie animale l'emporte. Nous aimons plus la vie temporelle que l'éterndle, et jamais nos soins ne sont si empressés que quand il s'agit de faire en sorte qu'un homme qni doit bientôt mourir, meure un peu plus tard qu'il ne devrait. Ce désordre prot^e premiéremeot d'une ignorance fort grossière, on plutôt d'un défaut d’applicatiao , qni est cause que personne ne sait le sujet pour lequel il a été oéé , la fin qu'il se doit proposer, le chemin par oO il y peut arriver, ou que personne n'y pense sérieusement , comme l'Écriture s'en plaint par ces paroles ; c Iji terre est entièrement désolée.

parce qu'il n'y a persmne qui pense de tout son oror. »

U procède aussi la multitude et de la cruauté des ennemis, qui fondent sur nods de toutes parts, et dont , â moins que le Seigneur des armées ne ies écrase, nul ne peut éviter ies pièges. Nous sommes environnés a comme assiégés par la chair qui est fragile, par le monde qui nous caresse, par les démons qui nous dressait des embOches. Ce désordre procède encore du peu de lumière qui nous reste au milieu des ténèbres dont le monde est couvert, et quelque fiiible que soit cette lumière, on ne se met point en peine d'en demander une plus forte â celui qui a seul le pouvoir de dissiper les nuages qui obscurcissent les yeux de l’âme. Enfin il procède de la lâcheté et de l'inconstance , qui est cause que tous les efforts de notre vertu ne se terminent qu'â des désirs sans produire aucunes ceovres.

Quand il est question d'agir, la difficulté nous étonne, et nous fait lâcher le pied. Tout le moode voudrait bien aller i Jésus-Christ ; mais personne ne veut aller après lui. On voudrait fouir de lui sans l'avoir imité , et le posséder sans l'avoir suivi. On voudrait le profit tans le travail, et la counmne sans le combat. La récompense plaît et attire; mais la peine et la fatigue déplaitent et rebutent.

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