CHAPITRE XD
Quelle est U ifgk de l'amour de nos frtrrt.
I J régie de l'amour du prochain est contenue dans ces deux préceptes : i Faites aux autres le traitement que vous voudriez que l'on vous fît , et ne laites point aux autres le traitement que vous ne voudriez pas que l’on vous fit. o Chacun doit examiner sérieusement devant Dieu quel est le traitement qu’il voudroit que les autres lui fi.ssent, et quel est le Iraiteinent qu'il ne voudrait pas qu’ils lui fis.sent ; et s'il reconnaît qu'il souliaite que personne ne le méprise , que chacun '.oufTre ses défauts avec patience, et parle i son ■
VIE CHRETIENNE, avantage , il en usera de la même sorte envers les autres. Quand nous faisons aux autres un traitement que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent , c'est une marque que nous avons l'esprit injuste et le cœur dér^lé. Ijt vrai disciple de Jésus-Christ n'entreprend point de juger les mœurs des autres, mais il les laisse juger i celui à qui le Père en a donné le pouvoir. Il tâche de connaître ses propres défauts et de s'en corriger. Il se juge avec rigueur , et se croit plus coupable qu'aucun autre. Il ne voit et n'entend rien qui trouble la tranquillité de son Ime, parce que si ce qu'il voit et ce qu'il entend est bon, il en loue Dieu, et si au contraire il est mauvais, il en fait un bon usage , en détournant son esprit du mal et en le tournant vers Dieu sans inquiétude et sans trouble. Si le devoir de sa charge ou le précepte de la correclion fraternelle l'oblige à reprendre les autres de leurs vices, il le lait avec zèle , avec douceur, et avec une charité qui comliatit ù leurs Riiblesses. Or, il n'y a rien de si contraire i la charité que l'aigrew et le trouble. Il excuse les fautes légères, et s'abstient autant qu'il peut de les condamner, parce qu'il est persuadé qu'il n'y a point de vertu parmi les hommes qui n'ait quelque tache, ni de saintetéqui soit A l'épreuve de la censure, quand on veut prendre la liberté de donner une interprétation peu fiivorable aux actions qui paraissent au dehors. Il y a des vices partout où il y a des liommes, et exiger d eux une perfection à laquelle il ne manque rien, n'est autre chose que flatter sa propre impatience soas prétexte d'un hon zèle. Celui qui s'occupe ù condamner les meeurs des autres . ne fera jamais aucun progrès dans la vertu.