CHAPITRE PREMIER
De la flo drmitR de Hioriiiip. Que c’est un ^nd mal qua de t'en dMotirner. Dn nKiycna qui y couduiwul , el dana quel ordre on les doil pratiquer.
1 . O vous qui lisez cet ouvrage , mon dessein est de vous conduire au ciel et de vous mettre en possession d'un bien qui ne vous laisse plus rien à désirer I Tous les hommes veulent être heureux ; c'est le but où ils tendent tous naturellement; mais par un aveuglement déplorable, dont le péché do premier lumme est la cause ,
LE CHEMIN DU CIEL
ils abandonnent la recherche du véritable bonheur pour courir après des biens Faux et trompeurs. Les uns, épris de l'amour des richesses, croient que c'est être parfaitement heureux que d’avoir tout en abondance; les autres Ibnt consister le souverain bien dans la souveraine autorité; ils veulent ré(picr ou tenir de fiirt prés à ceux qui gouvernent. Quclque,s-uns, plus déraisonnables encore , établissent leur Félicité dans la bonne chère et dans l'usage des plus honteux plaisirs ; tant l'idée que ces liommes ont de la béatitude est grossière : ainsi tous travaillent sans aucun fruit. Ils marchent comme dans im labyrinthe , où les pas qu'ils font pour en sortir les engagent toujours plus avant. II sont d'autant plus dignes de compassion qu'ils ne connaissent pas leurs misères.
2. Vüilù ce qui te jette dans une abbne de maux, homme infortuné. Tu désirerais une vie tranquille, suivie d'une mort heureuse; mais tu es aveugle sur le choix du vrai bien et des moj-ens qui y ftmt arriver. Tu prends des routes écartées, tu t'égares, et tant de mouvemens que lu te donnes ne servent qu'à l’éloigner de ta fin. Au lieu d’envisager ce bien immense qui peut seul fixer tes désirs, puisqu'il n’y a rien au-dessus, tu cours çà et là sans dessein et sans but , semblable à ces fourmis insensées qui montent au sommet des arbres et en descendent sans rien apporter avecelles. Le Créateur nous a tirés du néant afin que nous l'aimions uniquement et que nous le servions de toutes nos forces , de tout notre esprit et de tout notre ctrur, et que nous tendions à lui comme à notre dernière fin. Or pensez sérieusement quelle partie de votre vie vous donnez à celui à qui vous vous devez tout entier. Toute action , toute démarche qui ne vous conduit pas à lui vous égare et vous perd. En voyageant vous vous proposez un terme où vous vous arrêtez enfin et où vous trouvez le repos. Dieu est votre fin : vous devez rapporter à lui toutes vos pensées , toutes vos parbics et toutes vos actiôns jusqu'à ce que ce temps heureux soit venu , où sa possession achèvera de combler vos désirs. Ce qui ne vous mène pas à votre dernière fin , vous conduit à la mort éternelle.
3. Si , fàisant route sur la mer, vous veniez à descendre pour faire provision d’eau douce, vous pourriez peut-être ramasser quelques co-
quilles sur le rivage; mais ee ne serait qu'à la hâte et r^ardant toujours le maître du vaisseau , cl prêt à retourner au moindre signe qu'il vous ferait. C’est ainsi que vous devez vous conduire dans la vie. Que Dieu soit le principal objet de votre cœur, et que l'usage que vous ferez des créatures soit sans attache et ne vous détourne en rien de la fin que vous vous serez proposée. Elles dépendent de vous , afin que vous dépendiez de celui qui vous les a soumises.
A peine perdez-vous de vue la divine unité qu’une multitude de désirs frivoles s'emparent de votre âme. Toutes les choses que vous rechei'chez alors avec un amour déréglé sont autant d'idoles auxquelles vous rendez un culte profane. Ce sont là vos dieux , à qui vous n'immolez véritablement ni boucs ni taureaux , mais à qui vous vous sacrifiez vous-même par le plus honteux de tous les sacrilèges. I J loi de l’amour ne permet pas qu'on aime autre chose que Dieu, si ce n'est en Dieu et pour Dieu. Enfin c'est le comble du malheur que de renoncer au souverain bien pour s’attacher aux créatures.
4. Le prince des médecins a dit que plus on donne de nourriture à des corps malades, plus on altère leur constitution naturelle. On peut dire la même chose des âmes. Quiconque veut sincèrement se convertir doit se purifier d'abord de tout le venin qu'il a contracté par sa vie déréglée, avant que de se nourrir de l’aliment solide des yertus. Or voici comment il s’y feut prendre. Vous devez avant toutes choses faire pénitence des péchés que vous avez commis, vous dépouiller ensuite de toute afiêction au péché, retrancher les mauvaises habitudes jusqu'à la racine, asservir sous le joug de la rai.snu les passions qui se soulèvent , mortifier votre corps, ne lui rien accorder au-delà du nércs.saire. mettre un Iroin à votre langue et une garde à vos sens, et arracher entièrement les ronces et les épines qui pourraient vous empêcher d'arriver à ce lieu élevé où la vertu fait sa demeure. Que craignez-vous.’ pourquoi vous imaginezvous les voies qui mènent au vrai bonheur plus difficiles qu'elles ne le sont? Une tient qu'à vous d'être heureux avec le secours de celui qui est votre principe et votre fin. Mais pourarriver à lui, il faut que vous sortiez en quelque façon de vousmême. Vous ne serez jamais plus près de Dieu que lorsque vous serez plut éloigné de vous.
PAR LE CARDINAL BONA
6. Peoscz donc sdricusemenl à ce bien auquel vous aspirez. Kianiinrz les voies qui y condui- !,ent ; étudiez les progrès que vous ferez sur la route ; fouillez dans les replis de votre amscience; ouvrez les yeux ü la lumière, et sonqez ipii vous ilcvez être , lorsque vous pouvez devenir autre ijue vous n'étes. Cest bien tard reconnaître ses erreurs que de s'eu a percevoir dans un temps oit il ne sert de rien d'étre éclairé. Apprenez à vaincre vos convoitises, à modérer vos craintes, il mépriser le monde et  vous détaclier de ces choses que vous ne pouvez {jarder lou(;-temps. Quittez • les avant qu'elles vous quittent , ahn que la mort ne trouve sien en vous qu'elle puisse détruire. Ayez un très grand soin de votre Ame, et que la plus excellente partie de vousméme ne soit pas la plus négligée. Que sert à l'homme de gagner tout le monde , s'il perd son âme? Est-ce un gain que celui qui se fait aux dépens du salut ?