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vent les iqjures du temps ; de même on rencontre dans le cours de cette vie pénible et tumultueuse des obstacles qui déconcertent , et des contretemps qui excitent de grandes disputes. Après tout, devez-vous vous plaindre de l'injure que vous a laite un méchant homme? Deviez-vous attendre autre chose de loi? Il s'est fait voir tel qu'il était ; montrez-vous de votre côté tel que vous êtes. Remplissez le devoir d'un homme de bien, en faisant tous vos efforts pour le rendre meilleur. Si vous lui pardonnez, si vous le comblez même de bienfaits, vous lui inspirerez peutêtre du goht pour la vertu , ou du moins de la bonne volonté pour vous. Que s’il arrivait que par votre procédé vous n'en puissiez faire ni un homme de bien , ni un ami, vous aurez toujours certainement acquis un nouveau degré de vertu. Vous dit-on que quelqu'un vous a décrié dans le monde, et qu’il est de vos plus grands ennemis? Répondez alors : Je n'en crois rien. Il a peut-être répété sans dessein ce qu'il a oui dire à quelque autre. Ses intentions sont bonnes. Il ne tient pas à lui que je ne valusse un peu mieux; je l'ai peut-être offonsé le premier. Il ne m'a point Fait une iqjure ; il a repoussé seulement celle qu’il avait re^e. Je suis coupable du mal qu'il trouve en naoi ; il se faut rendre justice. D'un autre cdté, si je suis innocent de la faute qn'ilm'impute, est-ce un si grand malheur que d'être faussement accusé? J'imiterai Jésus-Christ , et je dirai avec le proplièle ; «Je me suis tu, et je n'ai point ouvert la bouche, parce que c'est votre volonté. > Soyez donc bien convaincu que quels que soient les discours ou les actions des hommes à votre égard, il ne vous pourront nuire que suivant les dispositions de votre coeur, et qu'ils changeront de nature par l'usage que vous en lierez.
9. L’opinion est ce qui fait l'offonse. Les choses ne sont point capables d'elics-mêmes d'agiter notre esprit. C’est loi qui se trouble et détermine les événemens à son égard par le jugement qu’il en lait. Personne ne blessera votre coeur si vos réfiexions ne le blessent pas. Mais , me direz-vous , c'est un scélérat qui me persécute. Attendez un peu ; quelque autre le saura châtier de ce qu'il vous -fait souFfrir, ou plutôt il est déjà puni par le péché qu'il commet en vous outrageant. Cet ennemi, ajoutez-vous, ne de^ vrait-il pas se servir de sa raison pour se oorri-
.'i70 LE CHEMIN Dü CIEL
ger? Que n'usez-vcNU vou«-iiita>e de U vôtre pour vous rendre plus doux et plus palicnl ? Que ne fàlles-Tous le bien pour le mal? Aurez-vous loiyours devant les yeux les défauts d'autrui et jamais 1rs vMrrs? Au reste, qui que vous soyez qui trouvez la vengeance si douce , je ne vous l'interdis pas, pourvu que vous attaquiez d'aliord votre plus grand ennemi. Or, vous n'en avez point de plus redoutable , ni qui vous ail rendu plus de mauvais offices que votre colère. Commencez à vous venger par elle. Ne cliercbez point les ennemis au deliors, lorsque vous en avez de domestiques. Platon étant sur le point de fhipper un esclave , contre qui il était extrêmement irrité , arrêta son bras tout à coup : t Je te frapperais, lui dit-il, si je n'étais pas en colère. » Il voulut en cette occasion punir son emportement plutôt que son esclave: et il se souvint qu'un maître furieux est plus coupable qu'un scrv Heur négligent , et qu'enfln plus on est bonnélc homme , plus on retient les saillies de son esprit.
10. La» magistrats et tous ceux qui sont chargés de la conduite des autres, sont obliges quelquefois de montrer une sorte de coIlTe qui s'accommode fort bicu avec un cœur tranquille , et qui est même un fouit de la raison. On doit reprendre sans aigreur, et corriger sans trouble. A quelles extrémités serait réduit un homme de bien, s’il follait qu'il s'éinôt toutes les fois qu’il remarquerait des fautes, lesquelles ne sont que trop fréquentes. Je veux donc qu'on ait pour ceux qui ont failli la même douceur et les mêmes dispositions qu'un mt'decin aurait pour un frénétique. Comme on ne s'avise pas de s'emporter contre les rigueurs de l'hiver, ou contre les chaleurs de l'été, on ne doit pas non plus se passionner sur les foutes des hommes naturellement inéchans. D'ailleurs, c'est se venger iniKtcemment que de ne se pas venger d'un ennemi ; car enfin, il ne vous uflènse que dans le dessein formé de vous mortifier. S'il vous trouve insensible, il sera au désespoir de n'avoir pu percer votre cœur, et que vous ayez su émousser set traits par votre indifférence. C'est convenir d'une injure que de s’en offenser; elle s’efface par le mépris qu'on en foit ; mais il est bunteux d'élre outragé, et de ne pat venger .son honneur. Je vous réponds , qu'il est bien plus honteux de craindre le mépris, et que cette appréhension est
un aveu de sa propre foibicsse. Le sage, peu inquiet des discours des hommes , ne trouve de lionte qu'j foire le mal sans rougir. Cet homme me méprise, dira-t-il, ce sont ses affoires. C’est i nmi J ne pas mériter de tels senlimens par l'indignité de ma conduite; cet aiilre me liait; cela le concerne .seul. Pour moi, je ne lui en veux pas plus de mal. C'est ainsi qu'une patience vraiment magnanime désarme les médians , et qu elle imite la bonté de Dieu toujours prêt J faire grâce aux pécheurs, et à combler de ses bienfaits ses emiemis. 11 faut plus de courage et de grandeur d'âme pour ne pas s'apercevoir d'une ipjure que pour la pardonner.