‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 601 sur 684 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Or Camotir. Sa nitiiir , irtt raui«t iH an rfS^U. Le* r«nMe« dt rcOcpaHiofi. qurlqua rtSevioM wr la baine.

1 . 1.’amour est un mouvement de l'âme , qui se complaît dans le bien ; c'est celle première impression dont elle se sent fiappée à la vue de ee qui lui parait bon et convenable. L'amour est le nœud qui assemble les parties de l'univers ; c'est la passion principale qui agite notre cœur, et qui en conduit les ressorts, lorqu'il est véritable et légitime, il se tourne vers son principe et tend au souverain bien , dont il est un écoulement. Or, examinez-vous vous-même et sondez votre cœur. Voyez quelle affection y domine. Ce qui foit sa plus forte attache est sa divinité, ou son idole. Dr lâ vient que le Créateur a voulu

PAR LE CARDINAL BONA. S79

que rttomme raimit de toute l'étendae de aon cœur, afin que n’y ayant plus de place pour la créature, il ne tombât pas dans ridolitrie.

3. Il y a plusieurs causes de l'amour; car, sans parier de la beauté et de la bonté, le rapport des inclinations et des fioAts, des dehors modestes, la noblesse , le savoir, les talens et les grâces de l'esprit ou du corps, ont amtume de le fbire naître. L'amour est lui-méme un aimant qui attire l'amour. Lorsqu'il est suivi de bienfirits, il ibrce les plus indiffiérens à aimer, dans la crainte de passer pour ingrats. Ceux qui ont Tesprit vif, le sang subtil , le nalurel doux et fiicile sont aussi fort enclins à l'amonr.

3. Le pouvoir de l'amour est si grand qu'il transforme en quelque façon celui qui aime en l'objet aimé. L’amour est comme un oubli , et un abandon de soi-mème, et une mort volontaire. Celui qui aime n'est plus à soi ; il ne se retrouve plus, il ne vit pas, il ne pense et n'agit que pour un autre , et on peut dire qu’il ne serait en aucun lieu, s'il n'était pas où est l'objet qui le touche. Oh! qu'on est malheureux (faimer autre chose que Dieu! Peut-on en s'attachant aux choses de la terre si fragiles, ai bornées et si sujettes an changement, remplir toute l'étendue de ses désirs, et se plonger et se perdre dans ce qu'on aime? En aimant Dieu et en cessant de vivre pour soi , on vit en celui qui est la vie et le centre de toutes choses, et notre bien immuable. L'amour pTofâne est rempli d’inquiétude et de trouble; au lieu que l'amour divin est doux et tranquille. Celui-là est toujours mêlé de jalousie; celui-ci ne craint point les rivaux , il voudrait que tous brAlassent du même feu qui le consume. Aimez donc votre Dieu , si vous ne vous baissez pas vous-même. Il y va plus de votre intérêt que du sien. Souvenez-vous que les hommes sèchent et meurent comme l'herbe des prairies, et qu'on ne peut perdre son Dieu qu'en cessant de l'aimer.

4. L’amitié ne peut être ni solide , ni sincère, lorsqu’elle n'a pour fondement que des motifs humains, et qu'elle n’est appiiyccque sur le rapport des humeurs et sur des vuesd'intérêt ou de plaisir. Que la vertu et la sainteté de la vie soient les seuls liens qui vous attachent à un ami. Du reste l’ammir de la heauté sensible , qui élève nos âmes, selon Platon, à la contemplation de la beauté divine, est, quoi qu'il en dise, le plus grand

ennemi des vertus. Une belle personne inspire enfin des désirs criminels, et soit qu'il sorte de ses yeux une vive lumière ou qu'il en parte de certains esprits, elle enchaîne celui qu'elle regarde et le conduit àsa perte. Comment se guérir de l'amour? Il s'augmente par le soin même qu’on prend à l'éteindre , et il se glisse si subtilement dans le cœur, qu'on s’aperçoit que l'on aime avant qu'on ait délibéré si on devait aimer. Pour vaincre aisément l'amour, il finit s'opposer à ses commencemens; il faut effaéer l'image de la personne aimée en s'occupant utilement d'affaires et de soins. Mais qu'il est à craindre qu'une rencontre imprévue ne réveille une idée qu'on travaillait à détruire! Ce n’est qu'avec le secours du temps et de l'absence qu'on peut entièrenient la bannir. Plusieurs se sont guéris de l'amour par un principe d’honneur : ils se voyaient avec chagrin la Fable du public, et ils n'ont pas voulu selitTer plus long-temps à l'infrmic, aux périls et à un triste repentir. Quelques-uns ont su affaiblir l’Impression que fiiisait sur eux une beauté dangereuse par une juste considération de ses défruts et des chagrins qu'un engagement entraîne d’ordinaire après soi ; mais après tout le remède le plus efficace contre l'amour c’est l'amour de Dieu , c'est le goht de la vertu , c'est le désir d’une récompense éternelle. Des vues si élevées éteignent bientôt en nous les affections frivoles , et par un saint orgueil nous font dédaigner les choses de la terre et haïr les attaches firae.stes aux bonnes mœurs.

a. lai nature semble avoir lié toutes clmses par les chaînes de l'amour. C'est lui qui rassemble des com|>agnies d'oi.seani dans les airs des troupeaux dans les prairies et sur les mon tagnes, et qui fait vivre en société dans les bois les liêlrs les plus fiirouchcs. La haine seule peut rompre ces nœuds sacrés formés par l’amour. Elle est le vice des hommes paresseux et timides qui se laissent aisément aller aux soupçons, et qui sont toujours tourmentés de la crainte de perdre. II y en a qui haïs.sent tout le monde et se baissent eux-mêmes, semblables à ces oi seaux de malheureux augure qui vivent dans une étemelle nuit. Si vous rencontrez de ces Iwmmes, qu'ils excitent votre pitié plutôt que voire colère. Rompez doucement et sans brait tout commerce avec ceux qui veulent vous nuire, comme voua échappez adroitement en luttant

LE CHEMIN DU CIEL

aui attaques de Totréadvmaire. Au reste, vous irarantirez votre cœur de toute iqjuate haine en démêlant des endroits favorables dans ce qui vous paraissait odieux , en donnant aux choses une interprétation et un tour avantageux, et en haïssant ce qui mérite seul d'èire haï, je veux dire le péché et les peines de l'enfer. Que si quelque autre objet excite votre courroux, vous le blessez bien moins par votre colère que vous ne vous blessez vouvmème. Si on est obligé d'aimer jusqu'à ses ennemis, que reste- il que l'on puisse haïr innocemment? Il Faudrait sortir de la nature des choses qui existent pour trouver un juste objet à sa haine, car il n'est permis de détester que le mal qui est un pur néant. Que si l'on pouvait Haïr les hommes , y en auraitil quelqu'un qui vous dût être plus odieux que vous qui vous êtes rendu si souvent à vousméine de si mauvais oFHces

Page 1