CHAPITRE XXXI
Que rimour de •oi-m^ree a 14ti la ville de Babylooc.
Dieu a placé au commencement l'homme dans le paradis; mais depuis que nous avons tous |>éché en Adam, nous avons été tran.sférés du paradis en ce monde, de Jérusalem A Dahylone,
VIE CHRÉTIENNE
de notre patrie dans un lieu de bannisseroeut , d'un état de liberté, d'innocence et de vie, A un état de servitude, de corruption et de mort. Ainsi, étant tombés de la vérité dans ta vanit non-seulement nous sommes semblables A vanité, mais, comme le prophète a dit dans I psaumes : «Tout homme vivant sur la terre est on abîme de vanité.» Il est vanité selon son corps, qui estsujet A la corruption et A la mort ; vanité selon son Ame, qui, servant A l'iniquité, mérite la mort éternelle; et vanité selon le.s biens, qui périssent, et qu'il fout quitter au nuiins A la mort. Cependant nous poursuivons avec ardeur cette vanité. Nous recherchons avec empressement ees mensonges qui nous trompent , et qui , de citoyens de la Jérusalem du ciel , nous font citoyens de la Rabylone de l'cufer. Deux amours ont bAti ces deux villes : l'amour de Dieu, qui va jusqu'au mépris de soiméme , a bAti Jérusalem, qui est la ville de Dieu ; l'amour de soi-mème , qui va jusqu'au mépris de Dieu, a bAti Rabylone, qui est la ville du démon. Le chemin qui mène A cette dernière est large et court , au lieu que celui qui mène A l’autre est étroit, difficile et long; car il est beaucoup plus aisé de descendre et de tomber sur la terre, que de monter et de s’élever au ciel. Que chacun s'examine donc soi-mème et qu'il considère ce qu'il aime. S'il aime Dieu et qu'il se méprise soi-mème, il est citoyen de la Jérusalem céleste. S'il s'aime soi-mème, il est de Rabylone, d'où l'Écriture crie qu'il fout sortir ;« Sortez, dit-elle, de Rabylone; retirezvous du milieu de Rabylone. » Le psalmiste dit aussi : «Fille de Rabylone, dont je vois déjA la ruine, heureux celui qui prendra tes enfaus et les brisera contre la pierre! »
Nous sortons de Rabylone lorsque nous nous relirons de la confusion des vices. Nous brisons lea enfons contre la pierre quand nous retranchons et que nous surmontons par l'amour de Jésus-Christ les cupidités et les pernicieux désirs. L'amour de soi-mème est la mort de l'Ame, comme l'amour de Dieu en est la vie. Ce n'est pas s'aimer que de se perdre en s'aimant.