GS
verre renversi , une table bien moins servie que ' de coutume, le bruit d'une porte ou d'une ' ehaise eveitent en nous des mouvemens de fu- , reur que ces ehoses n’ont pas méritées et qu elles 1 ne peuvent ressentir. Un cheval peu docile, un ' chien qui aboie , le chant des uiseaui , une mouche qui vole peut enflammer notre coltre. Insensés que nous sommes, nous châtions des animaux qui seraient en droit de nous punir nous-mêmes de notre peu de modération.
3. Si l'on vient â considérer les funestes cFFots de la colère, on conviendra qu'il n'y a point de plus iprand fléau sur la terre. Un verra des villes ruinées et des nations enliiTement détruites; on verra des monceaux de corps et des fleuves tpvissis du sanf; des hommes, (à's villes autrefois si florissantes , dont vous remarquez A peine les tristes restes, la colère les a renversées; ces vastes provinces qui furent si peuplées, la colère en a fait un désert. Elle a causé des incendies, elle a empoisonné les eaux, elle a exterminé des familles. Tandis que les bêtes vivent doucement entre elles sous les luis d'un sage instinct , des hommes fiirieui se sont déchirés les uns les autres, .\joutons â cela que la colère efface en nous l'image de Dieu , lequel agit toqjuurs avec tranquillité ; qu'elle répand de profondes ténèbres dans Iceu'ur, qu'elle dérobe la connaissance de la vérité , qu elle nous em|)èche d'écouter les plus sages conseils , et quelle trouble toutes les facultés de notre âme. Cependant, â la honte de la raison, on n'a attaché que peu d'inflmie à cette passion brutale, et quelques-uns s’imaginent y trouver une sorte de gloire. Venons maintetiant aux remèdes dont on se peut servir pour la détruire , ou au nuiins pour la modérer et la soumettre aux lois de la sages.se.
é. Il faut s’opposer aux commencemens de la colère, et , lorsqu’on s'aperçoit quelle se soulève, dédaigner le sujet qui veut nous y exciter. Quand une fois elle aura gagné le cœur, vous l’apaiserez difflcilement. L’ennemi s’étant emparé d’une place, ne reçoit point de luis du vaincu, et il est plus aisé de se garantir d'un mal contagieux cjue d'in arrêter le cours, les pluies et les orages ne se forment Jamais dans la partie supérieure de l'air; les vents n'agitent point cette région voisine des astres ; elle est calme et tranquille , et voit les tempêtes et les foudres gronder au-dessous d'elle. De même un esprit élevé se
conserve toujours dans une assiette paisible; il étouffe les chagrins qui allumeraient sa colère, et relient .sagement ses paroles, convaincu qu'il est que les emportemens aigrissent les maux loin de les adoucir. Plus les oiseaux font d’efforts pour se dégager d’un buisson englué , plus ils s'embarrassent dans le piège; plus nous nous raidissons contre le mal , plus nous lui donnons de prise sur nous. L'injure est moins â charge que la colère qui la repousse. Si i’on ne se Riche d'ordinaire que parce qu'on se croit méprisé, celui (|ui a d'humbles sciitimens de lui-même est bien éloigné de venger une offense qu'il n’a pas ressentie. Quiconque se venge avoue qu’il se .sent ble.ssé, et montre un cœur peu magnanime en rendant blessure |>nur blessure.
5. Lorsque vous entendez un discours filcheiix, songez inoinsàcc que mérite son aiiteui qu’à ce que vous vents devez à vous-même. Fautil que la malignité d'autrui puisse troubler un moment la paix de votre âme? Tandis que Dieu laisse vivre tant de pécheurs endurcis . pourquoi ne souffririez-vous pas un méchant Wmme, qui l’est peut-être moins (pic vous? Hélas! on ne pense point à guérir la corruption de son cœur, duquel on est toujours le maître, et on veut rendre meilleurs des gens qui ne dépendent pas de soi. Pourquoi vous plaignez-vous? Ce que vous souffrez n’est-il pis encore trop doux par rapport aux cbâtimens que vos crimes ont mérités? .Sur quels titres exigez-vous donc tant d'égards? Celui qui vous offense pèche, et se fait ainsi un grand tort â lui-méme; mais quel mal vous fait-il? il accomplit ce qui a été ordonné de tout temps pour votre salut. Écoutez les paroles du .Seigneur : • Pardonnez et Je vous pardonnerai. B Si cette voix de tonnerre ne vous éveille pas, vous ne dormez point, mais vous êtes mort. L'indulgence que iiniis aurons pour 1rs fautes d'autrui .sera la mesure du pardon que nous obtiendrons des nôtres.
6. Bannissez de votre esprit ces vains soupçons,qui eoôtrnt souvent de grandes querelles. Celui-ci , dit-on , m'a salué peu civilement; celui-là m’a interrompu en parlant, ou m'a regardé avec un visage fier et chagrin. Si une fois vous donnez entr^âces chimères , cent conjectures viendront en foule les fortifier. Comme l'injure dépend presque tonjours du tour qu'on donne aux cliosrs, il est â propos d'agir avec simpli-
Digitc • ■ r ,
PAR LE CARDINAL BONA
cité, et de prendre tout m bonne part. Soute- | nei contre vous-méme l'intérêt de l'absent et | n'oubliez pas qu'on a toujours trop de penchant j à croire ce qui blesse, et i se fhclier avant que d'avoir Fait de justes réfleiions. Ezaminez toutes choses â loisir. L'n jour de plus change les aF&ires de Face , et découvre la vérité. Magistrat , vous n'obligeriez pas un inconnu i payer 1 quelqu'un une somme modique, si vous n'aviez de bonnes preuves de la dette , et dans le commerce ordinaire vous condamnez votre ami sans l'entendre ! Il n'est rien de si imprudent que d'ajouter Foi auz rapports. Les uns mentent à dessein de tromper : les autres, parce qu'on les a trompés. Ce que l'on vous dit tout bas est presque encore enseveli dans le silence. Est-il juste de se beher en public sur ce qu'on ne croit qu'au fond de son cceur? Enfin il n'est point à propos de tout voir et de tout entendre. On n'a point encore rc<;u l'iiyure que l'on ignore.
7. Lorsqu'on vous dit que quelqu'un a dit du mal de vous,esaminez votre conduit,., et songez si vous n'avez point le premier tenu de lui des discours focheuz ; souvenez-vous que vous vous entretenez des défauts d'autrui, et que de justes retours sur vous-méme vous rendent plus doux et plus équitable ; car enfin devez-vous punir sans pitié dans les autres la licence et l'amour des plaisirs, vous qui n'avez jamais rien refusé i vos sens? Comment un traître, un parjure oset-il poursuivre avec tant de chaleur un mensonge et un manque de Foi ? Vous sied-il bien d’exiger tant de ménagemens, vous qui avez si peu de circonspection et d'égards? Ayez moins devant les yeuxre que vous endnrcz, que ce que voua avez Fait soiiFFrir. Vous trouverez en vous ces mêmes crimes si odieux dans les autres. Nous sommes tous enclins au mal , et obligés de nous passer nos communs délùuts. Si vous n'avez rien 1 vous reprocher aujourd'hui , pourrez-vous demain avoir la même confiance? «Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber. •
8. Est-il étonnant qu'un ennemi vous nuise, qu'un ami vous manque au besoin, qu'un fils s’égare, et qu'un serviteur soit infidèle? N'est-il pas aussi ordinaire de voir ces choses , que de cueillir des roses au printemps et des Fhiits en été? Comme il arrive à celui qui parcourt une grande ville de trouver des embarras en son chemin . quelquefois de tomiter et d'essuyer sou-