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CHAPITRE XXVll

DeKripUoa de l’oraneil.

L'orgueil est une tumeur par laquelle l'booime s'enfle avec un excès extraordinaire, et t'attriboe des avantagea qui ne loi appartiennent point, n tâche de donner aux autres une idée fort hante et fort belle qu'il a conçue de soiméme, et pour cet effet il se vante de la noblesse de sa naiaaance, de l'éminence de ses dignités, des avantages de son corps et de son esprit, et s'élève de la même sorte que s'il surpassait le reste des hommes en grandeur et en poissaiice. Il en est beaucoup plus fier lorsqu'il a un grand nombre de domestiques, quantité d'habits et de meubles précieux , des perles et des pierreries , de l'or et de l'argent, des palais magnifiques et tout ce qui peut entretenir la vanité et l'insolence de l'esprit humain. Il affecte des titres fort relevés, les louanges et les applaudûsemens des peuples, CEHnme si c'étaient des preuves certaines d'un mérite qui le mit au-dessus des autres. Il se

VIE CHRETIENNE

glorifie de toutes ces choses et s'y repose commi dans le souverain bien, sans se mettre en peine de la vie étemelle. Cest aussi de lâ que procède l'aversion que diacun a de tout ce qui peut l'abaisser et foire voir qu’il est au-dessous des autres. C’est d'où vient le déplaisir et le chagrin que l'on sent quand il arrive quelque chose qui semble diminuer ou affoiblir le mérite que l'on s'attribue. Cest encore d'où procède la crainte qu'ont presque toas les hommes que leurs entreprises ne réussissent mal , parte qu'ils ont tous passion d'étre loués et estimés. Lesderm'ers do peuple et tes plus vils artisans ne sont pas exempts de cette maladie. Ils désirent d'exceller aixslestus de ceux de leur métier. Les philosophes qui ont écrit tant de belles choses du mépris de la gloire n'ont pu s'en garantir; ils l'ont condamnée par leurs paroles et recherchée par leurs actions. Ce poison subtil s'insinue imperceptiblement, et, bien que la racine en soit arrachée , il en reste des filets que les plus édairés ne peuvent voir. C'est pourquoi il fout observer avec un soin particulier tous les roouvemens de l'orgueil , les réprimer par la crainte de Dieu , et préférer 1a vérité aux fausses louanges.

La fumée qui sort d’une fournaise s’élève en l'air, s'y épaissit et obscurcit le soleil; mais comme elle n'a rien de solide, elle se dissipe aus- Silùt. Ainsi les superbes s'élèvent, maisconnne Us ne sont point établis sur le fondement solide des vertus , plus ils s'élèvent et plus ils s'étendent , plutôt aussi ils s’évanouissent et disparaissent. c J'ai vu l'impie élevé en grandeur , dit le prophète, et fleurissant comme un laurier toqjours vert ; mais il a passé et est disparu en un moment. Je l'ai cherché et je ne l'ai pas pu trouver.

CH.\PITRF. XXVIII.

Un molift de lliumiiilé.

Nous sommes entraînés au péché par le poids de la nature coirompoe, et ayant à marcher par un chemin extrêmement glissant, nous ne pourrions jamais nous préserver de la chute si Dieu ne noos tenait par la main. Quand noos évitons les péchés énormes, c'est un effet de la miséricorde divine, qui éloigne de nous les occasions de les commettre, et si elle ne les éloignait, noua ne savons que trop par expérience en quel danger noua serioos. S'il y a quelque bien en

PAR LB CARDINAL noot, c’est un bien fort léger et fort imparfoit. Le bien devant être pur et entier, et ne pouvant KHiffoir le mélange d’aucun mal , qui werait as- «urer qu’il ait jamais fait une action qui soit bonne dans toutes ses circonstances, et qui, n'ayant aucun début , puisse pbirc à Dieu? Qui est-ce qui travaille à son salut avec la même applicatioa , et qui recherche la perfection avec la même ardeur avec laquelle les enfiins du siècle recherchent les richesses et les honneurs? Nous sommes assurés que nous avons commis de grands péchés, et nous ne sommes point assurés qu'ils nous aient été remis. Ainsi nous ne savons si nous sommes dignes d'amour ou de haine. Bien que nous ayons sqjet de croire que Dieu nous a pardonné , nous ne saurions nous promettre avec certitude la grâce de la persévérance, et c'est un seorrt qui ne sera révélé qu'au siècle â venir.

Qui est-ce qui , faisant réfleiiOQS sur toutes ces choses , pourra se glorifier , l'attribuer quelque avantage , et met tre sa conSaoce dans soi-mème ? Qui est-ce qui nesera pas saisi de frayeur, et qui ne confessera pas publiquement qu’il n’est rien et qu’il ne peut rien ? L'âme ne peut rien dès qne Dieu a retiré son secours, et ne voit rien dès que Dieu a retiré sa lumière, de même que l'air n'a plus de splendeur dès que le soleil est passé. Celui qui aura bien compris cette vérité désirera d'être connu pour méprisable de tout le monde, et d'étre aussi fort méprisé qu’il croit le mériter, et s'il en usait d'une autre foçon , il agirait contre ses propres lumières. La vérité est la compagne inséparable de l'humilité , et plus l'âme avance dans la connaissance de la vérité , plus elle apprend certainement qu'elle n'est rien et quelle ne peut rien.

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