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CHAPITRE IV

De U gourmandise. Ors maux qu'dk- attire après elle. Des re-

mMcftcooireccTicc. A qudkt marques on peut reconaalire

qu’oo Ta sunnonté.

1. Le premier combat que vous avea à soutenir est contre la gourmandise, laquelle nourrit et entretient les autres vices. C'est elle qui a livré notre corps et notre ûme à la mort ; car nos premiers pères en mangeant du Fruit défendu , ont Wt mourir tous les hommes avant qu'ils fussent nés. Cest d’elle encore que se sert tous les jours l'ennemi de nos âmes pour les affaiblir et les perdre. De cette source viennent la stupidité , la langueur et l'ennui. De lâ les joies folles, les vains amuseinens, les discours sans fin, les entretiens dissolus. De là l'incontinence, les disputes et les querelles, la pesanteur de l'esprit, et la ruine totale des vertus. De là le mauvais ordre des aflàires temporelles suivi de l’indigence. De lâ enfin les maladies, et la mort avant le temps; car il y I a peu de malades qui ne le suient par leur intem- | pérance. Un corps qui n'est point surchargé I des humeurs que l'escès des viandes et du vin engendre d'ordinaire, peut bien être attaqué par les maux ; mais il en est rarement accablé. La gourmandLse lue plus d'hommes que l'épée.

2. O assujettissement brutal et honteux! û cupidité insatiable ! Quoique la nature vous ait donné un corps de médiocre grandeur, vous surpassez en gourmandise les animaux les plus grands et les plus avides. Un taureau se contente de quelqnes pâturages de peu d’étendue. Une forêt nourrit plusieurs éléplians. L'homme seul trouve l'univers trop étroit. Ce qui vole dans les airs, ce qui nage dans les eaux , ce qui | vit dans les bois, suffit â peine à sa convoitise, i Entrez dans les cuisines des grands ; voyez tous | ces feux , tons ces hommes occupés , ce nombre | de valets courans (à et lâ, ce carnage d'animaux ; de toute espèce. Regardez tous ces vins qui ra- I fntchissent , ces longs buffets où brillent la ma- | gnifkence et le luxe , ces officiers rangeant les mets avec ordre, ou coupant les viandes avec art,

cette exactitude enfin avec laquelle tous s'acquittent de leur emploi ; croiriez-vous qu'il ne s'agit que d'un repas d'une seule famille, et que c'est pour elle qu'on a Fait venir ces vins de si loin et qu'on a apprêté tous ces mets avec tant de fracas? Au reste je ne veux pas que vous vous refusiez la nourriture dont vous avez besoin. On est obligé de manger chaque jour; maisâ la faveur de la nécessité la volupté se glisse insensiblement, et c'est lâ un des piégesles plus délicats que la cu|iidité nous puisse tendre , et où il est le plus difficile de ne pas tomber. Voulez-vous savoir ce qu'il faut pour apaiser la faim? Mesurez votre corps , consultez vos forces , vous n'aurez nulle peine â connaître ce qui vousest nécessaire, et ce qui est au -delà du besoin, lai nature se contente de peu; mais rien ne satisfait la convoitise.

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