‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 585 sur 684 · PRÉFACE DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L’AUTEUR

Je me crois obligé , mon cher lecteur, avant que d’entrer en matière, de vous prévenir sur deux reproches quej’ai tout lieu de craindre qu’on ne me fasse; car on pourra m'accuser premièrement d’ètre téméraire cl présomptueux. (U)mment osez* vous prétendre, dira-t*>on, de conduire les hommes au ciel , vous qui tenez si Fort A la terre? Vous sied-il bien de louer la vertu que vous ne savez pas pratiquer? Ü'ailleurs nous apprendrez-vous quelque chose de nouveau par votre ouvrage? Vous traitez un sujet qu’une infinité d'hommes savant et polis ont épuisé dans tous les siècles; et, joignant le mensonge au larcin, vous usurpez le bien d’autrui que vous voulez faire passer pour le vôtre. C’est par de semblables discours qur plusieurs attaqueront ce fruit de mon travail. A cela j'opposerai premièrement cette parole d’un sage : «Je SUIS comme la pierre dont on se sert pour aiguiser le fer, quoiqu’elle ne coupe pas.» A quoi j'ajouterai la réponse d'un autre sage : «Je ne suis pas assez téméraire pour entreprendre de guérir les aulres,ét3nt malade moi-méine; mais couché dans la même infirmerie que vous,je m’entretiens avec vous de notre commun mal ; je vous fais part des remèdes qu’on m’a communiqués. Écoulez cc que je vous ai dit plus d’une fois, je vous ouvre le fond de mou cœur.» Qu’on ne me regarde pas comme un maître qui dogmatise, mais plutôt comme un disciple qui essaie de se former à la vertu; car il arrive d'ordinaire que les hommes s'instruisent eux -mêmes par un heureux retour, en instruisant les autres.

Pour ce qui regarde le second reproche, J’avoue de bonne foi que j'ai mis peu du mien dans ce livre, et que J’ai pris ailleurs presque toutes les pensées qui le composent. En lisant les ouvrages des Pères de l’Église et des anciens philosophes, j'ai recueilli plusieurs endroits dont ma propre expérience m’enseignait l'utilité, dans la vue que j'en aurais besoin un jour ; mais à la manière des abeilles, de plusieurs sucs j’en ai composé un qui m’est propre: tantôt ajoutant quelque chose aux expressions de ces auteurs, et tantôt donnant uo

autre tour et une forme différente ô leurs pensées, m’atlacbant surtout à prendre un style simple et uni ; car j'enseigne ici à bien faire et non pas à bien discourir. Ce livre est donc un abrégé des instructions que les Pères nous ont données pour la conduite de la vie, et un recueil des meilleures réflexions morales de Sénèque, d’Éÿiciète, d’Anlonin et des autres sages du paganisme. J'ai voulu qu'on pût voir comme d’un seul coup d’œil tant d’avis salutaires dont J’ai reconnu l’utilité dans mes maux, sans toutefois citer les auteurs qui m’ont fourni ces maximes ; car enfin , ce sont ici des remèdes pour l'âme plutôt que des délassemens pour l’esprit. Je cherche à rendre les hommes meilleurs, et non pasâ leur plaire; et il importe peu à un malade de savoir le pays d’où vieiment les remèdes qu’on lui donne, ou de connaître la maio qui les a composés, pourvu qu’on le guérisse. Au reste , je me suis dispensé de bien dire des choses qui semblaient comme se présenter d'elles-mèmes. J’en ai effleuré d’autres que je pouvais creuser davantage, persuadé que je suis qu'il vaut mieux ne savoir qu’un petit nombre de sages maximes, qu’on ait Coqjours devant les yeux et qu'on s'applique à tous momens , que de se charger la mémoire d’une infinité de préceptes dont on ne fasse nul usage. Celui-là sans doute sait beaucoup qui sait ce qui suffit pour être sauvé. Fasse le ciel que ce petit ouvrage soit utile à tout le monde, et qu’il commence par faire de bonnes impressions sur son auteur, afin que mes actions ne décrédilent pas mes paroles !

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