‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 603 sur 684 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Ue la Joie et de U friiteaae. Comment un homme de bien «e doit réjouir. Que celui qui preroil leut ne l'aniioe de rien. Plwieura mnèdea eoutre la douleur.

1. Lorsque vous vous réjouirez, que la modestie accompagne toqjours vos plaisirs. Ayez votre ctrtir dans vos mains , afin que s’il est nécessaire vous puissiez passer sans tmiihie de la joie i la tristesse. Jésus-Christ , qui couiuissaii

sans doute le prix des choses , tioiiimc heureux ceux qui gémissent, et non pas ceux qui rient. Il sied mal eu effet i un Chrétien, dont la profession est d’aimer uniquement les biens éternels , de se réjouir sur ce qui est périssable, et de se dissiper en de folles joies au milieu tic tant de justes motifs de douleur et de tant de dangers qui assiègent l'âme et le corps de toutes parts. Ce qu’on appelle plaisirs passe fort vile et est presque toujours un commenrement de douleur. Il n’est de vraiejoieque celleque donne la bonne conscience , et qui se feit sentir aux hommes justes qui se sont rendus maîtres de bonne heure des passions de leur cœur. Voulezvous goûter sans fin cette joie? cherchcz-cn la source au dedans de vousHnéme. Les plaisirs qui viennent des choses extérieures sont feibles et languissans , et ne remplissent pas le cœur. Ou peut rire sans être entièrement satisfait. C’est quelque chose de sérieux que la joie véritable, elle naît d’un cœur pur, des sages conseils, des bonnes œuvres, du mépris des voluptés, et du cours tranquille d'une vie innocente. Voici cc que dit la vertu : Pour goûter une joie pure et solide , il faut pleurer long-temps.

2. La tristesse est un sentiment de l’âme qui se trouble â la vue d’un mal présent ou dans la crainte qu’il n’arrive ; mais d’ordinaire nos opinions nous tourmentent beaucoup plus que les choses mêmes qui les font naître. Pour vivre heureux il ne ftut point se mettre en peine de ce que pensent les hommes de nos sen ices , de nos affaires et de nos biens , mais réformer nos propre jugemens lâ-dessus. Ce n’est pas votre feule si vous recevez un affront, si on vous maltraite et si on vous ravit votre bien; mais il dé pend de vous de faire sur cela de sages réflexions . et de penser que ce qu’on appelle mal est quelquefois un solide avantage. Si vous savez détourner votre esprit d’une vue affligeante pour 1 élever vers le ciel , où sont les joies pures et durables, vous n’aurez jamais de tristesse. L’homme de bien ne peut être jamais affligé. Ci n’est pas qu’il soit insensible aux misères de la vie, c’est qu’il se met au-dessus. Il les regarde comme des occasions d’exercer sa patience , et comme des grâces du ciel qui le conduisent à une, gloire qui n aura point de fin. On peut bien le cniire malheoreui , mais on ne peut pas filtre qu’il le soit.

LF. CHEMIN DU CIEL

3. Faites votre compte que tous les mauï qui peuvent afI1i(;er les Iwmmcs vous doivent en effet arriver. Ils vous seront moins sensibles lorsque vous y serez prÿpard , comme ils sont supportables à ceux qui se promettaient un lon^; et paisible bonheur. Serait-il étonnant qu'on vous enlevât la moitié de vos biens, ou que vous les perdissiez entièrement , que votre maison fftt abattue, vos granges brûlées, et vos amis infidèles? Serait-ce un prodige de voir votre réputation flétrie par 1a malice de vos ennemis, et vos dignités passer en d'autres mains? Non sans doute. Aussi les maladies , la captivité et les pertes de biens ne sont point des maux imprévus â un sage. U les a long-temps médités avant que d'en être attaqué, et il les rend plus légers par sa prévoyance , tandis que le reste des hommes ne les adoucit que par une longue habitude â souffrir. Le malheur qui arrive â quelqu'un peut tomber sur tous les hommes. Y a-t-il des riches qui puissent n'étre pas réduits à une extrême pauvreté? Des hommes en place qui soient â couvert de l'abjection et du dernier mépris? la; royaume le plus florissant n’est-il pas quelquefois à la veille de sa décadence et de sa ruine? et n'avons-nous pas vu en ee siècle un roi perdre la tète par le plus détestable de tous les parricides? Il n'y a pas toujours l'intervalle d’une heure entre les richesses et la pauvreté , entre un palais superbe et une cabane , entre le trOne et le lieu du supplice. Vous devez donc vous convaincre fortement qu'il n’est point de condition à l’épreuve des misères de la vie , et que vous y êtes exposé comme le reste des hommes. On supporte aisément la mauvaise fortune quand on l’a toujours attendue.

4. One vie heureuse dérobe les occasions d’exercer la vertu. Cest l’adversité qui la fait connaître; c’est la patience qui en découvre l'étendue et le prix, v Nous sommes devenus , dit l’apétre , un spectacle â Dieu , aux anges et aux hommes. « En efix't , quel spectacle plus grand , et, si je l'ose dire, plus digne de Dieu même, qu'un homme tranquille au milieu des maux de la vie, et victorieux de lui-méme? Ne mérite-t-il pas que le Créateur daigne jeter alors les yeux sur son ouvrage? lorsque les flots sont calmes et les vents fevorables, qui peut connaître l'habileté d’un pilote ? De même , a que sait celui (|ui |

n'est point tenté? • On vous plaint d’étre tombé dans cette disgrâce : pour moi, je vous trouve heureux d’avoir eu une occasion de vous éprouver. Le même accident pouvait arriver â tout autre qu’â vous; mais peu eussent été capabUa de souffrir avec la même force. Vous ne devez donc point vous abattre sous le poids des advei^ sités, quelque pesant quH soit; mais le soutenir avec courage, et marcher d’un pas assuré, vous souvenant qu’après les premiers momens on se familiarise avec elles, et qu’on n’y trouve plus rien d’horrible que l’idée qu'on en avait. Si la pauvreté, la honte, les iqjures, et tant d'autres choses qu’on nomme communément des maux , éloient des maux de la nature , tous les hommes y seraient également sensibles; mais il n’en va |»s ainsi ; car plusieurs les souffrent avec patience , et beaucoup d’autres ne s'en aperçoivent même pas. D’oâ il s’ensuit que ce n’est point la nature qui nous porte à nous en affliger, mais une opinion fausse et trompeuse. Poiuviuui vous séduisez-vous vous-méme? Il n'est point de disgrâces que vous ne puissiez adoucir, puisqu'elles sont toutes supportables , lorsqu'on ne leur suppose pas une horreur qu'elles n'ont point , et lorsqu'on évite de les redoubler par son impatience. On n'est malheureux qu'autant qu'on le croit être.

5. S'il est vrai que le temps adoucit et emporte enfin les plus violens chagrins , pourquoi lui devoir sa tranquillité, lorsqu'on peut soi-méme se la procurer de bonne heure? Quand vous travailleriez à nourrir votre douleur, elle ne laisserait pas de s’éteindre enfin. Non-seulement nos amis , qui la trouvoient d’abord raisonnable , la condamnent comme ridicule lorsqu’on la pousse trop loin , mais encore nous venons à nous en ennuyer nous-mêmes aus.si bien que les autres. Si la tristesse peut diminuer les maux de la vie, je consens que vous versiez des larmes la nuit et le jour, que vous vous priviez du sommeil, et que vous vous fassiez souffrir à vous-méme les plus mauvais traitemens; mais si les pleurs .sont inutiles, s’ils ne peuvent adoucir la mauvaise fortune, apprenez â vous modérer, et â opposer aux malheurs une sage constance. Il est honteux â un pilote de se laisser enlever le gouvernail p;ir les flots, et de voguer au gré de la tem|>ète. Mais celui-lâ est digne de louange qui n'a point nlsiniluiinc la conduite du vaisseau près de faire

PAR LE CARDINAL BONA

nauh-age, el que la mer a enveioppt en fàiaaat son devoir.

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