CHAPITRE V
Ite quelle il fiat eoraMlre ki vicM et I» ioclinstioiM
wianûn.
Il Faut considérer attentivement ce que noos aimons et ce que nous craignons , ce qui noos donne de la joie ou de la tristesse, notre coeur n'ajrant point de mouvement qui ne vitsme de l'une de ces aflectious. Il est tourné vers Dieu lorsque nous n’aimons rien que lui , que nous ne craignons rien que lui , ou que omis ne craignons rien que pour lui , que noos n'avons aucune joie ni aucune tristesse que celle qu'il nous donne. Quand nous ne savons pas régler ces mouvemens, nous devenons semblables aui bêles, au lien que quand nous savons les régler, nous devenons semblables aux anges. Nous sommes heureux quand nos affections sont soumises à la raison et confomus i la vérité , et on les peut appeler saintes. Mais quand elles n'y sont ni soumises ni conformes, ce sont des déréglemens qui dissipent et qui troublent l'ôme. Ce sont des monstres que l'on ne saurait dompter sans les combattre perpétuellement.
Ce n'est pas assez de prendre une résolution générale de réformer nos DMinrs et de réprimer nos passions, parce qne dans ce projet si vague de nous corriger, de renoncer à nous-mêmes et de nous priver de la consolation que donnent les oréatures, la nature corrompue ne trouve rien qui l'ioeommode. Bien quece projet-lé semr Me être formé contre elle, elle ne le traversera jamais. Au contraire , elle y trouve une image agréable de la vertu qu'elle approuve, qu'elle kme et qu'elle admire , et c'est cette image que les infidèles et les philosophes ont embraasée. Cest ce qui trompe plusieurs personnes qui se glorifient en vain d'avoir surmonté leurs vices ,
parce que quand elles font quelque bon dessein, elles ne sentent point qu'il soit combattu par l’inclination de leur nature. Mais dès qu'elles entreprennent d'attaquer, non tous les péchés en commun, mais uu seul en particulier, et d'étouflêr une passion qui s'élève avec insolence dés qu'elles sont obligées ii souffrir fat moindre peine , c'est alors qne l’on reoounalt la vanité et la faiMesse de toutes les résolutions qu'elles avaient prises.
Il faut donc observer avec soin les occasions particulières qui ne manquent jamais, de renoncer i soi-méme , de réprimer ses passions , et s'y porter avec courage. C'est l'unique moyen d'assujettir lessensélaraison, etde déraciner les vices. Or cela ne se peut faire dans une appüca- Ikm continuelle et infatigable, tans une attention profonde qui descende et qui pénètre jusques au centre de la corruption, sans une violence qui arrache du fond du coeur les affoctions qui y ont jeté les plus profondes racines. Le mouvement par lequel notre volonté se porte é Dieu est un mouvement violent, parce qu'il est contraire à l'ittdinatioo de la nature eorrooipue, et s'il ne reluit souvent une nouvelle impression qui le fortifie, nous retombons vers nous-mêmes par un éutre mouvenieut, qui est comme naturel 1 notre fiiibiesse.
Gomme il est aisé d’arracher 1rs mauvaises herbes qui croissent dans les parterres , et impossible d'empêcher qne de nouvelles ne naissait ; ainsi nous pouvons retrancher nos indinatkms videuses avec tant de soin qu’il semble qne nous ayons changé de nature; mais tout notre soin n'empêche pas qne notre nature ne soit corrompue dans son fond , et qu'elle ne produise sans cesse des mouvemens déréglés , qui nous obligent à nous tenir toujours sin* nos gardes , et à avoir toujours les armes entre les mains. Que si quelqu’un e.st assez heureux pour exercer avec la gréce de Dieu un .seul acte d'une vertu extraordinaire , cet acte-là suffira pour vaincre toute la résistance de la natuye, et pour raflnnchir de la tyrannie des passions.
Il y a eu des saints qui , après avoir surmonté une fois la révolte de la nature , en suçant le pua d'un ulcère, ont manié depuis toute sorte de plaies, non-seulement sans dégoût , mais avec plaisir , tant il est important de se vaincre soU même par une action héroïque.