CHAPITRE XVIll
De la neeewiis de la paUeun.
Entre les exercices nécessaires aux Chrétiens pour acquérir la vie éternelle , il n’y en a point de si utile que celui de la patience, par laquelle ils imitent fo bonté que Dieu a de souffrir les crimes des hommes, et de foire lever son soleil sur les mécbans aussi bien que sur les justes. La patience apaise la colère, retient la laugue, conduit l’esprit, garde la paix , réprime l’impétuosité des passions , éteint la haine , abaisse l’orgueii , surmonte le monde, mortifie la chair, donne de la modestie dans la prospérité , de la générosité dans les disgrâces, de la douceur dans les liqures, rejetle les tentations, souffre les persécutions , fait la perfection de la vertu , et lui sert de couronne. Elle empêche seule tous les maux , et si chacun était si heureux que de 1a posséder, on ne commettrait plus d'injustice ni d'autre crime.
La différence qu'il y a entre les sages et les insensés est que les uns ont une patience invincible, et que les autres ne l'ont pas. C’est uns grande vertu , qui sert comme de digue pour empêcher le débordement des vices et des passions. Dieu donne aux gens de bien l’occasion de l’exercer, et permet qu’il leur arrive des disgrâces, afin qu’ils les soufflent constamment, et qu'ils apprennent à se modérer et à se dompter eux-mêmes ; car comme nous ne pouvons étouffer les sentimens de la nature, ni empêcher l’émotion que lui donnent les iqjures, nous avons besoin de la patience pour la retenir, de peur que suivant son inclination aile ne se porte à la vengeance.
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Les pliilosophe.sroDt relevée par des luuan);es eslraordinaires, et ont prétendu, ru la praliipi;int, faire paraître la (p-audciirdeleiirsa(;es.se; mais comme leur sagesse était fausse , leur patience l'était aussi. Ils ont été aussi éloignés de la vraie sagcs.se <|ue de Dieu, qui est son unique principe; mais pour nous , nous avons appris du Sauveur que l'un ne peut arriverau royaume lie Dieu que par un grand nombre d'aftiieliuns. iVolre véritable sagesse est de savoir Jésus- Cbrist, etJésus-Clirist crucitié ; d'aimer sa croix, et de la porter avec joie. l>a vie d'un Cbrélicu devant être une ddéle image des soulfraiices de nblre maître, celui qui a de l'aversion de la croix ne mérite pas le nom de Cbrélien. Que personne n'espère s'exempter du châtiment ; llieu cliitie tous ceux qu'il reconnaît pour ses eiiFans, sans excepter son Kils unique, bien qu'il n'cbt aucun péché. Il a fallu qu'il ail souffert , fl que par .ses souffrances il soit entré dans la gloire. Chacun est exercé et purifié par les disgrâces de celte vie, ou au moins averti de se convertir et rie se corriger. De quelque affliction qu'aucun soit éprouvé penriant celte vie. jamais elle n'approchera de la pcsaoleur ni de la honte de la croix du .Sauveur.
CM.âPmiE XIX.
aihpruléc mkiI des oceastcKis de pratiquer 1rs Tcrlus.
La vie que nous menons sur la terre est un chemin par où nous allons à notre paya. Il a toutes les conditions des chemins ordinaires; il est uni également en quelques endroits, en d'autres il est haut et bas. Taniot il est beau et agréable ; tantôt il r.st rempli de ronces et d'épines. Il se trouve quelquefois bordé de précipices, et parait inacce.ssible. On y est quelquefois inœinmodé de la presse, et queli|uefois épouvanté de l'horreur de la solitude. On est quelquefois en danger d'y être attaqué par les bétes, et quelquefois par les voleurs. Pendant un jour on y a de la pluie, et pendant un autre du beau temps. On trouve en tous lieux des traverses et des disgrâces, et cette parole d'un ancien philosophe, qu'il y a des procès partout , est véritable dans l'ordre de la grâce. On ne saurait acquérir la vertu sans combattre , et nul ne pourrait reconnaître ce qu'il a de courage et de force s'il n'avait des adversités rt des afflictions. Supposons
VIE CHRETIENNE, que quelqu'un soit élevé jusques an cid par les louanges des insensés, dont le nombre est presque infini, que l'un n'ait que de la complaisance pour s(^$ sculimens ; que l'abondance et la délicatesse de sa table lui offrent les mets les plus délicieux ; que ses affaires soient si bien réglées que ses revenus fournissent plus que suffisamment â la magnificence de sa dépense; qu'il soit logé dans un superbe palais; qu'il n’y ait point d'honneur ni de plaisir dont il ne jouisse. Cette supposition étant faite de la sorte , je demande qui pourrait jamais avoir une assex grande éloquence pour persuader à cet hommelà que tout ce que le monde appelle des biens n'est que vanité et qu'un pur néant , et que les maux de cette vie sont des bienfaits de Dieu, par lesquels il nous prépare à la possession d'un bonheur éternel ?
Dieu exerce ses élus par des afflictions , afin qu'ils apiirennent par leur propre expérience combien il y a d'inconstance et de misère dans toutes les choses que les hommes prennent pour des biens; et au contraire, combien il y a de bonheur dans ce que les médians prennent pour des maux , comme si la souveraine félicité consistait à ne rien souiffir. Les personnes sages doivent au milieu des plus grandes adversités se soumettre avec joie aux ordres de la Providence, et placer leur ooHir dans un I ieu où les disgrâces de cette vie ne puissent atteindre. Quelque cruauté que lès médians exercent contre les gens de bien, selon le pouvoirqu'ils en auront ref u de Dieu ; de quelque disgrâce dont les justes soient attaqués, il ne s'attristeront point. Un juste est dans un Id étal que la prospérité ne le peut corrompre , ni l'adversité l'abattre. Quoi qu'il lui arrive il dit constamment : i C'est une affliction qui m'est destinée, jela souffrirai. • Cda devait arriver de la sorte, et je suis bien aise qn'il soitarrivé. Tous les hommes sont sujets â la puissance de Dieu . soit qu'Us le veuillent, ou qu'ils ne le vcnillenl pas. Les uns lui obéissent comme ses enfâns, et font ce qui est juste ; les autres souffrent ce qui est juste comme des esclaves. Aucun n'échappe â sa justice. Chacun ou fait, ou souffre ce que sa loi ordonne.
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PAR LE CARDINAL BONA. — PARTIE 11