CHAPITRE XLV
Qu*il faut «liner l« T€ritable bien.
Dieqest le souverain bien que noos swnmes obligés, par un commandement indispensable, d'aimer de tout notre cœur, de tout notre esprit , de toutes nos forces. Cest l’unique fin et l’unique dessein où nous devons rapporter nos actions et nos pensées. Il est vrai aussi que toutes les vertus se trouvent en quelque manière renfermées dans cet amour de Dieu considéré en quaUté de souverain bien. La tempérance est un amour qui conserve le cœur pur et entier pour Dieu. Ln force est un amour qui supporte (KMir lui toute sorte de peines et de fatigues. La justice est un amour qui lui obéit avec une humble soumission, et qui commande comme il flint a tout ce qui est au-dessous de Dieu; enfin la lirudeoce est un amour qui fait faire un sage discernement des choses qui peuvent noos ap- IHOcher de Dieu , et de celles qui peuvent nous en éloigner.
Le souverain bien doit être aimé pour lulméme et pour sa bonté infinie , et non en vue de ta récompense ni par intérèL C’est pourquoi cet amour est estimé parfait, lorsque nous n’aiinons ks créatures que pour Dieu , de qui leur bonté est venue, et que nous l'aimons sans mesure et sans limites ; de sorte que notre volonté , qui ne peut Jamais égaler sa bonté infinie, en approche au moins autant qu'il est possible; et enfin lorsque nous l'aimons sur toutes choses , et que noos regardons tous les biens créés comme un pur néant en comparaison de lai.
Au reste il flmt avoir un soin particulier de prendre garde que l'usage que l'on s'accoutume de faire des biens sensibles ne diminue la force , et n'éteigne (ten A peu dans nous l'ardeur de l'ainour de Dieu. Nous ne nous portons qu'avec lenteur vers les biens éternels et spirituels, parce
qu'ils sont éloignés des sens , au lieu que nous nous portons avec plus de promptitude vers les biens temporels et sensibles, bien que noos les estimions moins que les premiers. D’ailleurs , comme la nature se cherche toujours , et qu’elle est très subtile, elle invente tant de ruses, et elle trouve tant de détours pour se cacher qu’il est difficile que nous évitians ses pièges.
Notre cœur ne peut être rempli de l'amour de Dieu, qui est le bon amour, s’il n’est auparavant libre de l’amour du monde, qui est le mauvais amour, de même qu'un vase qui est plein ne peut être rempli d’une liqueur qu’il n'a pas , qu’il n’ait été vidé de celle qu'il a. «N’aimez point le inonde , dit l’apAtre que Jésus aimait , ni ce qui est dans le inonde. > Il nous est défendu par ces paroles d’aimer les créatinés de telle sorte qu’en les aimant nous oubliions le Créa teur. Elles semblent avoir de la beauté ; mais combien plus excellente est la beauté de celui qui les a produites I En nous les donnant il nous a permis d’en user pour l’amour de lui , ù condition que nous ne jouirons que de lui-mème. Celui qui cherche hors de Dieu le bien qui lui est propre , ne le trouvera jamais. Celui qui aime Dieu sur toutes choses est aussi aimé de lui, et celai qui est aimé de Dieu peut -il manquer de quelque bien? Au reste il nous aimera toujours , si nous ne cessons jamais de l'aimer.