CHAPITRE XXI
Qu’il M ftut litjouir arflictioiu qui armfoL
Comme lorsque l’oo élève un édifice on prend plus de peine , et on apporte plusde soin à tailler une pierre qu’une autre, selon l'élévation et la beauté de la place où l'architecte la destine, ainsi chaque chrétien est éprouvé par de plus rudes afflictions, et par de plus pesantes croix , selon le prix de la couronne et le degré de la gloire que Dieu lui prépare. Comme le marbre, s'il avait de la raison, souffrirait patiemmoit les coups de ciseau, et remercierait le sculpteur qui le taille, nous devons aussi nous r^onir de ce que Dieu nous polit, et noos embellit par le cisean des afflictions pour noos mettre dans une place plus éminente de son palais. Il châtie cenx qu'il aime, de peur qu'étant corrompus par les prospérités du siècle ils ne s’éloignent do chemin du salut. Les médians sont comme des mim'stres de Dieu , qui sont nécessaires aux bons pour les exercer, et pour les accoutumer par des épreuves continuelles à la pratique des vertus.
Cette vérité ne pouvant être révoquée en doute, il faut se mettre à l'écart de scs ennemis dans la disposition où le saint roi David était envers Sémeï , lorsqu'il dit : i Le Seigneur lui a ordonné de maudire David , et qui osera lui demander pourquoi il l’a foit?» Nul ne pourrait nous faire du mal si Dieu ne le voulait et ne le permettait, et il ne le veut et ne le permet que
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|iour sa gloire et pour notre salut. .\u reste, il ! ne but point attendre de consolation des créatures, mais de nien , qui est la première cause de nos maus. la vraie consolation ne se trouve qu’en Dieu qui est la vérité , et qui noos enseigne que r.iffliction nous est nécessaire, et qu'il la faut recevoir avec joie comme un gage de son affection ; «Mes frères, dit saint Jacques, considérez comme le sujet d’une eitréme joie les diverses afflictions qui vous arrivent, sachant que l’épreuve de notre foi produit la patience. t)r, la patience doit être parfaite dans scs ceuvres et dans ses effets, o Les pièges, les calomnies, les persécutions, et les autres maux de cetic vie, sont des biens que nous devons chérir parce qu'ils sont conformes i la volonté de Dieu , è laquelle nous devons rapporter, comme an premier principe , tout ce qui parait le plus contraire à la chair et au sang.
Le Sauveur dit à Pilate, qui était un juge injuste : I Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi s’il ne vous avait été donné d'en haut. • lorsqn'en tout ce qui nous arrive nous reconnaissons ce pouvoir que Dieu donne aui hommes sur nous , nous conservons la paix de notre âme. Si nous regardons hors de Dieu tout ce qui nous tourmente, il nous remplira l’esprit d'une infinité d'idées très bcheiLses , et comme tout pèse extrêmement hors de son centre, il noos accablera d'un poids insupportable, et nous troublera l'imagination par de fausses images de choses qui n'ont jamais été et qui ne seront jamais. Cest de là que viennent les tristesses mortelles qui serrent le cteur, les insomnies qui dérobent le repos de la nuit , et les inquiétudes incnrables. Que si au cootraire nous nous accoutumons â regarder tout en Dieu , et à rapporter tout à lui, nous demeurerons fermes et inébranlables, et nous dirons avec le saint homme Job: «Il n'est rien arrivé que ce qu’il a plu au Seigneur, que son nom soit béni. > Dieu qui permet que je sois affligé prend un soin tout particulier de moi, avec une bonté non pareille; il m'a attaché à la croix, j'y demeurerai jusqu'à ce qu'il m’en détaclie.
VIE CHRETIENNE
ClI.âPITRE XXIL
Qu'il faut luiirrrir ht médicaaort.
Si le mal que les hommes disent de noos nous afflige plus que nos péchés, qui devraient seuls nous affliger, c’est une preuve évidente que nous nous aimons plus que nous n'aimons Dieu. Non - seulement il souffre des hommes perdus qui disent contre lui d'horribles blasphèmes, mais il leur communique ses bienfaits; et si quelqu'un nous reproche quelque défaut, à nous qui sommes tout remplis de péchés et de crimes , nous ne le saurions souffrir , et nous nous emportons de colère comme si c'était un mépris tout-à-fail insupportable. Nous devrions plutôt appréhender que de fausses louanges ne nous donnent de la vanité , et qu'une trop grande prospérité ne nous sépare de la croix du Sauveur et ne nous prive de sa gloire.
Si l'on mettait dans la balance les châtimens que nos péchés méritent et les tourmens que le Sauveur a soufferts pour les expier , et dans l’autre, tous les supplices, tous les affronts et tous les opprobres; ces derniers seraient sans doute trouvés très légers. Il but d'ailleurs considérer que la pesanteur ou la légèreté des maux dépend de la disposition de celui qui les souffre plutôt que de celui qui les fait. Quiconque les méprise et ne s’en sent point bles.sé ne souffre rien. la blessure ne vient pas tant de la main qui a jeté le trait que du corps qui l'a reçu. Quelque quantité de traits que l'on pùt jeter contre un corps aussi dur que le diamant , il n'en serait point entamé. La force que les injures et les médisances ont de nous fâcher, ne vient pas tant de l'insolence des méchans que de notre bibicsse. Celui - là est sans doute fort heureux qui sait se conduire si sagement que l'on ne puis.se former aucun soupçon qui lui soit désavantageux, et dont le mérite est tout-â bit au-dessus de la calomnie. Que si nous ne pouvons arriver à une si haute perfeetion , tâchons au moins de ne donner aucune occasion de dire du mal de nous; car nous aurions tort de nous plaindre desmédisans, si nous avions donné lieu à la médisance. Que si , après que nous aurons pris tous les soins que l'on peut prendre pour ne rien faire de contraire â l'honnêteté , nos ennemis ne laissent pas de débiter «intre nous leurs extravagances nous nous console-
Oigitizedbÿ G'ô'ogle
PAR LE CARDINAL BONA. — PAR FIE 11
roiM par oette parole du Sauveur, que l’on ne saurait trop souvent répéter : o Vous serez bienheureux lorsque les bommes diront hiusscment toute sorte de mal eootre vous. «Que les hommes croient et disent de nous tout ce qu'il leur plaira , noos ne laisserons pas d'étre bienheureux si notre conscience ne noos accuse d'aucun crime devant Dieu. Les opinions des hommes sont changeantes et trompeuses. leurs jugemens sont vains, et ne peuvent ni nuire ni servir. <iSi je voulais plaire aux bommes , dit l'apûtre, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ. ■ Il n’est pas possible de plaire généralement à tout le monde ; chacun a son jugement et son indinalion différente. Celui qui est loué de l'un est moqué de l'autre. Un philosophe à qui l'on disait, I Tout le inonde se moque de vous , > répondit : • Je ne sois pas pourtant moqué. > Il jugeait que l'on ne pouvait se moquer de ceux qui ne s'inquiètent pas des moqueries.