CHAPITRE XXIII
Ow ootN drroiM MufTnr pitienoe et kt maux qui noua arrivent ti te* déflniu des autres.
Le meilleur remède dont on se puisse servir en toute sorte d'adversités et d'afflictions est de détourner son esprit des objets qui lui déplaisent, et de le tourner vers Dieu. Nous avons une si grande tendresse pour nous -mêmes que nous ne saurions considérer ce qui nous blesse sans être touchés très sensiblement. D'ailleurs , comme toutes les douleurs qui nous déchirent le cœur procèdent de l'appréhension de perdre ce que nous aimons , le plus excellent moyen de nous garantir de ces douleurs est de n'aimer que le bien qui n'est sqjct à aucun changement, et qui ne nous peut être 6té par aucune créature.
Ix>rsque quelqu’un nous offense ou par ses actions ou par ses discours , noos devons retenir notre langue de peur qu'elle ne lâche des paroles qui témoignent notre émotion; car comme c’est une marque qu'un esprit est faible quand U ne peut digérer de viandes solides, c'est une preuve qu'un esprit est léger quand il ne peut supporter une parole fâcheuse. Un saint homme disait autrefois qu’il n’avait jamais eu d'affliction qu'il n'eût surmontée par le silence ; car ce qui nous tourmente se dissipe quand nous le méprisons, au lieu qu'il m fortifie et s'établit quand
nous en concevons de la colère. Getui qui se fâche d'étre méprisé, mérite de l'étre. Ce n'est pas assez d'étooffér sa douleur et de garder le silence; il fout te condamner soi-mème et se juger digne de mépris. Un homme sage qui s'examine avec attention ne considère pas tant ce qu'il souffre que ce qu’il m^te de souffrir. 11 ne juge point 1rs autres de peur de se condamner soi-méme, selon cette parole de l'apMre : • Mais vous, ô hommes, qui que vous soyez , qui condamnez les autres, vous vous rendez inexcusables ; car en les condamnant vous vous condamnez vous- mêmes, puisque vous foites les mêmes choses que vous condamnez.
Celui qui doit dix mille talens ne se doit pat foclœr contre an autre qui ne doit qu'une tomme beaucoup moins considérable. C'est une extravagance de prétendre guérir les défou s d'autrui par l’impatience et par l'orgueil qui sont les vices les plus dangereux. « Qui êtes-vous , dit l’apûtre , pour oser condamner le serviteur d'autrui? S'il tombe, ou s'il demeure forme, cela regarde son maître. Ou comment pouvezvous dire i votre frère , ainsi qu'il est écrit dans l’Évangile : Mon frère, laistez-moi ôter la paille qui est dans votre œil, vous qui ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre?» il n'appartient qu'à Dieu de juger des péchés d'autrui , comme il n’appartient qu'à lui de les châtier par sa justice , ou de les guérir par sa miséricorde. Pour nous il ne nous appartient que de les empêcher et de les corriger quand U est en notre pouvoir ; sinon de les supporter avec patience. Si le vice nous déplaît , ôtons-le de nous-mêmes avant que de le reprendre dans les autres. Nous devons être tels envers eux que Dieu est envers nous, c'est-à-dire miséricordieux et patiens.