CHAPITRE XLVl
lMiiri|uoi pifwicun ne tireai aucun fhiit de U prière.
H y a peu de personnes qui proflteut de la prière et de la méditation, parce qu'elles ont des dispositions et des sentimens contraires aui sqjets sur lesquels elles médilent, et qu’elles ne s’oflTent pas i Dieu comme des victimes, pour accomplir toutes ses volontés. Il est vrai qu'elles lui demandent qu’il leur découvre sa volonté, et qu’il la leur fosse accomplir; mais elles ne laissent pas de foire beaucoup de choses contraires à cette volonté, parce qu’ayant deux rœurs elles en répandent un devant Dieu dans la prière, et te réservent l’autre, au lieu de dire
avec le prophète : « Je vous ai ctiercbé de tout mon cœur. >
D’autres, étant poussés par un esprit de curiosité et d’orgueil , s’occupent i de hautes spéculations qui ne servent ou de rien , ou de peu , pour connaître les vices et pour les déraciner. Que s’ils s'excitent quelquefois eux-mêmes à gémir et à soupirer devant Dieu , la douceur de ces soupirs se dissipe à l'heure même , et ils demeurent aussi impatiens , aussi opiniùtres , aussi désobéissant, et aussi attachés à leurs autres vices, qu'ils l'étaient auparavant. Cest pour cela que les conversions qui arrivent en un moment, et qui procèdent d'une émotion violente, ne sont pas pour l’ordinaire de durée, parce que dès que l’émotion qui a ébranlé la volonté cesse, la bonne résolution cesse aussi , et le désordre recommence.
D’autres ont recours à la prière comme à une source de joie et de consolation, ù dessein de goûter la douceur qu’elle apporte; et ceux-là au lieu de chercher Dieu se cherchent eux-mêmes.
D'autres n'ont dessein de tirer aucun profit de la prière, que d'y apprendre à discerner le bien et le m..! , et ceux-là se trompent eux-mèmes, parce que c'est en effet une des plus grandes illusiuns du dèmen que d’apprendro de sublimes vérités dans la prière , et de ne pratiquer aucune vertu. Quand un homme serait ravi jusqu'au ciel, et qu'il y enteudrait des paroles incFfoUcs, qu'il n'est pat permis de rapporter , cela ne lui servirait de rien s'il ne se dépouillait de l’esprit du monde, et qu’il ne sentit croître, dans ta volonté , la promptitude et le zèle de servir Dieu. Celui-là prie bien qui ne veut rien savoir ni rien posséder que JésuirChritI , et Jésus-Christ crucifié.