CHAPITRE PREMIER
Qu'M fdul cbmber la v<riM el fuir la vanné.
Tuut le monde loue la vérité, et souhaite i là connaître ; mais il y a peu de personnes qui la cherchent où elle se trouve; car si on le savait, on ne chercherait et on n'aimerait qu'elle. Il est évident qu'elle n'est point dans les choses qui de leur nature sont passagères et périssables, parce que ce qui est dans un sujet passager et périssable ne peut être stable et permanent. R la but donc chercber dans les choses qui ne peuvent ni passer ni périr, et qui étant véritablement seront toujours; il la faut donc chercher dans la vertu, qui n'est rien autre ciiuse qu'une égalité de vie convenable à la vérité, exempte de vanité et du désir des choses périssables. L'homme est ; dans cet état convenable à la vérité lorsque les passions stmt soumises à la raison , et qu'il se laisse luinnéine conduire à l'esprit de Dieu. Mais dés qu'il est assujetti à l'impérieuse domination de la concupiscence , il tombe de la vérité dans la vanité ; il est agité de divers mouvemens de | tes passions , tanlùt de la crainte et tantôt du désir; tantôt de l'inquiétude et tantùt d'une vaine jqie ; tantùt d'un regret cuisant d'avoir perdu ce qu'il possédait , et tantôt d'une ardeur i insatiable d'acquérir ce qu'il ne possède pas; . tantôt du ressentiment d'une injure, et tantôt de l'impatience de s'en venger.
la vanité et le plaisir sont les deux sources de | tous les maux qui tourmentent l'ame : la vanité [ produit une ardeur extrême d'exceller, et de ; s'élever au-dessus des autres , un amour insatia- i ble de gloire , une haute estime de soi , le mépris \ d’autrui , et la haine de la vérité ; le plaisir donne Tinclination qui porte à boire et à manger, i jouer, h prendre les divertissemens qui flattent les sens, et qui charment les esprits attachés i la terre. De là naît les dissipations d'esprit , et le mouvement inquiet et déréglé par lequel il se répand oontinuellement sur les créatures ; il recherche les bagatelles du siècle, et les compa-
gnies où il se puisse agréablement divertir, et être loué de ses vanités et de ses folies. Voilà ce qui rend la loi de Dieu et la perfection de l'Evangile si odieuses aux hommeschamels. L’Évangile ne recommande rien tant que l'humilité, et la nature corrompue se porte toujours à l'orgued. L'Évangile prêche la pénitence, et l'homme pécheur en a une violente aversion ; la foi noos est donc extrêmement nécessaire pour nous enscign«T toute sorte de vérités , et la victoire par laquelle le monde est vaincu est l'eflet de cette fiti.
I.e Fils de Dieu , qui est de même substance que son Père , ayant des.sein de noos persuader de l’obligation qui nous était imposée de détacher nos aflèctions des ehoses de la terre , a confirmé la vérité de sa prédicatioa par une sublime pratique des vertus. Au lieu que les hommes souhaitent les richesses, il a voulu être pauvre; au lieu qu'ils soupirent après les dignités et le pouvoir absolu de commander, il s'est caché de peur d'être élu roi ; au lieu qu'ils trouvent les aflronts insupportables, il n'y en a point en dont il n'ait consenti d'étre chargé ; au lieu qu’ils ont horreur des calomnies, il a permis que son innocence ait été condamnée. Sa vie est une instruction qui nous marque distinctement tous nos devoirs , de sorte que nous ne saurions commettre aucun péché, si ce n'est en recherchant ce qu'il a méprisé , ou en foyant ce qu'il a souffert. Celui-là est sans doute insensé , qui se pei^ suade que le bonheur de la vie consiste dans la jouissance des choses pour lesquelies le Sauveur n'a eu que du mépris