‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 554 sur 684 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

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Plusieurs s'imaginent qu'ils auront des croix fort pesantes et des aMictioas fort rudes, et se proposent de les supporter constamment. Étant ëblouis de la vaine lueur de cette image , ils se persuadent qu'ils ont fait une action illustre de patience, dans le temps qu'ils redoutent et qu’ils fuient les moindres peines. Il làut exterminer cette erreur, et remarquer avec soin que l'on ne peut exercer que très rarement la patience dans les grandes entreprises, au lieu qu'on la peut exercer très souvent dans les plus petites, et que l’ou en trouve presque à chaque moment des occasions, soit en supportant les défauts des autres, ou en corrigeant les siens propres. Il faut embrasser avec une plus grande joie la croix que Dieu envoie que celle que l'on a choisie, parce que celle que l'on a choisie n'est pas louiours envoyée de Dieu. Comme les malades se réjouissent lorsqu'ils ont trouvé un médecin qui peut et qui veut les guérir d'uue maladie dangereuse, ainsi quand nous sommes noircis de médisances et chaînés d'injures , nous devons nous ri^ouir de ce que nous avons trouvé des personnes qui guérissent les maladies de notre âme, et qui nous procurent la grSce de Dieu , qui est le plus rklic trésor que nous puissions jamais posséder. Il làut que nous soyons contens de tout ce qui nous arrive. Ce qui plaît ne fâche point; il n'y a que ce qui déplaît qui fâche. Quiconque veut bien souffrir le mal qui lui arrive, diminue sa peine et augmente son mérite. La résistance de la nature n'ôte rien à la patience de son prix , pourvu que les mouvemens qu'elle excite ne s'élèvent point jusqu'à la partie raisonnable, qui est le siège du mérite et du démérite. Cette partie doit demeurer ferme, et implorer le secours de Dieu par de ferventes prières. Que si elle se trouble, s'inquiète et se plaint, si elle néglige son devoir, ce sera une marque certaine d'un soulèvement volontaire, et d'une rébellion formée avec une parfaite délibération.

Il est aisé d'exercer les vertus qui consistent dans l’action, et malaisé d'exercer celles qui consistent dans 1a souHrance , parce qu'elles sont en quelque sorte hors de nous, et qu'elles sont

plus contraires que les autres aux sentimens de notre nature. Au reste, les soldats nous donnent un bel exemple de souffrir avec modération et avec confiance pour l'amour de Dieu , tout ce qui nous survient chaque jour de fâcheux et d’incommode. En eHèt , ce qu'ils souffrent avec joie dans l’espérance de passer en repos le temps de leur vieillesse, oit ils ne sont pas assurés d'arriver, est tout-à-fait incroyable. Cmnbien de fatigues et de travaux durant les voyages, quelles rigueurs durant l'hiver, quelles chaleurs durant l'été; combien de disettes en toutes saisons, combien de périls et de blessures I Pourquoi donc ne souRrirons-nous pas un travail de peu de durée, pour jouir d'un repos qui ne finira jamais? Si nous considérons la grandeur de la récompense que Dieu nous promet , tout ce que nous souffrirons nous paraîtra fort léger et fort supportable.

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