‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 602 sur 684 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

1kl dftir et (le U fùilP. Or qui est A dMnr ri i fiiir.

I . Celui-là est sans doute très heureux , qui , se soumettant parfiitement à Dieu, ne désire rien avec ardeur , et qui voulant tout ce qui arrive , dit en lui-mème ; • Le Seigneur me donne la santé, il m'envoie des maladies, il me veut riche, il me veut pauvre, il ordonne que je quitte ces lieux , sa volonté est que j'y demeure. Il est le maître et je suis préparé à tous événemens. > Si vous êtes dans des dLspositions contraires et que vous disiez : • Quand irai -je là , quand possMerai- je ces choses? » vous serez toujours misérable ; car souhaitant sans ces.se ce qui est an dehors de vous-mème, vous n'aurez jamais de repos et vous marcherez comme dans une roue, sans pouvoir atteindre à un but. R n'y a que vos opinions, vos pensées et vos actions , qui dépendent de vous. Mais ni la santé , ni les honneurs, ni les richesses n'en dépendent pas. Qui que ce soit autre que vous n'a de juridiction sur les premières , au lieu que celles-ci vous étant étrangères, sont exposées à divers accidens. C'est pourquoi, si vous êtes sage, vous ne désirerez pas, ou ce ne sera que hiiblement et avec cette précaution utile de penser qu'elles sont au pouvoir d'autrui , et qu'on ne les possède pas long-temps. I.es biens de la terre ne méritent pat d'attirer vos désirs, puisque la Hgnrr de ce

monde passe. Tout vous réussit-il au gré de vos vœux, il faudra tout quitter malgré vous à l'heure de la mort. Entrez donc au dedans de vous -même; creusez dans votre cœur, vous y trouverez une source abondante de biens qui ne saurait tarir.

3. Des philosophes firent autrefois consister la sagesse à se soustraire aux coups de la fortune. Ils osèrent disputer de la Félicité avec 1rs dieux au milieu des douleurs les plus vives. En voyant le peu de pouvoir qu'a l'homme sur 1rs accidens de la vie, ils conduairnt qu'il n'y a que ses sentimeiis et ses pensées qui dépendent de lui. De profondes réflexions leur acquirent un empire si absolu sur les naouvomens de leur àme qu'ils les gouvernaient à leur gré , et se vantaient avec raison d'être seuls riches , pirissans et heureux. Ce n'est que par une étude et une pratique continuelle que vous parviendrez comme eux à regarder avec indifférence les clioses qui vous environnent. Si vous pouvez une fois vou.s établir dans cyt état heureux , vous ne serez pas plus fâché de manquer de beaucoup de choses que vous l'ètes de ne posséder pas l'empire des Tartares et de manquer d'ailes pour voler. Ce qui est au deliors de nouvmèmes ne nous concerne pas.

3. Il faut donc réprimer ses désirs; aussi bien 00 se flatterait inutilement de les pouvoir remplir, puisque plus on satisfait sa convoitise, plus un l'irrite. Celui que les ardeurs de la fièvre consument, ne peut en buvant éteindre ce feu , parce que ce n'est pas une soif ordinaire qui le dévore, mais la maladie. 11 en est ainsi de ceux qui ne règlent pas leurs désirs selon la raison , qui a de si justes bornes , mais au gré des vices et du luxe, dont les lois sont changeantes, bizarres et infinies. Si vous vous renfermez dans les besoins de la nature, vous vous contenterez à peu de frais, et rien ne vous mauquera; mais si vous passez les termes qu'elle prescrit , vous vous trouverez pauvre au milieu des richesses. Peu de choses satisfunt la nature, rien ne suffit à la convoitise.

4. On doit observer dans la conduite de la vie ce que la bienséance prescrit dans un repas. Pour suivre ses lois, si on vous présente de quelques mets, preoez-en sans empressement. Si celui qui fait les honneurs sert les autres et vous oublie, ne vous en mettez pas en peine.

PAR LE CARDINAL BONA

IfaTaiKfli pointu main avant que oc soit i vous à prendre, mais attendez modeatement votre tour. Faites la même chose par rapport aux richesses et aux honneurs, si vous voulez vous rendre digne d'être admis un jour an banquet de l'agneau. Que si vous avez assez de courage pour rehuer même ce qui vous est offert , nonseulement vous, mériterez de vous asseoir au festin des saints , mais vous jouirez encore d'une partie de leur félicité dès cette vie. Au reste, on a son bonheur entre les mains quand on ne souhaite pas ce qui est hors de soi-même; et si c'est être heureux que de posséder tout ce qu'on désire, qui l'est davantage que celui qui a tout ce qu’il veut, en ne voulant que ce qui dépend de lui ?

6. Nous fuyons bien des choses que noos avons en horreur oomnue nous étant contraires, qui nous sont en effet très utiles. Si elles blessent nos sens, elles apportent de grands biens à notre âme. La mort, l'exil , la pauvreté, le travail, la honte, les maladies et tant d'autres maux qu’on ne peut éviter, sont de ce genres. A dire le vrai ^ ee ne sont point de véritables maux , et ils ne devraient feire nulle impression sur notre «Hir. Socrate les comparait à ces masques hideux avec quoi on fait peur aux enfans , lesquels n’ont rien jaffreux que la figure. Nous sommes uniquement frappés des apparences , et nous jugeons des choses par quelques marques extérieures, plutât que par cc qui est de réel en cHes. Qu’est-ce que la mort , sinon un vain fàntAme , que vous appréhendez sans fondement ? Combien a-t-elle semblé douce, non-seulement aux saints, mais encore à Socrate et è plusieurs autres sages du paganisme? La crainte de la mort est horrible , mais la mort en elle-même ne l’est pas. U faut juger ainsi de tant d'autres clioses qui vous paraissent si terribles. Bannissez de vaines opinions, et vous trouverez qu’il n’y a que le péché qui doive vous faire horreur.

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