‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 591 sur 684 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dp l’ararkip. On en dtfcauvrp la malignité. roniparaMoo du

pauvre et du riche. Combien Ira nt'bctaca auul vainea et

tronipeuaea.

1. Le caractère de l'avarice est proprement de se cacher. C’est IA un de scs artifices ordinaires dont vous devez surtout vous défier. Vous ne trouverez personne qui avoue de bonne fiii qu’il est avare. L'un vous dira qu’il amasse pour ses enfans ; l’autre se veut faire un fonds considérable dans la vue de soulager les pauvres. Celui-ci a dessein de racheter un jour ses péchés par de pieux élablissemens. Ce qu’il y a de sûr, c'est qu'aucun d eux ne louchera jamais A l'amas de son or. Us cherchent toujours au contraire A l’augmenter, pendant qu'au milieu de tant de soins la vie s'c‘coule, cette vie pour laquelle on courait après les richesses. Comme oc n'est |>as assez A un malade qui se sent pressé de la soif d’étre assis sur les bords d'une rivière, de la voir couler et d'y enfoncer les mains, et qu'il faut qu’il boive de cette eau s'il veut apaiser ses ardeurs, de même les trésors qu'un avare contemple et manie ne sont pas capables de remplir scs désirs , parce qu'ils ne peuvent couler au

LE CIIEMI^ DU CIEL

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fond de ton eonir où ri\'arice fiiit sa demeure. Dieu seul peut combler 1rs désira d'une Ime qu’il a créée pour le connaître et pour l'ainier.

S. Je suppose que vous possédiez seul tout ce qui a bit la fortune de plusieurs hommes puissans, que vous ayez plus de richesses que Salomon, que vous habitiez un (lalais de marbre uù For et les perles brillent de toutes parts, que vous marchiez sur des trésors, que vous ayez les statues des plus (çrands maîtres et tout ce que l'art a pu imaginer pour satisfaire un Inie curieux et délicat, l-a possession de tant de choses ne fèra qu'irriter encore votre convoitise; car les désirs qu'inspire la nature sont bornés , au lieu que ceux qui viennent de l'opinion sont inSnis. Que vous importe que vos greniers et que vos coffres soient pleins, si comptant pour rien ce que vous avez , vous ne songez qu’à acquérir ce que vous n'avez pas? Celui-là a besoin de tout , que rien ne contente. Elût à Dieu que vous puissiez faire réflexion sur les malheurs que les richesses entraînent après elles, et sur les avantages dont elles nous privent ! Vous conviendriez que l'apùtre a nommé avec beaucoup de raison la convoitise , la racine de tous les maux. En effet les Rraudes, les guerres, 1rs trahisons n’ont point d’autre cause. Otez l’avarice, vous ôtez l'ambition et la discorde. Elle remplit la terre de voleurs, la mrr de pirates, les villes de tumulte, les maisons de perfidies, et le barreau d’injustice, tant le rapport que les richesses et les vices ont ensemble est étroit !

3. Comparez le pauvre et le riche; regardez le visage de l’un et de l’autre. Celui-ci ne peut cacher le trouble et l’ennui qui le consument , tandis qu’on remarque en celui-là un air serein et une joie douce et naïve. L’autre, au milieu de mille soins cuisans, étale de riches meubles et une félicité apparente. L’autre, exempt de tout chagrin , jouit au dedans de lui-même d'une véritable paix. Le premier est tourmenté de l’envie d'acquérir et de la crainte de perdre. 11 est exposé aux coups de la fortune , et ce qu’il a est fhrt au-dessous de ce qu’il désire. Le second n’a rien et rien ne lui manque. Que craindrait -il.’ ce qu'il possède ne peut donner d'envie, et il en jouit sans attache. Que les jours du pauvre sont beureox! Qu'il pa.sse de douces et de tranquilles nuits! Le riche an contraire porte toujours une sorte de maladie avec soi , et les épines

dont U est environné le suivent partout. S’il n’en ressent pas les piqûres, c’est que son assoupissement est mortel.

4. Écoule, nultieureux avare. Ces maisons si superbes, ces trésors, ces domaines que tu pos.sèdes, même au-delà des mers, un jour marqué de toute éternité les enlèvera avec la vie. ■Toutes choses l’écliappcront en ce moment, et elles périront pour loi comme tu périras pour elles. Tu comprendras alors que ce que tu admirais était vil et méprisable , et que, semblable aux enlàns , tu faisais cas de bagatelles. Comme on les voit sur le rivage ramasser avec empressement de petits cailloux de différentes couleurs, tu cours avec ardeur après des pièces de monnaie et des pierres luisantes. S'il y a quelque différence entre eux et toi , c'est qu’il s’amusent à peu de frais , et qu’il l’en coûte fort cher pour satisfaire les caprices. Ce n’est pas toutefois que je veuille que vous vous défassiez des biens que vous tenez de la Providence. Je ne Màme que les richesses acquises par des voies iqjustes et sordides , ou |)Ossédées avec trouble. Qu'elles entrent dans vôtre maison sans entrer dans votre cunir. Soyez préparé à les quitter, lorsque Dieu l’ordonnera. N’attendez pas que les voleurs ou 1rs disgrâces de la fiirtiine vous les ravissent. Otez aux accidens de la vie toute juridietion sur votis, en vous privant vous-raème de vos biens j<ar un détachement véritable. C’est ainsi que vôtre coHir ne les possédant pas , vous vous posséderez vous-même.

6. Rannissez le luxe et le fttste. Réglez vôtre table et vos habits non snr l’exemple d’autrui , mais plutôt sur 1rs saines maximes de l’Évangile. Cne pauvreté sobre et frugale sait se transformer en richesse . et ne manque de rien. La nature n'a que peu de besoins. Elle craint la faim, la soif et le froid , et rien de plus. Sans niarbresel sans soies on peut être logé , on peut être vêtu. Faut-il pour éteindre ma soif que je boive dans un vase précieux , dont la fragilité me donne des alarmes ? Ne puis-je couper le pain qui me nourrit qu’avec un couteau enrichi de pierres précieuses.’ Ne peut-on laver les mains que dans un bassin de riche métal ? Cne lumière ne peut-elle éclairer , si elle n’est soutenue d’un chandelier d’or et travaillé avec art ? C’est se rendre esclave de Tor que de s’imaginer en tirer quelque éclal. Ne vaudrait-il pas mieux aimer

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PAR LE CARDINAL BONA

les véritables biens , qui rendent l'huinme meilleur, et que ni la fortune ni la mort ne lui sauraient ravir? Pourquoi craignez-vous la pauvreté, ayant un royaume au dedans de vous même? « l,e royaume de Dieu est dans vous. » Gardezvuus bien de chercher d'autres richesses. Cherchez votre bien véritable. « Il n'y a que Dieu seul qui soit bon. » Possédez-le , et réguez en possédant celui (|ui renFernie tous les trésors. I.e monde n'est rien à un homme à qui Dieu tient lieu de toutes choses.

6. Ce qui brille dans le monde, ce qui y parait grand est vain et li'ompeur. Pourquoi admirez-vous un homme couvert d'or et de pourpre, et suivi d'un grand nombre de valets? Tout cela est une figure et une décoration. On étale ces choses , on ne 1rs possède pas ; et tandis qu'on s'en amuse, elles disparai.sssent. Ce n’est au reste ni le lycée ni le |X)rlique, ce n'est |H>int la croix de Jésus-Christ et la sagesse éternelle, qui m'enseignent cette vérité : c'est le monde lui-méme ; cc sont ses plus zélés partisans. Écoutez Aman , cet hoiunie élevé si haut par son preste, par ses dignités et par ses richesses. Il .assemble ses amis , et leur avoue que tout ce qu'il possède n’est rien. « Il me semble , leur dit-il, que tant d'avantages dont je Jouis ne sont rien lorsque je vois Mardocbr'c a.ssis en ma présence à la porte du palais du roi. > O folie étrange! ô ftital aveuglement ! J'avais toujours cru que les richesses et les honneurs étaient un pur néant en coinfiaraison de ces biens que donne la vertu, et que l'élernité assure. Mais voici un mondain qui les avilit bien davantage ; ils ne lui paraissent rien auprès d’une chimère qu'il désire. Ce n’est donc pas avoir beaucoup foit que de compter |H)ur peu de chose les richesses si fausses et si vaiues. Il faut mépriser quelque chose de réel et qui réside en vous ; il fout modérer vas passions , enclialner vos convoitises, aimer la pauvreté, et ne foire cas que de ce qui fournit aux VTais besoins. Au reste la Itenséc continuelle de la mort vous portera naturellement au mépris de toutes choses.

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