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CHAPITRE III

De la manière d'erpédicT tm Qa’il faut retranebrr

Juequ'aux moiodm afrectkmt ao p^bé, et couper U racioe de* vices. Que U potiAér de la ukirt et de reteroM tA fui waTerain rcntdde cooire le pCché.'

L’homme , s’éloignant de sa dernière fin par le péché, tombe nécessairement dans de grandes misères. Le péché est la source de tous les maux qu’on voit dans le monde. C’est un poison répandu sur la face de la terre. Si l’on n’en connaît pas la diflôrmité en le commettant , on est effrayé de sa laideur quand il est commis. Un tyran joignit autrefois des corps morts aux vivans , afin de tourmenter les uns par l’odeur insupportable des autres. C’est lâ l'image du châtiment que souffrent les pécheurs. Ils sont étroitement liés â l'instrument de leur supplice ; ils ne peuvent s'en séparer. Si vous ne vous faites pas violence pour vous empêcher de tomber dans le crime , vous souffrirez nécessairement lors<|ue vous y serez tombé. Le dessein d’une mauvaise action est conçu â peine que le chagrin et la douleur le suivent de prés. Enfin c’est je péché qui a introduit la mort dans le monde , et qui a allumé le feu des enfers. Ne différez donc pas un moment â expier vos péchés par la douleur, par la confession , et en satisfaisant â la justice divine. Au reste, ce n’est pas assez d’éviter les grands péchés , il faut craindre même les plus petits. S’ils ne donnent pas tout d’un coup la mort â l’âme , ils l’affaiblissent , ils la font languir et la conduisent â la mort. Qu'un navire soit couvert et submergé d'un coup de mer, ou que l’eau entraut i>ar des ouvertures le

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rcmpli.v« peu à peu et le fasse couler à fond , on fait fijaleraenl naufraf;o. Plus il vous est aisij d'évilcr les fautes vénielles, plus vous vous déshonorez eu y tombant. Plus votre ennemi est bible , plus il vous est lionteux d'eu être vaincu.

2. Vous travaillez en vain à orner votre âme de vertus, et â la fiiirc jouir de la liberté des vrais enfans de Dieu , lorsque vous conservez encore quelque affection au péché, et que marchant dans le désert vous avez le «pur en Êfiypte. Si après avoir pardonné des injures et renoncé au\ amours illégitimes , vous prenez enwire plaisir S entendre des discours de malignité ou à regarder la beauté des femmes, vous vous séduisez vou.s-méme et vous mettez des obstacles i votre bonheur. Il faut aller â l'origine du mal , et retrancher les mauvaises habitudes. Malheureux enfans du péché , si vous ne coupez que des branches , la racine que vous aurez épargnée poussera toujours de nouveaux jets. Vous voulez , dites-vous , exterminer tous vos vices. Puis-je vous croire lorsque je vous vois ne leur fermer qu’à demi l'entrée de votre cccur? Vous ajoutez que vos déréglemcns vous font horreur. J’en suis persuadé; mais celte répugnance est commune à tous les hommes. Ne voiton pas les plus méchans aimer et haïr le crime tout à la fois , et le détester lors même qu'ils le commettent ? Pounpioi votre conduite dément elle vos discours? Lu libertin se dégoftte quelquefois de sa mauvai.se vie , tout prêt à se réconcilier dans un moment avec ses désordres, au lieu qu'un homme vraiment «mverti coupe entièrement la racine de ses vires; convaincu qu’il est de sa fragilité, il évite totite occasion de pécher. I.'omhre du mal lui bit horreur, et la vue d'un objet dangereux lui fait prendre la fiiilr.

3. Que lardez -vous à dépouiller le vieil homme ? Pourquoi opposer aux commandemens si précis du Seigneur la faiblesse de la nature? Qni connaît mieux l'étendue de vos forces que celui qui en est l'auteur ? Que n'obéissrz-vous à uu Dieu bienfaisant , qui ne cherche que vos avantages ? O aveuglement des hommes ! A témérité incroyable ! Vil esclave, vous osez résister en face à votre maître ! Vous trouvez ses lois trop rigoureuses, comme s'il ordonnait des choses impossibles, et qu'il eût moins en vue votre salut que votre châtiment ! Telle est la

corruption des hommes. Ib font peu de cliose pour Dieu, et ils regardent comme une grande peine l'attache à son service. Si vous vouliez vous éprouver, vous vous trouveriez plus de force que vous n'en croyez avuir. Pourquoi n'oscz-voiis livrer le combat? Il n'est pas difficile; il ne vous parait tel que |>arce que vous n'osez l'entreprendre. Combieu de choses effrayaient de loin, dont on a trouvé dans la suite la pratique douce et ais<-r! Commencez donc. N'ayez pas une iiquste défiance de vous-nieme. Dieu n'a garde d'abandonner ceux qui combattent pour lui. Vous aurez des forces du moment que vous en voudrez avoir.

4. Le moyen de vaincre tous les vices est de regarder chaque jour cumme le dernier de sa vie ; car on n'esl si attaché au monde que parce qu’on croit ne le devoir quitter de long-temps. Une infinité d'hommes que l'On porte tous les jours au tombeau vous avertissent en vain à toute heure que vous devez mourir. Au milieu de tant de morts vous (wnsez à peine à la mort, et il n’y a rien que vous oubliiez si facilement que ce qui est toujours devant vos yeux. Un jour viendra pourtant qui vous instruira malgré vous de la vérité, et qui vuus séparera de ce corps que vous engraissez avec tant de soin. Alors les ténèbres s'évanouiront , et vous connaîtrez, à la faveur d'une lumière nouvelle , que vous marchiez dans une profonde nuit. Après avuir vécu tant d'années, à peine trouverezvous un seul jour qui se soit écoulé dans l'innuccncc, et que vous n’ayez souillé d’aui un crime, l/t premier âge s’est passé dans les jeux. Il a fait place aux folies et aux déliordemens de l'adolescence. Crilc-ci a été suivie des débauches de la jeunesse. Que vous reste-t-il de tout ce temps qui vous a conduit du berceau à la vieillesse, que des maladies, .suites honteuses du péché? Où en serez-vous lorsqu’il vous faudra rougir du pas.sé et craindre l’avenir? Que vous serviront alors ces richesses qui vous ont coûté tant de peines et de .soin ? Quelle res-source trouverez-vous dans vos plaisirs infimes, dans vos dignités et dans tout l'i'clat de votre grandeur? S'il vous était pennis de recommencer l'ouvrage, que vuus vous y prendriez bien d'une autre manière! Mais, hélas ! en ce moment fatal tous regrets seront inutiles. Si donc vous voulez mettre le temps à profit, quittez dès à présent ce que

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r,C,-> LE CHEMIN DU CIEL,

voiu souhaiteriez alors d'avoir quitté. Est-ce trop faire que de renoncer à des choses qui passent pour acquérir un bonheur éternel ?

6. Demandez à un mourant ce qu'il pense des richesses, des honneurs, et de ce qui bit f;énéralement la passion des hommes , vous n’en trouverez aucun qui n'ait là-dessus des sentimens tout autres que ceux qu'il avait eus jusque-là. Cest alors que l'on connaît le prix de chaque chose , et qu'on pèse tout dans une juste balance. Si celte sorte de sagesse est presque inutile à ceux qui vont cesser de vivre, elle vous peut apporter de grands avantages en vous ouvrant les yeux sur vos égaremens. Pourquoi laisser venir la tempête, lorsque vous pouvez faire roule en toute sûreté? Il ne lient qu'à vous de prévenir le mal. Pourquoi attendre qu'il soit arrivé pour y donner remède? F-sIh'I temps de prendre des précautions lorsqu'on enfonce dans les eaux? la prudence est-elle de .saison après le naufrage? On sait qu'une infinité de saints personnages, après avoir renoncé à toute attache aux choses de la terre, apri'-s avoir quitté le nwnde et s'élre eux-mémrs quittés, se sont bit une élude continuelle d'apprendre à bien vivre et à bien mourir, lesquels arrivés à une extrême vieillesse ont avoué néanmoins en mourant qu'ils étaient fort ignorans en cet art : tant il est vrai que rien n'est si difTIcile que d'y bien réussir. Et vous attendrez pour être homme de bien que vous ayez atteint un âge où peu sont parvenus ! Cest une grande folie de commencer à vivre lorsqu'il est temps de mourir.

6. Quelle est donc votre conduite , homme insensé? et quel rapport vos mœurs ont-elles avec votre foi ? Vos jours s'évanouissent comme l'ombre. Votre vie est un point , et moins enrore. A peine êtes -vous né que vous cessez d’ètre. Arrêtez , si vous le pouvez , ce temps qui foit si vite. Empêchez que ce jour, cette heure ou ce moment , ne vous échappent. Vous l'avériez inutilement. Plutôt que de vous obéir, ces instans rapides vous entraîneraient avec tout ce qui vous environne. C,r|)endant vous préférez un temps si niurl à l'élemité qui n'a point de fin. 0 aveuglement déplorable I On travaille .^ans ces.se |Miur les commodités de ce corps qui s'use tous les jf)tirs et qui doit bientôt périr; ou ne cn>it jamais avoir assez fait pour cette vile partie de nous-mêmes, et l'on se soucie peti

d'assurer à son àme les biens de la vie future , comme si ses intérêts ne nous touchaient en rien. Le corps est-il malade? on fait tout pour le guérir. L'àme est-elle languissante? on ne compte pour rien sa faiblesse. Lorsqu'on vous a dit :

O Repassez les mers, cliangez d'air si vous voulez vivre,» avez-vous appréhendé les fatigues d'un long voyage? Kefosâtes-vous jamais un breuvage amer qui pouvait vous soulager? Dieu a attaché la vie étenielle à des pratiques aisées , et l'on refuse d’obéir. Avez-vous un procès? vous vous en occupez tout entier ; vous n'oubliez rien pour vous rendre vos juges favorables, tandis qu'à la veille du jugement terrible qui doit décider de votre sort éternel , vous riez , vous badinez, vous péchez, prêt à tomber dans un feu qui ne s'éteindra jamais. Quittez donc vos égareniens. Entrez dans les dispositions et dans les sent imens que vous aurez sur le point de mourir. la vraie philosophie consiste à élever l’àme au-dessus du corps , et à s'en séparer en quelque façon autant que le permet la condition humaine.

7. Que votre grande affaire soit d'affranchir vos actions de la juridiction du temps, et de leur donner un droit à l'éternité. Travaillez dans celle vue; reposez-vous plein de celle (lensée ; songez que ce qui est décidé ixiur réleriiilé est perpétuel et irrévocable. I .e riche avare demande encore une goullr d'eau depuis tant de siècles, et la demandrni inutilement durant l'éternité. L'éternité est une durée toujours présente que nous ne devrions jamais nommer sans gémissement et .sans horreur. C'est une roue qui tourne incessamment ; c'est un commencement sans progrès et sans fin qui se renouvelle toujours. I.a pensée sérieuse de l'élemité dégoûte de.s plaisirs du monde, fait rentrer l'homme en luimême , et lui inspire une tristesse salutaire. Elle assigettit l'àme rebelle ; elle excite à la vertu celui qui ne se repaissait que de cho,srs vaines et frivoles; elle apaise la foim et la soif; elle bit trouver le travail facile, la douleur supportable et toutes les peines de la vie courtes et légères. Supposons qu'on ait rempli de nombres aritlimétiques les espaces immenses du ciel. Dieu seul pourrait supputer ces chiffres infinis. Cependant toutes ces unités ne feraient pas la moindre partie de l’étemilé et le cours d'autant de siècles qu'il y aurait de figures (p-avées audessus de nos têtes ne diminuerait rien de sa

PAR I.F. CARDINAL BONA

durÿc. IltMas! ces malheureiii qui brûlent depuis tant d'années daus les enfers, et qui brûleruut toqjours, sont û peine au commencement de leur supplice. .Si ces rétiesious ne vous étonnent pas , si elles ne vous font pas clianger de vie, vous êtes plus insensible que le marbre.

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