‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 584 sur 684 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

tpi'U T ■ teMooop tTaptielSi et peu d*Uw.

Il n'y a rien qui nous puisse servir d'un si poussant aiguilton, pour nous exciter à travailler sérieusement i la réforme de nos mœurs et à rt'gluT outre vie scion les maximes de l'Ëvaogilc ,

que cette terrible et épouvantable parole : • Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus , • surtout si noos en pénétrons bien le sens. Nul ne sait s'il est appelé par cette vocation par laquelle ceuxlà sont appelés selon le décret de Dieu , desquels U est étrit : t Ceux qu'il a appelés , il les a aussi justifiés, et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. > Nul ne sait « s’il est digne d'amour ou de haine; c'est un secret réservé pour l'avenir. > Nul ne sait s'il persévérera jusqu’à la fin dans sa vocation. Le saint apûire considérant la prolùodeur de ce mystère en conçut une horreur religieuse , qui le fit écrier en ces termes : • U profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu I que ses jugemens sont impénétrables et ses voies incompréhensibles ! »Tonl Chrétien , dans une si graade incertitude de persévérer, et dans un si extrême danger de se perdre , doit être saisi d'un tremblement continuel , se mettre en peine de rendre sa vocation certaine, de vivre de la foi qui agit par l’amour, et de foire voir, par ses bonnes œuvres , qu'il est du nombre si petit et si heureux de ceux que Dieu a choisis avant la création du monde oar on efiét de sa miséricorde. Il est aisé de justifier par le témoignage de l'Écriture, par quantité d’autres preuves et de raisons, et par l'expérienoe même, que le nombre des élus est très petit et beaucoup plus petit que celui des réprouvés, quand on ne te proposerait la question qu'à l'égard de ceux qui font profession de la foi catholique, et qoe l'on ne comprendrait point parmi eux les en tans qui meurent avant i'àge de raison. C’est pour cela que le Sauveur a averti ses disciples de la difficulté et de la peine qu'il y a à tenir le chemin du salut. i Entra, leur a-t-il dit , par la porte étroite , parce que la porte de la perdition est large et le chemin qui y mène est spacieux, et il y en a beaucoup qui y passent. > Puis il àjoute , comme saisi d'étonnement : « Que la porte de la vie est petite , que le chemin qui y mène est étroit, et qu'il y en a peu qui le trouvent ! » Quelqu'un loi ayant foit cette demande, comme il est rapporté par saint Luc : vSeigneur, y en aura-t-il peu de sauvés?» Il leur répondit : • Faites effort pour entrer par la petite porte, car je vous assure que plusieurs chercheront le moyen d'y entrer et ne le pourront » Ijc roi David ayant foit cette demande au Seigneur : »Qui demeurera dans votre tabema-

par le cardinal

de ? • bit cette répooie, dictée par l'Esprit saint : • Ce sera celui dont la vie est pure et les actions sont justes.» Ayant bit cette autre demande dans un autre psaume : • Qui sera di|;oe de mouter sur la montafpie du Seigneur?» Il répond : « Celui qui a les maius nettes et le cœur pur; qui peut dire mon cœur est net, je suis pur du péché. > Qui osera assurer qu'il est innocent et qu'il n'a commis aucune bute? Le Sauveur nous dit ; • Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. » Or, combien y a-t-il peu de personnes qui embrassent la croix de Jésus-Christ! Ecoutons ce qu'en dit l’apdlre : «Tous cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ. » Ceux qui ne chei^ chcnt pas les intérêts de Jésus-Christ sont des réprouvés. Le Sauveur dit encore : «Je vous dis en vérité , que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez semblables à de petits enbns , vous n'entrerez point dans le royaume du ciel. » Si l'orgueil des hommes du monde pèse cette parole de l'Évangile, il reconnaîtra saus doute qu'il y en a très peu qui se mettent en peine de devenir semblables aux enbns en humilité et en simplicité. L'apôtre témoigne que ceux que Dieu a appelés par son décret pour être saints, ont été prédestinés pour étrectmformesi l'image de son Fils. Qui peut se vanter que sa vie soit conforme à celle deJésus-Christ? Qui est-ce qui souffre avec lui , pour pouvoir être gloriflé avec lui? 11 a été dit à tous : «Si vous voulez entrer en la vie , gardez les commandemens. Tous se sont écartés du droit chemin ; ils sont tous corrompus. Il n'y en a pas uu qui base le bien ; il n'y en a pas un seul. »

Le roi du ciel a déclaré que son royaume se prend par violence , et que ce sont les violens qui l'emportent. Comme la violence est contraire a la nature , il y a peu de personnes qui veulent se bire violence, et qui préfèrent aux biens préscus et sensibles ce royaume , qui est un royaume avenir, éloigné des sens, et connu seulement par la foi. Si les étoiles ne sont pas sans tache aux yeux de Dieu , que pourront être des hommes attachés à la terre et qui vivent dans la nuit ténébreuse du siècle? Si toutes nos justices sont souillées, comme dit le prophète, que seront nos injustices et nos iniquités? «Que si les justes mêmes se sauvent avec tant de |ieine, que deviendront les impies et les pécheurs ? • Il n'y rut

que huit personnes sauvées dans l’arche de Noé, tout le reste des hommes, dont le nomhre était inoombrahle furent ensevelis sous les eaux du déluge. Lot s'échappa seul avec sa femme et ses deux filles de l'incendie qui consuma les villes inbmes avec tous leurs habitans. De presque six cent mille Juib qui étaient sortis de l’Égypte il n'y en eut que dôix, savoir, Caleb et Josué, qui entrèrent dans la terre promise.

Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures qui font voir combien le nombre des élus est petit en comparaison de celui des réprouvés. La même vérité peut être confirmée par le petit nombre de personnes qui meurent avec une véritable contrition. Car bien que plusieurs semblent mourir en bon état, il est néanmoins difficile que 1a douleur que l’on conçoit de ses péchés par la crainte de la mort suffise pour bire une véritable pénitence. Comment un pécheur commencera-t-il à bien vivre quand il est près de cesser de vivre? Comment pourra-t-il détester plus que tous les maux les péchés, et les plaisirs qu'il a aimés avec une passion très ardente durant tout le cours de sa vie ? Comment pourra-t-il embrasser de tout son ooeur la pénitence dont il a toujours eu une aversion et une horreur incroyable? Comment pourra-t-il se résoudre sincèrement et efficacement à quitter, au cas qu'il lui reste quelque temps à vivre, des objets auxquels il est accoutumé par une longue et ancienne jouissance? Comment un esprit pressé par les douleurs de la maladie et de la mort mMitera-t-il sur les vérités surnaturelles, qui sont des vérités fort éloignées des sens, et auxquelles il n'a presque jamais pensé pendant qu'il a joui d'une parbite santé? Comment, dans la dernière extrémité où il est réduit par le peu de temps qui lui reste, par la langueur qui l'abat, et par la tentation qui raccabic, pratiquera-t-il des vertus contraires aux crimes dout il a fait une forte habitude durant tout ie cours de sa vie?

On sait par expérience qu'à peine se trouvet-il quelqu'un qui, après que le péril est pas.sé , demeure ferme dans ses bonnes résolutions. Chacun reprend sa manière de vie ordinaire , et oublie les projets qu’il avait faits, soit par l’appréliension de la mort ou par le conseil de ses amis, par reifrt d’une prudence purement humaine ; cl cela est d'autant plus vrai qu'il u'y a presque

PRINCIPES DE LA VIE CHRÉTIENNE, KTa

personne qnl dans la maladie la plus dangereuse perde toute espérance de guérir, et c'est une ruse par laquelle le démon trompe et perd on grand nombre de Chrétiens. D'ailleurs un homme est |ieu capable d'aucune action lorsi)u'il est agité par la crainte de la mort , et que les puissances de son âme sont tellement épuisées qu'il n’entend plus rien des exhortations qu'on lui fait d'eiercer des actes de vertu , ou qu'il n'entend tout au plus que le son des paroles.

Il est permis d'espérer que ceux qui ont donné â la fin de leur vie des marques de péuilctice seront sauvés, mais il n'est pas permis de s'eu assurer, et il y en a un mémorable exemple dans la personne d'Aiilioclius. Lorsqu'il fiit arrivé à l'extrémité de sa vie , il s'humilia sous la puissante main de Dieu, promit de réparer les dommages qu'il avait causés aux Juifs, d'embellir le temple, de finmir de ses pro|>res revenus à la dépense des sacrifices, de'renoncer au paganisme, et d'aller publier lui-méme la grandeur de Dieu par

toute la terre. Cependant il ne mérita point de pardon. «Ce scélérat, dit l'Écriture, demandait à Dieu la miséricorde qu’il ne devait pas obtenir, n parte que sa pénitence n'était pas une pénitence sincère, et qu'elle ne procédait que de l’appréhension de la mort.

Y a-t-il quelqu'un qui puisse faire une sérieuse réflexion sur toutes ces choses sans trembler de tout le corps? Y a-t-il quelqu’un qui, au milieu de tant de difficultés et tant de périls, ose s'assurer de son salut? Y a-t-il quelqu'un qui ne tremble point dans l'incertitude s'il est digne d'amour nu de haine? Puisqu'il y a peu d’élus, et moins peut-étreque nous ne croyons, il Faut nous éloigner de la multitude, et vivre avec le petit nombre des innocens, des prédestinés, et des saints ; afin que chacun , selon le témoignage avantageux que lui rendra sa conscience, puisse dire â Dieu qui sera son juge : Donnez-moi la ré- «Hiipense que vous m'avez promise, parcequej'ai exéoité lescommandemensque vous m'avez faits.

FIN DE.S l'RINCirKS DE I. V VIE CH RÉT IF.SN R.

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LE CHEMIN DU CIEL

PAR LE CARDINAL BON A

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