CHAPITRE
Conibira il csl ioipor1a(»l pow arrhrer i U perfiectMB cürtùeoDr, de ne pu iWgliscr le» moindres chcaei,
Il y a peu de personnes qui arrivent an comble de la perfection chrétienne , parce qu'il y en a peu qui , après avoir surmonté les grands péchés, veuillent se Faire violence pour combattre les petits dont elles reçoivent chaque jour des atteintes. Celui qui n'a pas soin d'éviter les fautes les plus légères , se dispose sans y penser à commettre de grands péchés. On ne se porte jamais d'abord à des crimes atroces, parce qu'ils font trop d'horreur. Nul n'est asseï prodigue poudissiper en un jour tout son bien , il ne le dissipe que par la suite du temps. Cette dépense, dira-
PAR LK CARDINAL BONA. - PARTIE IL 52f
t-il , ex trop peu considérable pour m'incoinnioder, elle n'Ote rien de mon Ands ; Il dit la uéme cboee des autres dépenses, jusqu’à ce quelles aient lait tontes ensemble ce qu'une seule n’aurait pu fiiire, et que, de riche qu’il était, elles l’aient réduit à une extrénie pauvreté.
On en use presque de la même sorte dans le boire et dans le mander. Ce morceau-là , dit-on , ne saurait hire de mal, et on peut le prendre sans passer les bornes de la tempérance. Ainsi, on se charse l'estomac , et on le remplit peu à peu de crudités qui causent ensuite des maladies incnrables. Les occasions de rendre à Dieu de grands services et d'exercer les actes des plus liautes vertus sont très rares , au lieu que celles d’exercer les vertus communes et ordinaires se présentent à chaque moment; c’est pourquoi il faut veiller sur soi-méme avec une attention continuelle pour éviter les moindres délhuts, réprimer les mauvais désirs , résister aux mouvemens de sa volonté, et déraciner du fond de son cœur l’amour de soi-méme. Nul ne devient tout d'un coup fort méchant ; mais , comme dit le sage, celui qui néglige les petites fautes, tombe bientèt en de plus grandes. Quelque légère ou quelque innocente que paraisse la consolatiuo que l'on tire des créatures , elle ne manque jamais de priver de celle qne l'on recevrait de Dieu. Au contraire celui qui se prive de la compagnie de ses amis, des visites et des conversations inutiles, des consolations qui viennent des choses extérieures, et qui se contente de JéansOiriX qui suffit en effet tout seul pour nous consoler, trouve en loi une joie ineffable.
Une àme qui s’est vidée de l'amour des créatures, et de soi-méme, est remplie aussitôt de Dieu , et de tous les biens dont il est l'unique principe , à peu près de la méipe sorte que les philosoplies enseignent qu’un lieu d’oü l'air, ou quelque autre corps a été chassé, est r«npli aussitôt d'un antre. Mais les vkieoses habitudes que nous avons contractées dès notre jeunesse nous tiennent attachés aux plaisirs de la terre, qui sont d'autant plus sensiües qu'ils sont plus présens , et nous empêchent de nous élever jusqu’aux plaisirs surnaturels, qui sont en quelque sorte éloignés, et qui ne peuvent être gcÂtés que par la foi.
Nous nous roulons dans la chair et dans le
sang; jamais nous ne sortons hors de nousmêmes; et cependant nous ne jouirtms jamais d’aucun repos ju.squ'à ce qu'ayant rejeté toutes les consolations de la terre, nous demeurions unis à Dieu qui est notre partage et notre joie, la fin ; et le centre de toutes clioses.
i ciiAi'rriiK III.
yup la rrcÉT, el U rnnnrialMjn i luufnubuait, ni nécmtlra à loui In ChrMmia.
la vie d'un Chrétien ne doit être qu’une croix continuelle, et une renonciation à toutes choses. Nul ne connaît la douceur de la croix s'il ne l’a bien godtée au fond de son arnr. Ceux qui l'ont I éprouvée savent quel en est le plaisir, et si par un ordre de la divine Providence ils en sont queiquefois privés , ils tombent aussitdt dans une triXesse très amère. Le monde se persuade fans- . sement que les gens de bien sont malhrureni ,
I parce qu’ils sont souvent pauvres et méprisés ;
{ mais ils se tiennent heureux et se glorifient en la croix, parce que rien ne leur arrive contre leur intention. S'ils sont pauvres, ils sont bien aises de l'être. S'ib sont affligés, ils se réjouissent dans l'afflixion. S’ils sont méprisés. Us aiment le mépris. Or il est certain que personne n'est X heureux que celui qui a tout ce qu’il déxre. Bien que les impies, dont les inclinations sont honteuses et criminelles , soient heureux selon le jugement du monde, parce qu’ils ont tout ce qu'ils désirent d'avoir , i!s sont en effet très misérables , parce qu'ils veulent avoir ce qu’ils ne devraient pas vouloir.
La religion chrétienne oonsiXe principale- ! ment dans la croix et dans la renonciation à , toutes choses. Quiconque embrasse la doctrine de Jésus-Christ, sans se proposer le mystère de la croix, s’éloigne eitrêniement du dessein de l’Évangile. Le Sauveur a caché beaucoup de choses à ses disciples, parce qu’ils ne les pouvaient porter alors. Mais quelque feibtes X quelque peu intelligeos qu’ils fussent, il ne laissa pas de leur prédire clairement qu'il serait livré aux Gentils pour être moqué et crucifié.
Saint Paul ne nourrit que de lait les Corinthiens qui étaient convertis depuis peu de temps à la foi, parce qu'ils n'étaient pas capables de viandes plus solides, et ne laissa pas de leur prêcher Jéius-ChriX crucifié qui était un scandale aux Juifs . X une fUie aux Gentils. Et bien
sn PRINCIPES DE LA
qn’il lût beaucoup de cliosea, il Ht pnrfènioa de ne aavoir que Jüatn - Cliriat , et Jdso - Christ crucifié.
L'andelmc Église a caché beaucoup de mystères aux catéchumènes , mais elle ne leur a Jamais caché la croix de Jésus-Christ. On fait le signe de la croix sur le front du Chrétien , afin qu'il n'ait point de honte de la croix. A Dieu ne plaise qu'un Chrétien se glorifie en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a été donnée de Dieu, pour être nuire sagesse , notre justice , et notre sanctification. Gomme c'est par U croix qu'il nous a rachetés , nul ne peut recevoir que par elle le fruit de la rédemption. Cest de Û que procède la nécessité iodipensaMe de renoncer i soi-mème, et quiconque refuse de s'acquitter de ce devoir , refiise d'ètre disciple de Jésus-Christ. «Si quelqu'un, dit-il, vient è moi, et ne hait pas son père et sa mère , sa femme, ses mfims , ses frères et ses Meurs , et même sa propre vie , il ne peut-être mon disciple, et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple, s II dit par la bouche d’un autre évangéliste ; • ^ quelqu'un veut venir après moi, qu’il renonce 1 soiroème, et qu'il se charge de ta croix et me suive. Car celui qui se voudra sauver soi-méme se perdra , et celui qui se perdra pour l'amour de mol se sauvera. » U n'a pas dit seulement qu'il fallait renoncer i l’orgueil, à la gourmandise, i l’ivrognerie, è la luxure, aux rkhesses et aux biens qui sont hors de nous; cela serait supportable : mais il nous a OHumandé de renoncer 1 nousmêmes, 1 nos afféctions, et à tout ce que l’esprit d'Adam nous inspire, et i tout ce qu’il produit dans Dousmêmes. Nous devons retrancher et réjeter tout cela , crucifier notre chair avec ses vices, et ses concupiscences, et exprimer en nous une image de Jésus-Christ crucifié. Ce discours est dur è ia chair et au sang, mais il contient la foi et notre sahit.