‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 544 sur 684 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dn maot auc Mt U lansne. «I an arantasn que ron lira du tikooe.

Il est malaisé d’expliquer cil peu de paroles la multitude des maux et des péchés qui procèdent de la langue. Cest une sentence prononcée par l'Esprit saint, que les longs discours ne sont point exempts de péché. L’habitude de parler beaucoup est une source de vic:-s, un signe d'ignorance et de folie, et l’extinction de la ferveur et de la charité. La plus grande partie des discours ne naissent que de l’orgueil ; car on ne parle que pour instruire les autres, et pour paraître savant et habile. Chacun se persuadant savoir beaucoup de choses, les débile volontiers à dessein d’acquérir de la réputation. L'habitude de trop parler infecte l’Ame et l’affoiblit de la même sorte qu'un air corrompu infecte le corps et l'incommode. C’est de là que procède le dérèglement des meeurs, les querelles, les médisances , les mensonges , les disputes , les bouffonneries, et toutes sortes d'antres péchés. Cest en vain que celui qui ne peut mettre un frein A sa bouche , travaille pour acquérir le don de la prière et la paix de l’esprit. C’est en vain que celui qui reprend les drfouls des antres , s’efforce de se corriger des siens propres.

Piusicurs tombent aisément dans ce piège, de blAmer les vices des autres, et de se flatter euxmêmes d’abaisser les autres et de s’élever. Il y en a fort peu qui renoncent A ce péché, et qui , se rendant irrépréhensibles , soient fort éloignés de repre&dre les autres. Les hommes ont une ai grande démangeaison de commettre ce péché, qu'aprèsavoirévité tous les autres, ilsy tombent comme dons le dernier filet du démon.

Un grand homme m’a appris qu’il n'avait jamais vu de grand parlenrqui eût persévéré dans l'exercice des bonnes teusTes. C'est donc un grand bien que le silence , par le moyen duquel nous éloignant de la conversation des hommes nous apprenons A nous entretenir avec Dieu ; car c'est en vain que la langue se lait, si le cœur ue

parie. Le silence sanctifie les cakiiunies, les persécutions, les douleurs et les afliietians que nous souffrons. Celui qui endure tous ces maui-là sans se plaindre sacrifie i Dieu son corps, son âme , sa réputation , scs richesses et tous ses biens. Il imite aussi Jésus -Christ, qui se tut comme une brebis devant celui qui la tond, et qui n’ouvrit point la bouche. Enfin il est exempt de trouble et possède ton âme dans une parfiiite tranquillité. J'avoue que l'on est quelquefois obligé de se défendre; mais en se défen^t il faut bien prendre (tarde de ne point passer les bornes de la modestie et de l’humilité chrétienne. A peine se trouvcra-t-il une occasion où l'on toit obliijé de défendre sa réputation, si ce n'est que l'on ait une charge que l'on ne pourrait plus exercer si l'on était décrié, ou que le crime dont on est chargé retombe sur d'autres dont on est obligé de conserver l'honneur, ou que l'on soit intenogé par un supérieur auquel on doit la vérité. En toute autre rencontre , il vaut mieux imposer silence à la langue et â l’esprit; car le silence de la Un(pie ne servirait de rien, si les passions excitaient do bruit dans l'âme, c Je roc suis lu , dit le prophète , je suis devenu muet, je n'ai pas même voulu dire de Imnnes choses. » Si c'est une si excellente vertu de garder le silence, qu'il Esutqneiquefhis s'abstenir des meilleurs discours, avec combien plus de soin se faut-il abstenir de ceux qui sont ou inutiles ou nuisibles! C'est une grande sagesse que de savoir se taire , et il est plus mal aisé de se taire que de parler.

Page 1