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CHAPITRE VII

Ht U oéencité de cumballre la gourmandiae et la cbair.

Il n’est pas fort difficile à un homme qui craint Dieu , et qui s’applique avec soin à la pratique de la vertu , de renoncer à tous les biens extérieurs, à toute la pompe du siècle, à tous les plaisirs de la terre ; mais nul ne peut refuser à son corps les alimens dont il a besoin. Chacun est obligé de boire et de manger pour le nourrir; mais comme c’est une action où il y a du plaisir il faut le combattre , de peur que la concupiscence ne nous dresse des pièges, que nous ne fassions par le motif de la volupté ce que nous sommes obligés de faire pour conserver notre vie, et que la volupté, qui doit être la

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PAR LE CARDÜNAL BONA — PARTIE 11

dmilfre dans ces actioos-là , ne s’efforce d’étre la première. Il fiiat peu de chose pour satisfiiire ans besoins de la nature, mais Ce qui suffit 1 la nature ne suffit pas aux désirs de la volupté. Il arrive souvent que nous ne saurions discerner si les alimens que nous prenons sont des secourt nécessaires à la faiblesse de nos corps, ou si ce sont des pièges que la concupiscence nous dresse pour nous tromper ; et dans cette incertitude , l'ime trouve une fausse joie de ce que la nécessité de coDScrv'cr sa santé lui est un prétexte pour couvrir ton intempérance. Il fiiut résister tous les jours à ces tentations, parce qu'elles arrivent tous les jours, et il faut user d'une si exacte retenue dans le boire et dans le manger, que jamais on ne se chaige l'estomac d’une plus grande quantité de viandes que celle qui est nécessaire pour entretenir la santé du corps.

Il n’y a rien de si utile à l’ame et au corps que la modestie et la friigalité de la table. II est aisé de réprimer les passions déshonnêtes en retranchant la trop grande quantité de vin et de viandes, qui sont comme les matières qui entretiennent le feu qu’elles allument dans le comr. Il n'y a que ceux qui n’ont de l'affection que pour la terre et qui font un Dieu de leur ventre qui cherchent les festins et la bonne chère, qui aiment à s'entretenir, et qui y pensent souvent. Un chrétien ne songe jamais à boire ni & manger, comme un véritable pénitent doit faire, s’il n'y est pressé par la nécessité. Alors il se met i table avec la mèmè disposition d'esprit que s'il n'y devait manger que du pain et n’y boire que de l’eau , ce qui est cause qu'il trouve fort excellent tout ce qu'on lui donne de plus. Chacun observe aisément cette règle , pour peu qu’il fasse de réflexion sur la rigueur de l'abstinence et des jeûnes des saints, et pour peu qu'il ait de soin d'imiter le Sauveur, auquel on donna du fiel et du vinaigre. Celui qui méditera sur ce sqjet ne songera guère à la qualité des alimens que l'on lui présente.

I J première chose qu’il fout observer dans le combat qu'on est obligé de donner à la chair, est d'éviter toutes les occasions d'ètre tenté, en se conduisant avec une grande modestie, en se traitant avec sévérité, et en gardant ses sens avec soin. Il fout ensuite fuir la conversation des femmes , parce que chaque sexe a un grand pouvoir pour exciter l'autre au péché, et qu'ils sont

tous deux fort disposés i suivre la pente de la nature corrompue. L'image de la beauté s'imprime dans l’esprit et fait au ccrar une bles.sure incurable. Il faut enfin se défier très fort de soimème; car quiconque n'appréhende point ta chute est déjà tombé.

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