I.F. CHEMIiN DU CIEL
par dea discoun sans Hn, comme un pariiim { précieux s'évapore lorsqu'on ne bouche pas rentrée du vase où il est renfermé. Celui qui n'a pas une continuelle attention sur ses paroles, en a peu sur lui-même.
2. Soyez extrêmement discret et retenu; évitant ce défiiut si commun de parler au hasard avant que d'avoir presque pensé. Fuyez , d'un autre cOté, la dissimulation et la duplicité. Ex- ‘ pliquez vos sentimens avec candeur, vous souvenant toqjours que Dieu vous a donné la parole pour communiquer aux autres vos pensées telles ((u'elles sont au fond de votre cœur. Avant que de parler 8on(;cz si vous ne vous sentez point agité de quelque passion violente, et ne parlez qn'aprés que le trouble aura cessé. .Sans cette sage précaution vous direz bien des choses dont votis aurez lieu de vous repentir. Si vous avez un iteiir doux et tranquille, si votre ùme est vide de toute affection déréglée, vous garderez aisément le silence On fait soi-méme son caractère par scs discours. Ainsi avec un esprit bien fait, sage et réglé, on parle peu et on parle A propos; comme on ne doit attendre que des paroles vaincs et emportées d'un esprit en désordre.
3. Ne tenez point des discours inutiles et frivoles ; parlez toujours avec discrétion , comme vous usez des aiimens avec choix. .Si vous examinez la nourriture que vous voulez prendre, devez-vous être moins attentif aux choses que vousavezàdire?Si un morceau corrompu excite de grandes maladies, un discours imprudent ne cause-t-il pas dans la société d'étranges maux ? Accoutumez-vous à vous entretenir vous-méme et à entretenir rarement 1rs autres. Les sages se s<mt repentis souvent d'avoir parlé , et Jamais d 'avoir gardé le silence. Voyez ces animaux dont l'instinct approche le plus de la raison, se sont les moins babillards. Les femmes et les enfrns, dont le jugement est moins ferme et moins solide que celui des hommes, se répandent aussi beaucoup plus en paroles. Feut-on supposer de bonnes qualités à celui qui débite sans hn des discours vides de sens? Si vous aimiez Dieu de tout votre ctrur. vous ne vous entretiendriez que de lui et des moyens de devenir parfhit comme lui ; car on ne peut dissimuler l'amour lorsqu'il est extrême. Il échappe, quelque précaution qu'on prenne |K»ur le cacher. Vous iie parlez
pres(|ue jamais des choses de Dien , parce que vous tenez encore à vus vices, parce que vous faites rarement de bonnes lectures, et que méditant peu 1rs vérités du salut, vous vous trouvez stérile sur ce sujet , lors même que vous en voudriez discourir. Quand le ccrur est plein de quelque chose, il s'épanche par les paroles.
4. les entretiens les plus ordinaires des hom- ‘ mes roulent sur les inclinations , sur les mteurs et sur la conduite d'autrui. Chacun a autant de juges de ses actionsqu'il y a de personnes dans I uneville. Nous sommes aveugles sur nos propres défauts, et frirl clairvoyans sur ceux du prochain. Nous avons le ccrur ouvert aux railleries et aux médisances dont on le déchire, et nous l'avons fermé aux louanges qu'on lui donne. Or I plus ce vice est commun, plus il faut apporter de soin à l'éviter. (Test une assez grande affaire (|ue de vous corriger de vos défauts. Qu'ils attirent toute votre attention et toute votre haine. De plus n'allez pas révéler un .secret important, soit que vous en soyez le maître , ou qu'on voua l'ait confié. Plusieurs sont tombés dans de grands embarras |iour n'avoir su se taire. Dire .son secre' a un seul, c'est souvent le dire à plusieurs. II s'écoule sourdement d'abord, et se ré|>and ensuite avec bruit. Cette imprudence par laquelle on se trahit soi-méme, vient ordinairement de ce que parlant trop long-temps on s'échauffe dans la conversation , et on s'enivre en quelque sorte de la douceur qu'on trouve Asc communiquer. Quelqu'un vous dit son secret; gagné par cette marque de confiance, vous lui déclarez le vôtre , dont vous regardez le sien comme garant ; mais tandis que vous lui gardez peut-être une fidélité exacte , il confie votre secret aux premiers qu'il rencontre. Tous le savent pour l'avoir appris en particulier et tout bas. L'oiseau qui vole va moins vite que ce secret éventé; c'est bientôt un bruit populaire. S'il est vrai que la langue a causé tous les maux qui désolent les hommes,, pesez long-temps vos paroles; mettez une garde à vos lèvres, et ne parlez que lorsque la bienséance ou 'la nécessité vous y obligeront. L'économie des paroles est plus estimable que celle de l'or. Au moins le prodigue en se faisant tort , oblige-t-il autrui , au lieu que le grand parleur nuit aux autres et se nuit à lui-méme. Écouter beaucoup et parler peu , c'esi le caractère de la Divinité.
PAB le CAUÜlNAL BONA.
6. La tangue n'ipargne rien : ni lea princes que leur rang met au-dessus des lois, ni les hommes vertueux que leur innorence en affranchit, ne sont pas aflvanchis de la médisance. JésnsA^hrist lui-mème n’a pu échapper à ses traits. Qu'un exemple si grand et si digne de respect vous porte à la souffrir avec patience. D'ailleurs la censure est un aqpilllon qui anime i la vertu , et un frein qui retient lorsqu'on allait s'égarer. Elle est le plus crud ennemi qu'aient les vices. En apprenant ce qu'ou trouve à redire dans vous, vous apprenez ce que vous devez éviter. Voulez-vous après tout ne pas craindre les traits empoisonnés de la médisance? Méprisez-ta. Lorsque satisfait de l'eslime des gens de bien, vous garderez sur elle un profond silence, elle ne vous blessera assurément pas. Que vous importe ce que l'on pense et ce que l'on dit de vous? Vous avez au dedans de vousméme un témoin Irréprochable et un juge incorruptible. Interrogez votre conscience, et con- | lent de son témoignage vivez en paix. Quelle foiMesse et quelle honte de faire dépendre son boubeur de quelques discours peu sensés, et de n’oser juger de soi-méme que par rapport aux jiigemens des autres! Qu'on dise ce que l’on voudra, vous n'en êtes pas pour cela plus mauvais. hidé|>endamment de nos pensées, l’or est or, et l'émeraude conserve son éclat. Qu'on blâme les eaux d’une source nette et pure , cessera-t-elle pour cela de couler? Qu’on y jettede la boue, ne se purifiera-t-elle pas aussitôt, et ue se montrera-t-elle pas aussi claire et aussi belle qu'auparavant? De même vous ne devez pas être moins tranquille, parce que des médians vous déchirent. C'est penser injustement devous-méme que de vous dÂmncerter sur des bruits injurieux qu'on fait courir de vous. Voyez ces enfans qui mordent le sein de leur nourrice , et qui font St leurs mères des outrages mnocens , leur dérangeant les cheveux , leur donnant de petits coups proportioonés à la faiblesse de leur âge. Tout cela n'est point regardé comme une injure, parce que celui qui la fait n'est point capable de concevoir de mépris. Je veux que vous soyez à l'égard de ceux qui vous attaquent par leurs discours dans les mêmes dispositions où ces mères se trouvent pour leu rs enfans. tzirsque vous paraissez si vivement touché d'une injure, vous donnez prise sur vous ù votre ennemi , cl vous
lui faites un Imnneur qu’il ne mérite pas ; car vous lui laissez entendre que vous faites cas de son estime , puisque vous êtes si mortifié de tes mépris. Cest là saos doute une grande faiblesse, et qui ne peut venir que d’un cœur petit. Vous ne serez jamais heureux lorsque vous penserez qu’on peut vous mépriser.
CHAPITBE XII.
Dn icnii Inléitotin. Qn<H maftr on doit faire dre opiokna. Qm'U faut le remplir r«pril delionnn r-naére. qu’il faut reprimer l'appe^ll renailif. Ik n ptnle au mal. rluHeun cunieila aur ce aujirt.
1. Iji véritable sagesse consiste à ne prendre aucune opinion contraire à la nature et à la droite raisou. Je veux que vous combattiez les erreurs de l'imagination comme le logicien combat les sophismes. Votre fils est mort ; ce n’est pas un mal qui vous doive tant affliger, puisqu'il ne dépendait pas de vous de le foire vivre. Votre père vous a déshérité. Si vous n’avez pas donné lieu à ce procédé rigoureux , ce n’est pat un mal , ce n'en est un qu'antant que vous souffrez impatiemment cette injure; et c'est même un bien si vous la recevez avec tranquillité. Vous irez loin avec de pareils principes. On a emprisonné votre ami ; pourquoi vous désespérer, s’il ne lui est rien arrivé autre cliosc que d'élre mis en prison? Ingénieux à nous tourmenter, nous imaginons nous -mêmes mille circonstances foclieuses dont nous entretenons notre peine ; Otez les maux d’opinion, il en restera peu de réels. Comme un lie un furieux, il fout, si je puis parler ainsi, enchaîner l'imagination dont les vapeurs étouffent les pures lumières de l'esprit. Elle est une bète forouche qui échappe souvent et qui cause partout de grands désordres. La nouveauté lui plaît, le repos la gène, elle franchit toutes bornes et s'égare avec bruit. Employez donc tous vos soins à la retenir. Empêchez qu’elle ne vous trouble dans vos jugemens; vous souvenant toujours que ce qui est hors de vousméme ne vous doit point toucher.
2. Examinez attentivement les choses qui se présentent ; démêlez leur nature de plusieurs circoustances étrangères qui les enveloppent. Ëtudirz-en 1rs qualités essentielles, les avantages et la fin. Voyez si elles vous regardent et si elles dé|>endent en quelque chose de vous. Si cela n'est pas, loin de leur donner entrée dans votre âme , foites tous vos effiirts pour la leur
LÉ CHEMIN DU CIEL
fermer. Souvenez-vous d'ailleurs que Dieu lit au ftmd de votre cœur, et que vos plus secrets senlimeus ne lui peuvent échapper. Plein de cette vue, craignez de pen.ser en sa présence ce que vous rougiriez de dire devant un homme de bien. Que vos pemsées soient douces, paisibles , simples, pures et éloignées de toute malice; qu'elles soient telles que vous puissiez avec confiance les déclarer à celui qui vous en demanderait eompte sqr-le-champ ; car enfin il est Imnteui de penser ce qu’on aurait honte de dite. Un moyen , au reste , de bannir de son esprit les mauvaises pensées , c'est de s’occuper de bonnes.
3. Il n'est rien que l'âme doive craindre davantage que celte partie inférieure d'elleméme, qu'on appelle l'appétit sensitif, puisque c'est la source de tous les crimes. Il faut être toqjours en garde contre loi , loi bire une guerre oontinueile, et le soumettre au joug de la raison , autant que la faiblesse humaine le permet. Qu'on n'espére ni trêve ni repos. On doit combattre sans relâche et sans fin un ennemi irréconciliable, qui ne nous ménage pas. Il se cache au dedans de vous, ou plutôt vous êtes â vousmême un ennemi plus redoutable que l’armée du grand Xcriés. Gardez-vous de vous-même, n faut plus de courage pour se vaincre que pour soumettre des villes. Il feut plus de force pour jouir de soi - même que pour conserver la conquête de tout le inonde. Je ne demande pas, au reste, que vous détruisiez vos passions ; il suffit de les modérer et de les assujettir â la raison. Ia;s stoïciens avaient tort de les condamner. C'est un apanage de notre nature , lequel , loin d'être mauvais, peut être même fort utile. Qui ôterait les passions, ôterait aussi les vertus, puisque sans combat il n’y a point de victoire.
4. Véritablement c'est lâ un combat très difficile et d'un succès fort douteux. Les passions naissent avec nous, et ce n'est qu'aprês qu'elles ont pris un grand empire , et que la volonté séduite par une apparence de bien s'est accoutumée â les suivre , que la raison s'aperçoit de leur tyrannie et se met en devoir de leur résister. Il n'est pas possible non plusd'empèchcr les premiers mouvemens; il suffit d’en arrêter les progrès et de les réprimer, lorsqu’on sent le trouble s'élever dans son âme ; car il «St bien plus fiicile de s'opposer aux commencemens d'une (ussion que d'en arrêter 1rs
saillies. Un moyen de se coiuervcr dans ohé grande tranquillité, est de prévoir les événemens et de s’y préparer avant qu’ils arrivent. Est-il temps de chercher des remèdes lorsqu'on est dans le péril? An contraire , si vous êtes sage , vousdirez et vous ferez alors peu de cliose. Moins on fait de démarches inutiles, moins on tient de discours superflus , et moins aussi on ressent d'inquiétude et de Iniuble. Si ces observations vous [taraissent petites, songez que leur usage importe extrêmement , et que ce qui conduit â la perfection ne peut être que ftart grand.
5. On peut comparer le vieil homme infecté par le péché d'Adam â un arbre venu d'une semence corrompue. La racine est l’amour déréglé de soi-même. U penchant au mal, l’agitation, le trouble et les habitudes criminelles composent le tronc , les branches et les feuilles. Les pensées, les paroles et les oruvres contraires â la loi de Dieu, sont les fruits qu’on en doit attendre. Coupez la racine de l'arbre , retranchez l'amour de vousHuême, et d'un seul coup vous détruirez tous vos vices. Or, le moyen d'extirper celte racine empoisonnée , c'est d'avoir un parlait mépris de soi-même; c'est de se convaincre fortement qu'on n’a ni science, ni lalens, ni vertus, que mille autres ne possèdent dans un plus haut degré. C’e.st de ne pas craindre de déplaire aux hommes, cl d’en être méprisé. Cest enfin de se voir volontiers privé de toute consolation , et des commodités de la vie. On se sauve en sachant se haïr, comme on se perd en s'aimant d’uu amour désordonné.