CHAPITRE XLII
De» bon» offices par lea<|uels on gagTtc l’amitie.
Tous les hommes ont une inclination secrète de plaire cl d'être aimés, et usent de toute l'adresse dont ils sont capables pour gagner l'affection des autres ; mais jamais cette affection ne sera solide et durable , si elle n'est fortifiée (lar l'amour de Dieu. L'amitié que l'on n’rntrelirut que par des bons offices humains ressemble A uu
commerce qui ne dure qu’autant que dure Tintérêt que l’on en lire, ou que l’on en e8()ère. Iji civilité et l'honnêteté que nous exilons avec tant de rifjueur de nos amis, n’est qu’un jeu de paroles, une vanité et une trom|>crie toute pure! Ceux qui s'acquittent de ces devoirs avec plut de faste et plus de pom(>eque les autres, font de (p'andes (iromesses ; mais dès qu’on leur de' mande quelque (p'Aee, ils font voir qu'il n'y avait que de l'imfiosture dans leurs discours, et qu'il n'y avait rien de vrai , de solide , ni de sincère.
Il est certain néamnoins que si les hommes aimaient Dieu de tout leur cœur, ils s'aimeraient aussi très .sincèrement les uns les autres, ils entretiendraient la paix entre eux, et n’auraient ni querelles ni inimitiés. Aucun ne serait attaché A sa volonté, et tous le seraient A celle de Dieu, dont l'amour, quand il se trouve en quelque Heu, unit de telle sorte tous les cœurs, qu'ils veulent tous ensemble la même chose et ne veulent que ce que Dieu veut
Puisque l'objet que nous aimons sur tous les autres est comme le centre où tendent tous nos désirs, si Dieu était aimé snr toutes choses [lar tous les Chrétiens, ils n'auraient tous qu’un même cœur, une même volonté, un même amour, un même désir, et il y aurait entre eux une très parfaite union; mais (larce que chacun n'ainic que soi-même et ne reclierche que ses intérêts particuliers, personne n'estime le bien et l’avantage de son procliain , si ce n'est qu'il en puisse tirer quelque profit. Un philosophe ou un mathématicien ne se fera pas aimer [lar sa science et |>ar sa vertu; mais s'il est riche et qu’il ait inclination A exercer la libéralité, il aura après lui une (p'ande suite, parce qu'il n'y a [>ersoime qui n’aime l'ar(;ent. Les hainçs , les inimitiés et les (pierres ne procèdent que de l'aversion que chacun a des avantages que possède son proebain , quand ces avantages sont contraires A ses intérêts.
Personne ne se considère comme un membre de la société civile. Chacun .se considère comme un particulier, liors duquel il ne porte (loint son afl^tion, et il ne l'étend sur les autres qu'autant qu’ils peuvent lui être utiles.
Quand un homme sage fait une sérieuse réflexion sur toutes ces choses , il est fort éloigné de rechercher la vainc amitié des hommes du
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monde, bien qu’il ne fasse Jamais rien i dessein d'encourir leur haine. U est content de demeurer dans la solitude, de (garder le silence et de s'entretenir avec Dieu , dans lequel seul il trouve Soute sorte de joies et de consolations.