CHAPITRE XXXIX
Ilr l'«iooiir (lu produiQ.
On ne saurait aimer Dieu sans aimer le prochain , ni aimer le prochain sans aimer Dieu ; « Nous avons reçu ce commandement de Dieu , que celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère. Si quelqu’un dit j'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c’est un menteur. Car comment celui qui n’aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? > Celui qui nous a commandé d'aimer notre prochain n'a excepté personne, ni le pécheur, ni le pauvre, ni l'étranger, ni l'ennemi.
Il faut donc aimer tous les hommes , de quel-
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(|ur cundition qu'ils suieiil , et les aimer d'un i «rur pur, d'une bonne conscience , et d'une Rii sinctre; non de paroles, ni de langue, mais par (Tuvres et en vérili. L'amour ne se lait connaître que [>ar les œuvres. Gomme le Sauveur nous a aiiiuHi et s'est livré pour nous , non en considération d'aucune chose qu'il y eût en nous et qui Rit digne d'étre aimée , mais à cause de l'amour qu'il avait pour Dieu, ainsi nous devons tous nous aimer en vue de Dieu, et avec la même pureté avec laquelle nous nous aimerons dans le ciel , .sans aucun égard aux biens ni aux avantages qui se rencontrent dans aucun, si ce n’est autant qu'ils se peuvent rapporter à Dieu. Les justes sont unis entre eux par une charité si étroite, que chacun se réjouit de posséder dans la personne d'un autre les dons et les gréces qu'il n'a pas lui-mémc,et s'il en a quelqu'une que les autres n'aient pas, il la leur communique très volontiers.
Comme nous nous unissons tous à Dieu par l'amour que nous lui portons , et que nous sommes faits un seul es])rit avec lui , ainsi nous sommesuiiis de telle sorte avec ceux que nous aimons que nos biens deviennent communs, et que chacun |)as.sédc dans un autre ce qu'il n'a pas en soi. C'est ainsi que l'on garde tous les commandemens, et que l'on accomplit toute justice , qui n'est rien autre chose qu'un amour pur et parfait. L'amour commencé est une justice commencée, l'amour avancé est une justice avancée, et l'amour achevé est une justice achevée. Cette justice est parvenue au plus haut degré où elle puisse monter durant celte vie, quand pour la conserver on méprise la vie même.