CHAPITRE XLVIII
Que T’oo avance davaotj^ daiu l’amour de Die<i par la
pratique de U vrrtu que par l’étade et par la mktilalioD.
Comme un paysan qui n'a point d'études aime bien plus le soleil , de la lumière et de la chaleur duquel il jouit tous les jours, qu'un aveugle qui aurait appris exactement tout ce que les philosophes enseignent des causes, des eflels et des propriétés de la lumière ; un simple Chrétien ainae plus Dieu par la connaissance que lui donne la pratique des règles de la foi qu’un subtil théologien par la seule étude.qu'il a faite des matièresde la religian. Comme on vigneron qui travaille à la vigne et qui boit toujours dn vin en a une connaissance plus exacte qu'on homme savant qui demeure dans le Nord où il n'y a point de vignes et où on ne boit pas de vin; car bien qu’il puisse parler de la manière dont on cultive la vigne et dmiton fait le vin, de scs propriétés et de ses effets, néanmoins, n’en ayant jamais goûté , il n’aura pas l’expérience de la joie dont il remplit le ccêur quand il est pris avec modération , et du désordre de l'ivresse qu'il cause quand il est pris avec excès. Ainsi il arrive souvent qu'un homme du peuple, qui ne sait pas lire, ^parle plus doctement de Dieu et des choses de Dieu qu'un docteur célèbre qui a passé toute sa vie sur les livres. Cela procède de ce que l'expérience surpasse la spéeulatioo et l'amour la science, et de ce que l'on s'unit plus étroitement à Dieu par les aflèctioos du cœur que par les méditations de l'esprit. Ainsi si nous désirons acquérir promptement un ardent amour de Dieu , nous devons employer tontes les hirces de notre âme à la prière plutôt qu’à l'élude. Nous connaîtrons Dieu plus parfaitement par l'amnur que par la science, jorce que l'aintHir même est une seienee , et que l’ardeur de rsuHiiir rcdcuble l'allenlion avec la-
quelle nous méditons sur la grandeur de Dieu , et eu acquérons de jour en jour une connaissance plus parfaite. En aimant Dieu nous avons moins de peine et nous obéissons plus fidèlement à ses commandemens qu'en étudiant pour le connaître.
La connaissance que nous pourrions acquérir de lui , dans le lieu de cet exil , serait une connaissance renfermée dans des bornes très étroites, au lieu que l'amour que nous lui portons peut être aussi étendu qu'il nous plaira ou qu'il lui plaira à lui -même, qui ne met point de bornes à l'anaour qu’il demande. Cependant il y a des personnes qui se trompent elles-mêmes par une erreur si extravagante qu'elles aiment mieux chercher toujours Dieu sans le trouver que le posséder en l'aimant.