CHAPITRE XXIV
Dm rciDèdn de l’inqsrtience.
Il y a quantité d’affaires M de devoirs dont nous ne sauriont nous dispenser. 11 y a un grand nombre de personnes avec qui nous sommes obligés de converser, et U est difflcile qu’elles soient toujours de notre avis, et que tout réussisse de la manière que nous souhaitons. Cest pourquoi nous devons avoir on soin tout particulier de conserver la tranquillité de notre esprit , et de ne point tomber dans l’impatience. B fout
pour cela |)r<voir ceqoi afrire4'ordinaire dus les affaires, dans les conférences et dans les autres occasions, sans que nous puissions l'empèeber ni le changer ; car quand noos aurons une fuis prévu tout ce qui peut arriver de plus flcheux , de plus iiKooiDiude et de plus d^gréa- Ue, et que nous nous serons préparés i le souffrir arec patience , nous éviterons sans peine toute sorte d'etnporteinens et d'inquiétudes.
Le principal soin auquel noua devons nous appliquer est d'user de toutes les choses extérieures d'une manière qui ait rapport 1 leur nature. Or, par leur nature elles doivent nous servir et non pas nous conunander ; par leur nature elles sont sqjetles à quantité d'accidens, et ne sont point en notre puissance ; et c'est pour ctda que jamais elles n'ébranlent l'assiette d’un hunmK ferme. Si on l'emmène en exil , si on le dépouille de ses biens, si on le prive de scs charges, si on le menace des supplices et de la mort , il ne se laisse ni abattre ni vaincre. Il ne se tient pas même olfcnsé de tous ces flrlieui traitemens , parce qu'il y a long-temps qu'il a prévu qu'ils sont liors de lui , et qu'ils n’en dépendent point. Ce oc sont pas tant les choses qui nous incommodent et qui nous inquiètent que l'opinion que nous avons d'elles. Jamais personne ne se hiebe , ne s'attriste , ne craint et ne tremble , si ce n'est qu'il souhaite et qu'il recherche quelque chose qui ne dépende point de lui.
Les martyrs ont lassé la cruauté des bourreaux et ont fhit voir une invincible constance au inilieo des plus horribles tourmens. On a vu des femmes et des enfàns auxquels les coups de fouet et les feux n’ont pu arraclier un soupir. Les tyrans ont pu les battre et les tuer, et n'ont pu les vaincre , parce qu’ils méprisaient tout ce que les tyrans peuvent ou donner ou ravir; mais personne ne pouvoit leur ôter leur force ni leur courage, parce que cela n'est point au pouvoir des princes.