CHAPITRE VI
Un MM 4ue l'on doit ««oyr de garder \et k&« eiieriwift.
Les yeui ttint Gamine des portes par où 1rs vices eolrent dans rame, il ne Kiul pas perractlre qu'ib s’arrêtent un seul moment sur les objets qui attirent au péché, et qui nuisent a la perftetioa ; et il les en faut détourner avec le même soin et la même promptitude avec laquelle on se retire des lieux infèctés de la maladie coixtagieuae. 1
Les choses créées peuvent être regardées avec trois sorlç d'yeux. Les premiers sont des yeux parement humains , qui ne recherchent que la beauté extérieure et sensible , et qui ne considèrent rien autre chose. I.es sccouds sont des yeux de philosophes , qui ne regardent la simétrie des corps qu'à dessein d’en découvrir la nature. Les troisièmes sont des yeux de Qirétiens, qui, par la vue des créatures , s’élèvent à l’amour du Créateur. Les fidèles ne voient rien ' que par ces yeux-là. Ils s’élèvent des choses visibles à Dieu qui est invisible, qui est la beauté souveraine d’où toutes les autres sont sorties comme des ruisseaux de leur source , parce qu’il a un être véritable, et que les créatures n’ont d’être véritable qu’en lui , au lieu qu’en ellesHnémes dies n'ont qu’un être imaginaire , et ne sont proprement que des ombres. La vie des sens dépend de leurs objets, comme la vie du corps dépend de l’ànie. La vie des yeux consiste dans la vue des objets agréables, et la vie des oreilles dans les sons et dans l’harmonie. I.a mort des sens n’est rien autre diose que la séparation qui les éloigne des objets d’où ils tirent leur vie.
Il n’y a rien de si contraire et de si pernicieux à la vie chrétienne que la vie des sens : car les facultés de l'àme étant unies à l’imagination , et l’imagination étant unie aux sens corpordsparun lien presque indissoluble , lorsque celle-ci est émue par les sens, elle ébranle les facultés de l’ime, tente b volonté, et l’attire à consentir à des plaisirs déshonnêtes, ce que l’on ne peut éviter qu'en détournant les sens de ces objets qui attirent aux plaisirs. Or, il y a deux manières de procurer la mort des sens : l’une naturelle et l’autre morale.
La première arrive lorsque l’on sépare les sens des objets qui leur sont propres, comme lorsque l'on détourne les yeux de dessus les
beautés les plus innocentes, que l’on bouche ses oreilles pour n'entendre aucuns discours , ni aucuns concerts. La mort morale des sens consiste non à les séparer absolument de leurs objets, mais à les priver du plaisir que la jouissance de ces objets apporte; ce qui arrive quand les yeux voient et que les oreilles entendent sans prendre aucun plaisir à ce qu’dles entendent ni à ce qu'ils voient. La première mort ou la première séparation est sans doute la plus sûre et la plus I aisée, pourvu qu’dle se fasse avec discrélkw : car il est plus facile d'éviter les occasions de prendre aucun plaisir défendu que de le modérer. L’autre mort des sens est exposée à de grands dangers , parce que le rapport et la correspondance qui se rencontre entre les puissances et l’âme est cause que les sens l’entraînent aisément, etl’atlirent à la jouissance des plaisirs terrestres.
Quelque persuadés que nous soyons de la va- ! nité des plaisirs des sens et du préjudice qu’ils causent à l’àme, néanmoins comme nous y sommes accoutumés dès notre jeunesse , et que leurs idées sont gravées for> profondément dans notre àme, il faut une longue méditatioa et quantité d’actes contraires pour les dissiper, et pour mettre en leur place les principes solides de la vie chrétienne. Dieu étant un esprit , et un acte très pur, nul ne peut s’approcher de lui qu'il ne soit dégagé du nuage des imaginations corporelles, et que ses sens ne soient devenus en quelque sorte spirituels par une longue pratique de la mortification.