CHAPITRE XXXI
DnATi|>liuQ du vrai bumbip.
Celui - IA doit être estimé vrai humble , qui est au-dessus de toute élévation et au-dessous de j tout abaissemrnt , qui étant dans une place émi- |
nente, ne s'élève point pour les bonnrors qii’oii lui rend , ni pour les louanges qu'on lui donne, et qui étant mis dans le dernier lieu ne peut jamais être chargé d'autant de mépris, d’autant de confusion, ni d’autant d’opprobres qu’il ne se persuade en mériter encore davantage. le vrai humble est celui qui désire de n'élre point estimé, cl qui veut passer non pour humble , mais pour bas et pour méprisable aux yeux des autres, de sorte qu’ils croient que quand II souffre toutes sortes de disgrAces ce n’est pas une. preuve de sa vertu, mais un effet de la nécessité qui les lui rend inévitables. Que s’il arrivequ'ilcommelte quelque foute , il n'a point rie honte d'en demander pardon A ceux qui en ont été témoins , principalement s'il a avancé qnehpie chose de contraire A la vérité , ou qu’il ait bic.ssé la réputation de quelqu'un, et cette réparation est , selon le sentiment d’un grand personnage , une espèce de martyre. Que s’il dit ou qu'il fasse quelque chose qui nuise A sa réputation , il en est ftehé en tant que Dieu en est offi nsé ; mais il en est bien aise en tant que ce lui est une occasion de souffrir la confosiao et le mépris. Il ne foit rien pourtant A dessein de se rendre méprisable.
Si on donne on mauvais sens aux paroles les plus innocentes qu’il aura dites; si ceux qo'il aura honorés de son amitié et de sa conbancr . et chargés de ses bienfaits, désapprouvent sa condoite, liiient sa rencontre et le persécutent ; si, après de longs travaux, su lieu de lui dé Krer les récompenses qu’il mérite , on le couvre d'affronts, il n'en foit aucune plainte, parce qu’il n'estime rien toutes ses actioas, et qu’il a une aussi forte passion pour le mépris que les autres en ont pour la gloire.
Quand il est abandonné de tout le monde il a recours A Dieu , où il trouve l’abondance de la joie et le comble de tous les biens. Il cache sous le silence tout cequi le regarde , et est aussi préparé A souffrir toutes sortes d’injures et d’affronts qu’un mort qui est dans le tombeau, et dont on a perdu la mémoire. Au dedans de soimême, il se met toujours au-dessous de ses supérieurs, de ses égaux et de ses inférieurs, bien qu'au dehors il ait égard A la bienséance et ait soin de conserver sa dignité. Il croit fermement qu’il est le plus méchant de tous les hommes, )mrcc qu’il compare ses péchés aux
PAR LE CARDINAL
Tcrtus des autres. D'aiUenn il considtre en soi oe qu'il a de soi , au lieu qu'il considère dans les autres ce qu'ils ont de Dieu. Il souhaite d’étre inconnu et d'étre la bble et le divertissement du monde. Il se tient indigne du pain iju'il mange, de l'eau qu'il boit , de la compagnie des hommes, des commodités de la vie et des avantages de la société. Quand il est préféré aux autres, il se flàche, se trouble et s'attriste, et se tient indigne et incapable de toute charge.
Voilà un léger crayon et une imparfaite image du vrai humble, par où tout Chrétien pourra reconnaître combien il est éloigné de celte vertu que le Sauveur, qui a été (bit pour nous l'oppro- Im des hommes et le mépris du peuple , a si fort recommandée à ses disciples. Au reste , dans la pratique de cette vertu, il n'y a nul dangerà s'estimer moins que i'on ne vaut , au lieu qu’il y en a un tris grand à s'estimer plus. Celui qui , en passant par une porte , se baisse plus qu'il ne faut ne se fait aucun mal; mais celui qui se hausse de l'épaisseur d'un demi-doigt plus qu'il ne faut se casse la tète. Ainsi celui qui s'humilie trop ne se fait aucun tort , au lieu que celui qui s'élève pour peu que ce soit se cause un grand préjudice.
Cest pourquoi ceux qui veulent éviter les occasions de l'orgueil u'ont garde de se préférer, ni même de se comparer à d'autres. Cest ainsi qu'ils imitent le Sauveur, qui étant Fils de Dieu a pris la forme d'un serviteur pour nous dooner l'exemple de l'humilité.