CHAPITRE XLVI
ia quM eooAute l’amour de Dieu.
L’amour de Dieu parait principalement à souffrir beaucoup avec joie à cause de lui. Cest souffrir que d’aimer, et plus on aime, et plus on aussi on soufflé. Les apùtres étaient fous remplis de joie de ce qu’ils avaient été jugés dignes de souflrir des opprobres pour le nom de Jésus. La tendresse envers Dieu , et les larmes , sont souvent des effèts purement natnrels, au lieu que les vertus véritables et les joies solides procèdent d'on amour agissant , qui va jusqu’à l’obéissance parfhite et jusqu’à l’areomplissement entier des commandemens. Celui qui aime sincèrement obéit en toutes choses avec inclination et avec plaisir, non par la crainte du châtiment , mais par un zèle pour la justice qui fait trouver léger et agréable tout ee qui jiaralt pesant et fâcheux aux sens
L’Écriture ne déclare que les commandemms de Dieu sont lé(^ qu'afin que l’âme , à laquelle ils semblent )iesans , reconnaisse qu’elle n’aime pas encore parfaitement , et afin qu’elle demande la grâce par laquelle ces commandemens lui soient rendus légers et agréables. Ceux qui ne se portent â la vertu que par la crainte du châtiment trouvent des grandes difficultés dans l’observation des commandemens de Dieu; mais la charité parfaite chasse la crainte, et change de telle sorte la lui qu’au lien d'ètre comme un poids qui nous appesantit et qui nous accable, elle est comme des ailes qui noos soutiennent et qui nous élèvent. Un serviteur qui aime bien son maître lui obéit avec joie , et plus le commandement qu’il a reçu est difficile, plus son zèle est ardent pour l'exécuter. Enfin il ne refuse aucun travail, quelque rude et fâcheux qu’il puisse être, parce qu'il n'y a rien de rude ni de fâcheux â celui qui aime. Un méchant serviteur garde une conduite toute contraire; car, comme il craint son maître sans l'aimer, il se soucie fort peu de ses commandemens, et use de tous les prétextes qu’il lui est possible de trouver pour en éluder l'exécution. Ceux qui apportent des rauunnemens humainspours'exempterdel'observationdelaloi de Dieu, sont aisément convaincus de ne le point aimer, non plus que ce méchant serviteur n'aime point son maître. Us cherchent les opinions les plus relâchées; et ayant une extrême démangeaison d’entendre ce qui les flatte , ils ont recours â des docteurs propres â satisfaire leurs désirs, et qui, pour favoriser la pernicieuse licence des péclieurs , ébranlent les commandemens de Dieu et de l’Église par un si grand nombre d'intei^ prétalions et de restrictioiia très dangereuses qu’il n'en reste presque aucun auquel on se croie obligé. Ainsi les hommes vivent, non comme ils devraient, mais comme il l(mr platl, parce qu’il y a une si prodigieuse diversité de sentimens touchant la morale que presque tout ce que l'on veut est permis.
Nous serons poOTlant jugés au redoutable tribunal de Jésus-Christ , non selon les hnaginalions des hommes, mais selon la loi de Dieu. Alors il n’y aura plus d'opinions; il n'y aura que la vérité toute pure. Je sais bien qu’il ne faut pas condamner absolument toute sorte de probabilités ; mais j'appréhende qiK ce qui parait probable â plusieurs ne soit trouvé faux au der-
VIE CHRÉTIENNE
nier jugement. J’ai peur qu'une trop grande liberté d'inventer de nouvelles opinions ne soit à plusieurs l'occasion de leur perte. Il n’y a que celui qui aime Dieu avec ardeur, et qui est toujours prêt â lui obéir, qui comprenne bien cette doctrine. Il se répand de telle sorte par son amour dans le sein de Dieu que de Dieu et de loi il ne se fait qu’on esprit et une volonté, selon cette parole de l’Écriture : « Dieu est amour, et ainsi quiconque demeure dans l'amour demeure dans Dieu, et Dieu demeure en lui.a Cette union produit une vraie joie, qui comble l’âme d'un ineffable plaisir. Quand elle possède de la sorte le souverain bien qu'elle aime, elle s'attache fortement â ses commandemens, parr<! qu’elle a en Ini , de loi et par lui , tout ce qu’elle peut désirer. Or, diacun aura une prruve qu'il se sera ftirtement attaché aux commandemens de Dieu, quand Dieu sera tout son soin, tout son désir, toute son espérance, l'unique ubjet de ses sens et le seul sujet de ses discours et de ses pensées.