CHAPITRE XV
De l’utoKe dre nt-bcMet.
Il y a fort |>eu de personnes qui examinent avec soin quel est le propre et le légitime usage qu'on doit faire des richesses. Ce sont des secours nréessaires à notre fàibles.se durant celte vie. L'n humnie de bien les amasse sans foire lix'l à prrsimnc , les possède sans y attacher son cunr. les conserve sans inquiétude, les donne salut rripel , et les dépense honnêtement quand la lu'cessilli l'y oblige.
On doit juger de la nécessité de la dépense de chatpie personne |iar la qualité de sa condition : car les uns étant princes et les autres sujets, les uns étant d'une exli'action noble et les autres d'une famille médiocre, il est certain que ceux qui sont dans les places les plus élevées ont besoin de plus de bien pour foire honneur 4 leurs charges, au lieu que les autres doivent se contenter de imiiiis. Ils sont tous les administrateurs de leurs biens, et doivent s’en servir comme de fidèles dispensateurs selon les réj'les de la modestie chréllrime, et donner le reste aux pauvres. Dieu est le vrai maître de ni» biens. Nous ne sommes que ses économes. Il est aisé dans celle vue de garder la pauvreté volontaire eu possiidant de ffrands biens , et de pralHtoer ce précepte de rKcrilure : «Si les ri-
PAR LK CARDINAL BüNA.- PARTIE 11.
chesses vous viennent en abondance , n'j mêliez point votre coeur. » La nature a caché l'or dans les entrailles des inunlajpies, dans des mines profondes et inaccessibles. C’est pourquoi les avares qui l'aimenl et qui le cherchent sont toujours courbés vers la terre, et ne lèvent jamais les yeui au ciel. Au contraire , un homme .sat;e, prévenant par sa pensée la fin de toutes les choses visibles qui doit bientôt arriver , en détache son cœur pour l'attacher aux invisibles, où se trouvent des riebesses stables et durables. 11 désire d’élre honoré dans un lieu o(i per.souue n’est honoré qu'il ne le mérite. 11 souhaite de régner dans un royaume où l’on n’appréhende aucune disgrôcc. Il fait un sacrifice à Dieu de tout ce qu'il possède et est prêt de s'en dépouiller, si Dieu l’a agréable. Les marques par lesquelles nous pourrons reconnailrc que notre cœur est détaché des richesses sont : si nous sommes bien persuadés que ce sont des charges, et si nous en sentons la pesantei r: si nous en avons du dégoût et si nous les quittons sans regret , si , quand nous les pos.sédons , nous n’en tirons point de vanité ; si nous ne regardons les meubles les plus précieux et les palais les plus magnifiques que comme des trophées de l’orgueil humain et des obstacles à notre salut. Rien ne nous inquiétera jamais quand nous .serons dégagés de la passion du bien , parce que celui qui ne peut rien perdre est en assurance, n est plus avantageux de jouir de la joie de la pauxTeté que d’étre accablé de tristesse au milieu des biens, comme il est plus avantageux de se bien porter sur un méchant lit que d'étre malade dans un lit fort riche. On est heureux quand on est content.