CHAPITRE II
criui qui Tciit biro Ttrre duit rboictr tm maiire qui te cnnduise. Des qualités d'un boa directeur. Des drrotrs du disciple.
1 . Il n'y a rien de plus impartant, lorsque l'on commence A servir Dieu, que de s'ouvrir à un directeur habile dont on suive tous les conseils; car enfin voyage-t-on sans guide en des pays inconnus? apprend-on sans maître un art difficile? On trouvera très peu de personnes qui se soient fiirmées A la vertu d'elles -thèmes et sans le secours d'autrui. I.es livres apprennent véritablement cequ'ii faut faire en général; mais ils n'enseignent ni la manière ni le temps d’appliquer les règles. Il faut être au lait particulier des choses pour en bien juger. Un médeciu ne peut prescrire sAremeut par lettres un régime de vie; il est nécessaire qu'il voie le malade et qu’il lui lAte le pouls. Les maladies de l'àme, plus cachées et plus imperceptibles que celles du corps, demandent la présence et les soins d'un sage directeur. Saint Paul , destiné à être l'apôtre des gentils, est envoyé A Aoanie, après sa conversion, pour apprendre de lui les voies du salut; car on ne peut, sans de longs et pénibles efforts, vaincre la malignité delà nature, bannir de son imagination des idées criminelles, et avancer dans les sentiers de la vertu, semés de tant d'épine.s. On a donc besoin d'un ami fidèle qui
découvre les périls, qui fasse entrevoir les pièges et qui ouvre le cliemin A la vidoirc dans un combat dont le succès est souvent douteux. Mais .i qui m'adresserai-je? me direz-vous. Ayez recours A un homme zélé et prudent , qui veuille et qui puisse vous être utile, dont la présence inspire du respect et non pas de la crainte ; qui .sache corriger un coupable plutôt que le punir, et dont les lx)ns exemples instruisent em-ore plus que les paroles. On a mauvaise grAcc d'urdouner ce qu'on ne pratique pas.
S. Choisissez un homme ennemi de toute adulation , qui ne se communique au monde i|ue dans des vues de miséricorde, qui n'aime ni les festins des riches ni les maisons des grands, qui puisse démêler la piété solide de la fausse, comme un orfèvre distingue une bonne pièce de celle qui ne l'est pa.s, qui soit incapable de se méprendre dans le jugement qu'il portera de vos penclians et de vos goAts, qui comme un médecin habile sache vos infirmilés les plus cachées, et vous donne A propos les remèdes convenables aux dispositions de votre Ame. Je veux qu’il connaisse les esprits A fond , leurs dons et leurs attraits, leurs bonnes et leurs mauvaises qualités; qu'il se fasse tout A tous en s'accommodant au génie de chacun ; que touché du seul désir de votre avancement spirituel, il n'ait en vue aucun intérêt sordide; qu'il attire la confiance par sa douceur et par sa bonté; qu'il connaisse toutes les ruses du démon et tous les moyens d'échapper A ses artifices; et qu'enfin son caractère vous convie A lui découvrir sans peine tous les secrets de votre cœur. Vous serez heureux si vous pouvez rencontrer un tel ami.
3. Parlez-lui sans feinte! Faites-lui connaître vos inclinations corrompues, vos affections déréglées, le bien que vous Faites, et les pensées que vous croyez que Dieu vous inspire. Importunez-le , presscz-lc de vous dire le défaut essentiel qu'il aura remarqué daas vous , et de vous le dire plus d'une fois. Que la sincérité avec laquelle vous vous ouvrirez A lui , attire la sienne , et bannisse de son esprit certain ménagement dont les plus gens de bien ne se défont (|u'avcc peine. Il vous dira peut-être qu’il ne trouve rioti A reprendre en vos mœurs ; mais ne croyez pas pour cela n'avoir plus de défiiuts. Que savez-vous s'il ne se tait pas de peur de vous aigrir par un avis siucèrr, cl qu'il croit désormais inutile?
LE CHEMIN DU CIEL
(."est alors que voua devez redoubler vos importunités, et tâcher de le convaincre par vos actions, que vous travaillez à vous rendre meilleur. Avouez-lui vos erreurs; suivez religieusement la tdrme de vie qu’il vous aura prescrite; recevez avec joie ses reproches, ses réprimandes; et si vous ne sortez pas toujours d'avec lui plus vertueux que vous n'étiez , sorlez-en du moins avec des dispositions à le devenir. Dans la vie .spirituelle, c'est avoir fait un pas vers la guérison que de vouloir être guéri.
4. Au reste, les devoirs réciproques du directeur et du disciple consistent d’un c6té â vouloir rendre les bons offices , et de l'autre â vouloir en profiter. Les conseils du maître seront sans doute utiles, pourvu qu'il ne trouve pas un esprit opiniâtre, indocile et incapable de connaître ses défauts et de s'en corriger; car on voit des hommes qui se confiant en leurs propres lumières refusent de se soumettre â celles d'autrui. Je sais, disent-ils, tout ce que vous me voulez enseigner ; â quoi bon apprendre de vous ce qui n'est ignoré de personne? On leur répond : «Vous savez tout cela sans doute, mais vous n’y pensez pas. » Vous vous étourdissez sur vos devoirs. Si un sage directeur ne vous en instruit pas, an moins il vous en fait souvenir, î et vous retrace des idées que le temps allait peut-être effacer. Notre esprit se cache souvent à lui-méme les vérités les plus sensibles; il faut les lui développer et les lui mettre sous des jours diffïrens. Enfin, ce n'est qu’à force de remontrances et d'avis que la vertu se perfectionne et s'épure. Quelques-uns n’osent avouer leurs défauts par une mauvaise honte , dont il n'y a que les cnfàns qui dussent être capables. Ils cachent le mal qui les consume , et haïssent la main qui peut les guérir. Ce silence pernicieux est un effet des artifices du démon qui travaille sans cesse à notre perte. Tandis que, sans craindre de bles<er la pudeur, vous faites voir les plaies les plus cachées de votre corps, une fausse honte vous empêche de découvrir celles de votre âme, comme si elles se refermaient par le soin que vous prentiz de les dérober â la vue; il arrive au contraire qu’on les connaît malfpvl vus précautions, et que vos maux ne sont ni cachés ni guéris.
6. Pouvez-vous vous plaindre d’un médecin qui vous dit : Vous avez la fièvre, vous êtes en
péril ; ne mangez pas de tout le jour , éteignez ce feu qui consume vos entrailles? Ne le remerciez-vous pas de CCS avis? ne payez-vous pas ses conseils? Mais lorstju’on vous dit : Vos passions sont vives , de fausses opinions vous gouvernent, vos désirs sont extrêmes , aussitôt vous vous récriez , et c'est une injure que vous ne pardonnez qu’avec peine. I lomme fiiible ! quel tort vous fait un pareil avis? Le miroir n’est pas cause de la laideur, il ne fait que la découvrir : il vous présent; td que vous êtes. Corrigez donc les déf^ta qu’on reprend en vous ; réformez vos mœurs , lavez ces taches qui souillent votre âme. Il voua est aisé , si vous le voulez, de vous rendre irréprochable aux yeux de tous les hommes.