‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 590 sur 684 · L'appétit n'est nullement dédaigneux · texte numérisé non relu

L'appétit n'est nullement dédaigneux

Pourvu qu'on le rassasie, il lui importe pende quoi on le satisfasse. Après ce moment si court oû legoûtjugedecequ'onlui présente, il n'yaplus de différence entre les mets délicats et les commnn.s. Il faut manger quand ona faim; il faut boire quand on a soif. Voilà ce que demande la nature. Du reste elle se .soucie fort peu que le pain dont vous vous nourrissez soit blanc ou grossier, et que vous buviez des liqueurs glacées ou une eau simple ptii.sée dans un fleuve voisin. Les poisson.s qu'oii pêche en des mers éloignées, les oiseaux de divers plumages , les animaux dont on dépeuple les bois, les vins de tous climats, enfin toas les ragoûts d'Apicius sont les instrumens du supplice que l'intempérance se prépare â elle-même. Ecoutez Ëpicure. 11 prescrit â ses disciples une vie sobre et frugale comme amie de la volupté. En effet , il n'est point de mets si exquis que l'excès ne rende insipide, comme il n'en est point de si désagréable au goût que la faim n'assaisonne. Voulez-vous vous défaire de la vaine délicatesse dans vos repas ? Pensez â votre fin , songez que vous mourrez bientût , que ce corps eugraissé avec tant de dépense et de soin sera la nourrit ure des vers , et que vous travaillez nécessairement pour eux. Soutenez votre corps sans étouffer les lumières de votre âme. Usez de ces viandes que l’on rencontre partout, dont l'apprêt est facile, et qui ne dérangent ni votre santé ni vos affaires. Celui -là est extrêmement libre qui sait se passer de peu et que tout ae-

rtR't l.t: CHEMIN DU CIEL,

cuiiiiiiode. Df combien de choses a-t-on trouvé rus3<;r inutile, lorsqu'on est venu A en man(|urr ! (lutin le rurps a besoin de nntirriture, mais il n'a que Faire de ces assaisonncmens qui piquent le(;oAt, et qui irritent la Faim au lieu de l'apaiser.

d. Ne pensez pas, au reste, avoir Iteauconp fiiit rn méprisant les choses .superflues, si vous ne savez encore vous passer des néeessaires. Je ne vous croirai maître de vous-méme que lorsque vous serez persuadé que le |uin le plus (yrossier suffit pour la vie avec un peu de vin faible ou trempé , et que les herbes eruissent autant pour l'usage des hommes t|uc pour celui des bétes. >'oiis aurez toute mon estime quand vous ne mangerez que pour satisfaire au besoin, pour réparer vos forces, et dans la vue de la gloire de Dieu ; quand vous ferez peu de cas des Festins des grands, que vous ne vuus mettrez A table qu'à regret , et que vous userez des viandes comme un malade use d'une médecine ; i|uand vous vous étudierezà modérer le plaisirdu goAt, puisqu’on ne peut le détruire; quand vous ne prendrez qu'avec répujpaance une nourriture délicate qu'on vous aura ordonnée pour votre santé; quand enfln votre ctrur sera aussi pur que votre corps. Qir la chasteté parlàile est une marque beaucoup moins équivoque de l'abstinence qu'un visage ezténtié.

ClI.àPlTRE V.

Dr l’impurrM. Combien rr vice rst bonteur. Que rtm s’eet piiM farilr qiir d’y lombrr. I)r* morrn* de l'éTilrr. Qii'oo ne doit »'allarl>rr qu’aux plaicirt de l'opnl, qui loot le* •eub plaicin «oUde*.

Il n’est point de vice plus honteux que celuilà, et il n'y en a (mini qui soit en pos,session de nous faire plus souvent rougir. L'apOIre avait compris que son nom seul est infâme lorsqu'il défendait de le prononcer. De là celte ■pudeur qu'on remarque sur le visage des hommes bien nés au moindre soupçon qu'ils ont qu'une action une fois commise par fragilité a pu être connue. De là vient que quelques-uns n'asent déclarer au tribunal delà pénitence les folies d'une jeunesse égarée , aimant mieux s'exposer à une inlàmie étemelle que d'avoir un seul témoin de leur crime. An reste il est fort difficile qu’un homme plongé dans cette boue en puisse sortir, et il y a peu à espérer du salut de celui qui est

souillé de ce vice. Ici les forces de niomme sont inutiles. On ne peut être cliasie qu'avec le secours du .Seigneur.

2. I,e premier remède à cette maladie est de vous adresser à Dieu, et demander avec ferveur votre guérison à celui qui seul a le pouvoir de vous guérir. Vous devez aussi rejeter toutes pensées mallHinnétes dés qu'elles se présentent avec la diligence cl la vitesse dont vous secouriez vos habits où un charbon de Feu serait tombé. Malheur à vous si vous délibérez alors no seul moment sur ce que vous avez à faire. Une ville est bientôt rendue dont le ipMivemeor écoule les propositions de l'ennemi. Fuyez l'oisiveté, la bonne chère et tout ce qui peut voua donner des idées contraires à la pudeur. N'ayez point de commerce avec les hommes corrompus. Tout est à craindre et rien à négliger. lats justes même conservent quelquefois en eux des restes de ce vice. Un souffle secret du serpent entretient encore en eux certaines afFeclions légères qui ne sont point à la vérité criminelles, mais qui ne laisseraient pas de séduire insensiblement l'esprit , de former dans le coeur des allachea dangereuses , et de conduire au péché si on ne les retranchait de bonne heure. Vous ne serez jamais parfait si vous méprisez 1rs plus petites choses. Les événrmens les plus considérables ont ordinairement des causes assez légères.

3. Surtout ayez une extrême défiance de vous -même. Quiconque ne craint pas de tomber a déjà fait unegrandechiite. Combiend'hommes, et quels hommes ! après s'étre vaincus eux-mèmes, et avoir triomphé cent fois des ennemis de leur salut, ont succombé rn regardant imprudemment une femme ! Je ne rapporterai point ici les exemples de Samson , de David et de Salomon , qu'on a cités tant de fois. Une expérience journalière vous touchera davantage. Examinezvous vous- même; vous trouverez en vous de quoi mugir, vous apprendrez à vous défier de votre sagesse et à craindre. En vérité, c’est une grande folie que de s'exposer à des dangers oA des hommes de tout pays et de tout âge ont péri ; mais tel rst notre orgueil ou notre incrédulité. Nous ne pouvons croire tant de Faitdesses honteuses qu'après y être nous-mêmes tombés. Dieu a créé la Femme pour servir à l'homine d'aide et d'appui ; mais la malice du serpent l'a rendu sa plus cruelle ennemie. Elle bleue, elle

PAR LE CARDINAL BONA

consume , eOe tue. La voix d'one hyène , les yeux d'un baiilic, sont moins terribles que ses discours et ses regards. Fuyez sa présence, fuyez scs entretiens sèduisans , 6 vous qui désirez votre salut! Elle est encore aqjourd'hui ce qu’elle fut autrefois ; elle citasse l'homme du paradis de délices.

i. Les lieus du sang, une amitié honnête, de bonnes intentions sont les prétextes ordinaires dont on se sert pour justifier des visites; mais | qu'une apparence de bien cache quelquefois de | grands maux ! On en vient i se contraindre un ; peu moins , on tombe sur des matières délicates, il échappe un geste, un regard, on fait des présens , on s'abandonne à de folles joies , on baunit la modestie et on renonce enfin à toute pudeur; car on n’arrive au comble du crime que par degrés. Tel qui tremblait autrefois en voyant hnprimés sur le sable les pas d’une femme , ose regarder aujourd'hui des yeux lascifs et des nu- [ dités scandaleuses. Un doux poison agissant secrètement sur le coeur, il périt avant que de s'ètre aperçu du danger. Ainsi la lumière s’obscurcit d’abord et s'éteint ensuite. Ainsi une Ame destinée p«)ur le ciel , s’attache désormais A la terre, oubliant son Dieu et s'oubliant ellemème , jusqu'A ce que la flamme de la convoitise soit enveloppée dans le feu éternel. Malheureux ! qui achètent des plaisirs si courts au prix d'une fin si funeste. On croirait qu'ils auraient tous mangé de l’herbe de l'Ile de Sardaigne. Ils rient en expirant.

6. Que cherchez-vous , liorame insen.sé , incapable de prendre un bon conseil ou de le suivre? Des plaisirs? Dieu en a établi d'éternels dans le ciel. Préfèrerez-vous les joies fausses et trompeuses de ce monde aux biens infinis de l'autre? Levez les yeux au ciel ; voyez les citoyens de cette bienbeureo.se patrie ; ils ont mangé autrefois leur pain avec de la cendre. L'eau dont ils SC désaltéraient ils y ont mêlé leurs larmes. On les a vus accablés de maux , obscurs , méprisés , gémissant sans cesse, passant les nuits dans la prière et privés de toute consolation. Ca été par les tourment et les supplices qu’ils sont |tarvenus A cette félicité que rien ne troublera jamais. Voyez les enfers et un nombre infini de malheureux ensevelis dans une profonde nuit. Ceux-ci se sont livrés aux vaincs joies du monde et aux plaisirs des sens. Qu'ils connaissent bicu

aujourd’hui le poison de U volupté! Considérez et tremblez. Le plaisir est court , la peine est étemelle.

6. Que si les plaisirs ont tant de pouvoir sur vous, que n'en choisissez- vous de solides, de purs, devrais et de constans, tels que sont ceux que donne un esprit tranquille et un CŒur pur? La volupté des sens est fausse et passagère ; elle s'entretient mollement dans le vin et dans les parfums; elle craint le grand jour, et n'habite que des lieux obscurs et infAmes. Si elle brille quelquefois au dehors , au fond elle est très misérable ; elle commencée! finit au même instant, et l’usage même qu’on en fait la détruit et la consume. II n’en est pas ainsi de la volupté de l’Ame. Elle est douce, paisible, courageuse, élevée. Elle est solide et durable. Comme elle ne donne jamais de dégoût , elle n’est suivie d'aucun remords. On en jouit sans honte; elle ne laisse point de chagrin après elle , elle ne peut échapper. Mais si vous la voulez posséder celte volupté si pure , il faut que vous renonciez A celle des sens; car le véritable plaisir consiste a mépriser tous les plaisirs.

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