CHAPITRE XXXV
Gombicii il nt pcrnicMux de fbriDrr de maoTaiM kttea.
Les personnes sages pèsent les choses dans une juste balance , et en jugent non selon l'opinion ou l'estime des hommes , mais selon le véritable prix quelles ont en elles -mêmes. En effet, chaque chose a comme deux faces, une véritable et naturelle, l'autre artiHcielle et comme empruntée. Ij véritable est conforme aux idées de Dieu. L'artificielle est tracée sur le ftiux modèle des pa.ssions , et suivant le caprice de l'amour-propre. Ainsi l'épiscopat , pour me sen ir de cet exemple . selon la véritable idée que Dieu en a, est un fardeau formidable aux épaules des anges mêmes, et une servitude par laquelle l'évèque est obligé de pourvoir au salut des âmes suivant l'ordre de Dieu et suivant les règles que les apôtres nous ont laissées. Mais , selon l'idée des hommes , l'épiscopat est une dignité par laquelle ceuxqui ysont élevés tiennent un rang considérable dans l'Église, possèdent de grandes richesses, et reçoivent les respects des peuples. De lâ vient que ceux qui reipirdent l'épisco|)at selon la véritable idi'e, l'appréhendent , le fuient et le refusent quand il leur est offert, et que ceux qui n'en ont que la fausse idée des hommes, le désirent, s'empressent pour l'obtenir, et au lieu de chercher Dieu , se cherchent eux-mèmes. 11 faut dire la même chose de toutes les autres dignités , tant de l'Église que du siècle. Le désordre et la corruption qui régnent dans toutes les couditions des hommes, procèdent de ce que la plupart d'entre eux ont perdu les véritables idées des choses, et de ce qu'étant accoutumés aux erreurs et aux illusions du monde, ils haïssent
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PAR LE cardinal DONA. -- PARTIE I. 511
la vérité et sont incapables de recevoir la luroi^re que Dieu ne communique qu'aux ümes pures.
On a dans la bouche des paroles fort magnifiques, des titres coD.sacres par le sang du Sauveur et par les vertus hi'ro’iques des saints. I.e8 uns se lùot appeler Cv<V|ucs, 1rs autres prCtres INI diacres; quelques-uns, moines ou religieux ; d'autres sont appelés rois, princes ou magistrats, et tous généralement sont appelés chré-
I iens. Mais personne ne sa it ni ne se met eu peine d'apprendre quelle est la signification et la force de ees noins-lù, quelle en est l'idée, l'obligation et le devoir ; quelles vertus il faut avuir pour être élevé 1 ces dignités. Ou néglige les choses , et on ne relient que des noms qui n'en sont qu'une vaine image. Personne n'a soin de devenir tel qu'il fait profession d'élre. Personne ne suit les vestiges du Sauveur. L’amour-propre , ce vice si subtil et si dangereux , qui est à peine découvert par les plus habiles, et surmonté par les plus parfaits, cause dans mms tous ces désordres.
II n'y a presque nulle différence entre les biens et les maux de celte vie selon l'idée véritable que l’on en doit finroer, parce que les uns et les antres étant vains et passagers , ne doivent être comptés que pour rien. Voilà pourquoi David, qui était un homme .selon le cœur de Dieu, ne songeait qu'à l'éternité, et disait : «J'ai médité sur les temps pa.ssés et sur les années des siècles précédens.» Et Salomon, son fils, le plus sage de tous les hommes, aprè:‘ avoir fait un dénombrement des biens et des maux de cette vie, s'écrie ; « Vanité des vanités , et tout est vanité. >