CHAPITRE VII
De b ooitre. li? portrait d’un homme en colère. Im tfteU, Ica cainea et In renièdra de celle paMkm.
Je ne puis penser A la colère sans concevoir une forte indignation contre elle. Ce sentiment
est juste contre un monstre forirux, contre un vice cniel, qui s'étant une fois emparé d’un homme, éteint en lui toutes 1rs lumières de la raison. La colère est une folie de quelques moniriis; elle ne respire que le sang et les supplices; elle choque les bienséances ; elle rompt les plus doux nœuds de l'amitié et les liens du sang les plus forts. Pourvu qu'elle blesse un ennemi, elle n'ap|>réhciidrra pas de se nuire à elle- même; semblable à ces ruines qui se brisent sur les choses mêmes qu’elles écrasent. Toutes grâces disparaissent de dessus un vis;ige en foreur.
yeux étincellent, les veines s’enflent, les cheveux se hérisseut, les lèvTcs et les dents sont agitées d'un mouvement involontaire; la voix se grossit , devient trrntbianle et ne .sort qu'avec |icinc. De toutes les passions de l'âiiic il n’y en a point qui produise au dehors des cliaugemens plus considérables : les traits s'altèrent, le front se rétrécit , la tète , les mains et le corps sont ridiculement agités; on fait des gestes menaçans , on frappe la terre , on s’arrache les cheveux , on déchire ses habits , et un vomit quelquefois le saitg avec rage. Si les dehors de ta colère sont si aflreux , quels effets pensez-vous qu'elle produise au dedans. la'S monstres des enfers, que les poètes représeiileiit environnés de serpens vomissant des feux et |H>u.s.sant d'horribles sifflemens, sont l’image d'un cœur que la honte, la haine et la foreur déchirent. On peut cacher les autres vices ; la colère se montre insolemnienl. Elle s'imprime sur le front, et comme un feu se prend â tout cc qu’elle rencontre. Plus vous faites d’efforts pour la retenir, plus elle sort avec violence. Un homme en colère n'est capable ni de justice ni de rai.son.
2. 1,es autres passions se renferment en de certaines bomes;celle-ci n'en connaît point; elle ose tout , elle tente tout, et ne respecte ni Dieu ni les hommes. De là ces blasphèmes et ces plaintes téméraires contre leciel ;dc là ces discours insensés des impiessur la Providence. Non-seulement une iqjure reçue excite la colère, une offense qu’on craint de recevoir l'allume ; tant on est ingénieux à se tourmenter. Souvent on s'emporte sans avoir d'objet à sa fureur, et l'on tourne contre soimème des traits qu'on ne sait où porter. Souvent on s'en prend à des clioses inanimées qui n'ont pu ni nous blesser ni nous nuire : on brise des vases, un déchire un papier innocent. Un
LE CHEMliN Dû CIEI.,