‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 552 sur 684 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Qoi lODt lei paurm d'etprit.

Le Sauveur a déclaré que le royaume du ciel consiste danslapauvTeté d’esprit, quand ila dit: sBienheureux sont les pauvres d'esprit, parce que le royaume du ciel est A eux. » Or, ceux-là sont véritabirment pauvres d’esprit , qui ne délirent point les richesses et qui ne se reposent point dans leur possession , qui ne possèdent et ne désirent rien qui leur puisse être ôté, qui appréhendent plus de devenir riches que les enfàns du siècle n’appréhendent de devenir

|)auvres; qui, s'élcvaiil audessusde toutes le.» choses créées, peuvent, de la plus haute régUm de leur àme, tenir le langage qui suit :Je sui> riche de la grâce del)ieu,et je .suis dans l’abondance , paire que je possixie tout ce que je .smihaite , et que je ne possède rien dont je ne me puisse priver .sans douleur et sans perte. vérité immuable , qui demeure avec moi , me découvre des richesses ineffables dont la possession me rend heureux. Je trouve dans cette vérité l’a.s.serabla{;c de tous les biens, et je ne rherche rien huis d'elle. Je reconnais dans elle que de moi-mème je n’ai rien, je ne suis rien, et je ne puis rien, (jlle crie d'une voix terrible que toutes les ehoses inférieures qui, d'elles-mèmea, n’ont ni vérité ni bonté , et qui ne sont pas une même chose avec elle , n’osent pas approcher de moi, ni me présenter leur image. Je vois dans elle que les créatures ne sont qu’un néant , que rien ne me peut arriver que par la permission de celte vérité immuable, qui est la providence éternelle du Père étemel , qui m’a tiré nu dn sein de ma mère pour me mettre sur la terre. Il qui, dans le temps qu’elle a ordonné, m’en retirera nu pour me mettre dans le tombeau.

Voilà ce que les vrais paiivTes d’esprit disent de lotit leur cœur selon la sublime seience des .saints , qui a été versée dans leur àme du haut du trône de Dieu , et c'est pour cela que le Sauveur a assuré que le royaume du ciel est à eux , parce qu’ils n’ont rien qui sente la terre. Plôt à Dieu que lousIesChrélienseomprissent bien celle vérité! S’ils l’avaient tous comprise, il n’y en aurait aucun qui aimât, qui cherchât les biens périssables de la terre. Mais comme il y a très peu d’élns, il y a aus.ssi très peu de pauvres d’esprit. L’Ecriture déclare que celui qui n’a point Couru après l’or, et qoi n’a point mis son espérance dans les trésors , est heureux ; et parce que c’est l’effet d’une vertu fort rare, elle .ajoute: • (Jui est celui-là, et nous le louerons, parce qu’il a fait des merveilles durant sa vie?» C’est eu effet une merveille fort surprenante que de voir un homme qui ne sonliaile rien de ce que le monde admire, qui fasse son trésor de la pauvreté, qui use des secours nére.ssnires à noirf faiblesse avec toute la modération à laquelle U loi étemelle nous oblige, et qui po-ssivle les biens extérieurs de la même sorte que s'ils ne les possédait pas.

iVM PRINCIPES DE LA

Il y a peu de penoBDea qui arrivent à cette perfection, parce qu'il y en a peu qui négligent lea ronimudités que l'on n'acquiert que par la ricliesae, et qui obéisttenl au commandement que le Sauveur nous fait de chercher premièrement le royaume du ciel, dans l'assurance que le reste nous sera donné comme par surcroît. Il nous a aussi avertisde ne nous point mettre en peineoù nous trouverons de quoi boire et de quoi manger pour le soutien de notre vie, ni d'oA nous aurons des rètenicns pour couvrir notre corps, parce que notre Père céleste sait que nous en avons besoin. Pourquoi n'ajoutons-nous |K>int de foi aui promesses de Dieu? Pourquoi nous défions-nous des soins de sa providence? Les liens de la concupiscence qui nous tient en captivité sont des obstacles à notre croyance. Us nous font Imucher nos oreilles à la vérité, et arrêter nos yeux à la terre sans les pouvoir lever au ciel, le sentier par oA la vérité y conduit est extrêmement étroit ; pourle tenir, il ne fout pas être chargé ni d'habits ni de bagage. Les riches marchent avec leurs grands équipages par le chemin de la mort , qui est un chemin fort large. Que nous servira-t-il d'avoir été dans l'abondance des richesses du siècle, si nous manquons de celles qui durent éternellement? Nous sommes des exilés et des voyageurs. Ceux qui sont obligés de passer par des chemins étroits et difficiles, doivent retrancher de leur bagage , et non pas l’augmenter.

Cll.tPITRE XVII.

Dp r<Migalioo de raamône.

On ne peut , sans s'exposer au péril de la damnation éternelle, retenir des richesses qui ne sont nécessaires ni au soutien de la vie ni i la bienséance de l'état, et les employer A des usages inutiles et profimes , et principalement si elles sont anias.sées des revenus de l'figlise ; mais il les faut appliquer ou au soulagement des pauvres, ou à d'autres œuvres qui tendent à la gloire de Dieu. I.es richesses n'ont rien d'excellent ni de louable que dans leur usage. Elles deviennent inutiles et criminelles dès qu'elles sont enfonnées dans des cofires, qu'elles ne sont point portées au trésor du ciel , qu'elles ne servent qu'à celui qui les possède, que le pauvTe n'eu reçoit point de soulagement dans son

VIE CHRETIENNE

besoin, ni l'étranger de consolation dans sa disgrâce.

On donne le nom de biens aux richesses, aux passions et aux trésors, non parce qu'ils font homme de bien celui qui les possède, mais parce qu'ils peuvent servir à faire du bien. La libéralité augmente la justice chrétienne, selon celle parole de l'Écriture : • Il répand ses dons et ses libéralités sur les pauvres ; sa justice demeure éternellement. > Salomon dit aussi ; « Les richesses de l'homme sont la rançon de son âme. » Et dans un autre endroit : « L'eau éteint le fou , et l'aumùne résiste aux péchés. i Comme il n'y a rien d'aussi conforme â la foi et â la piété chrétienne que de soulager la misère des pauvres, et de se souvenir delà condition commune de notre nature â la vue de leurs besoins, il n'y a rien d'aussi cruel ni d'aussi pernicieux que de refuser aux autres ce qui leur est nécessaire, et de se le refuser â soi-méme pour amasser à des Héritiers des richesses qu'ils dissiperont en très peu de temps. C'est une misère beaucoup plus extrême et que l'on ne saurait jamais assez déplorer, de perdre son âme pour enrichir ses proches.

Je n'examine point ici en quelle occasion ni de quelle manière on est obligé , sous peine de péché mortel, de donner aux pauvres son superflu , parce qu'il n'appartient pas â la science humaine', mais à la prudence chrétienne de décider cette question dans les rencontres particulières. C'est celte prudence qui, par l'onction de la grâce, enseigne â chaque fidèle de quelle portion de ses biens il se doit priver soi-mème, pour subvenir â la grande ou â l'extrême nécessité des pauvres. Je n'examine pas non plus quelle est cette grande ou cette extrême nécessité; je me contente d'écouler la voix du Sauveur, qui sans apporter aucune distinction nous fait commandement : • Donnez l'aumAne de ce que vous avez. > J'écoute aussi la voix de saint Jean-Rapliste , le prédicateur de la pénitence, qui étant consulté par les peuples sur ce qu’ils devaient foire, leur répond : v Que celui qui a deuxvètemensen donne â celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger en fasse de même. • J’écoute le prophète qui chante : « Heureux celui qui pense attentivement au pauvre : le Seigneur le délivrera lorsqu'il sera lui-même dans l'affliction. > J’écoute Isaïe , qui dit : a Faites

PAR LE CARDINAL

part de votre pain à celui qui a faim , et faites entrer en votre maison les pauvres et ceua qui ne savent où se retirer; iorsque vous verrez un homme nu, revotez -ie, et ne méprisez point votre propre chair. J'écoute le très saint vieillard Tobie, qui instruit son fiis de celle sorte : a Donnez l'aumène de votre bien , et ne détournez votre visage de dessus aucun pauvre , et Dieu ne détournera point le sien de dessus vous. Eiercez la miséricorde autant que votre pouvoir le pourra permettre. Si vous avez beaucoup, donnez en abondance; si vous avez peu, donnez quelque chose de ce peu-là avec joie. C'est une bonne récompense que vous amasserez pour le Jour de votre nécessité, parce que l'aiimùiie délivre du péché et de la mort , et qu’elle ne permet pas que l'ànie tombe dans les ténèbres. i> Que peut-on dire davantage? li nous avertit de donner du peu que nous avons pour nous délivrer du pédié et de ia mort étemelle. Mais écoutons l’acre que le Seigneur aimait. Voici ce qu'il dit aux bdèles ; a Que si quelqu’un a des biens de ce monde, et que voyant son frère en nécessité il lui ferme son ctcur et ses entrailies , comment l’amour de Dieu demeureraitii en lui ? Que si la charité ne demeure point en lui, la concupiscence y demeurera, et dans le siècle à venir il se trouvera avec le riche qui était vétn de pourpre et de lin , qui se traitait magni- 6quemmt tous les jours, et qui ne donnait pas au pauvre Lazare les miettes qui tombaient de ta table. La conscience d’un riche avare lui reproche sa dureté et lui cric : a Pourquoi chassezvous le pauvre qui est pressé par la faim.° C'est lui procurer la mort que de reihser de le nourrir. Le pain que vous avez de reste lui appartient ; les vètemens qui se gâtent dans vos maisons sont à ceux qui sont nus ; l’or que vous gardez dans vos coflbes est à ceux qui ont besoin, s Au jour du jugement, le Sauveur condamnera les impies au feu étemel pour n'avoir pas fait les (cuvtcs de miséricorde ; < J’ai eu fàim , leur dira-t-il , et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et voua ne m’avez pas donné à boire; j'ai été sans habits, et vous ne ne m'avez pas revêtu. > Le Sauveur n'exprime point en cet endroit si le pauvre à qui on a refusé l’aumône était dans une extrême nécessité; car à peine, durant tout le cours de la vie, trouvatms-nous un homme qui KMt dans le dernier besoin, qui ne puisse vivre

BONA. — PARTIE 11. .'i.’IT

tans notre secourt, et qui n'ait personne que noos qui puisse ou qui veuille l’assister. Les rencontres où toutes ces conditions-là concourent sont fort rares, et s'il fallait attendre qu'on les eût troovées pour donner l'aumône, on ne la donnerait jamais.

Il fout donc donner l’aumône dès que l’on a du superflu , puisque la miséricorde est comme l'accomplissement et ia perfection de toutes les vertus, et il ne fout pas remettre les libéralités à la fin de la vie , comme plusieurs font , parce qu’elles sont d’un plus grand mérite quand elles sont faites en parfoite santé, et au temps auquel on pourrait retenir le bien que l'on donne.

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