PAR LE CARDINAL CHAPITRE XXXII
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Ccst une cluse étonnante que quelque diversité d'inclinations qu'il y ait parmi les hommes, ils s'accordent tous en ce qu'il n'y en a aucun qui, é son ju|>emcnt , soit peu de chose , qui veuille iédcr et se soumettre à un autre , et qui , pour liasse que soit sa condition, ne désire d'être estimé. 'Tout le monde veut s'élever au-dessus des autres. Tout le monde s'épargne, et n'épargne licrsonne que soi. Chacun soutient opiniàtréinent son sentiment. Chacun admire ses propres avantages. Personne n'approuve que ses inventions et ses maximes , et tout le monde rejette relies où il n'a point de part. Tous se glorihent de leur ignorance, comme si c'était une science, et bien qu'ils ne sachent rien, ils s'imaginent tout savoir. Ils cachent les vices qu'ils ont , et malgré le témoignage de leur conscience qui 1rs trahit, ils font semblant d'avoir les vertus qu'ils n'ont pas. Mais ce qui est le plus étonnant, c'est que les plus vertueux, qui semblent ne rechercher que la volonté , l'honneur et la gloire de Dieu , retombent sur eux-mêmes par un certain et presque imperceptible mouvement de la nature corrompue , en faisant de bonnes actions , non pour plaire à Dieu, mais pour jouir de la satisfaction qui procède des bonnes œuvres. Plus l'action est sainte, plus le piège que l'amonrpropre dresse aux personnes spirituelles est subtil. Qu’y a-t-il de si saint que d'observer les commandemens de Dieu , de lire l'Écriture , de prêcher l'Évangile , de participer souvent aux sacremens , et de s'acquitter du ministère de l'autel? Cependant le désir de la louange souille d'ordinaire la sainteté de ces fonctions, et si celui qui les exerce ne prend un soin tout particulier de garder son cœur , tout son travail devient inutile, t Quand je parlerais le langage de tous les hommes , et des anges mêmes, dit l'apùtre, si je n'avais point la charité , je ne serais que comme un airain sonnant, et une cymbale retenlissante.s
Quand quelqu'un aurait distribué tout son bien pour nourrir les pauvres , et qu'il aurait livré S4M1 corps pour être brûlé , s'il ne le fai.sait avec une intention pure pour l'amour de Dieu , cela ne lui servirait de rien. la; prophète Aggéc dit dans le même sens : o Vous avez mangé et vous
n’avez point été rassasiés. Vous avez bu, et vous n'avez point été désaltérés. Celui qui a amassé la récompense de son travail l'a mise dans un sac percé.» Tant il est vrai que les bonnes œuvres ne servent de rien quand on se cherche dans elles au lieu de chercher Dieu. Les ruses de la nature, qui se cherche en tous lieux et en toutes choses, étant extrêmement subtiles , nous devons pénétrer avec soin les replis les plus cachés de nos cœurs, de peur qu’au commencement, au milieu, ou à la fin de nos actions, il ne se mêle quelque pensée d'intérêt , quelque sainte et honnête qu'elle paraisse. la règle de la vie chrétienmi est de n'aimer et de ne cliercber que ce qui regarde Dieu, et de mépriser et de haïr ce qui nous regarde.