CHAPITRE XVII
(le U tTainlf. (kmUen elle eut Ttioe. Dc« imiyei» de la eur-
nHMiier. Qu'il faut UiutefuU évturr ta ateunld et raudacc.
Qoclqiica rÿflettona lur la col^.
1. La plupart des hommes s’agitent et se troublent dans la vue d'un mal qui n'existe pas et qui ne doit jamais arriver. La cruauté a moins imaginé de tourmens qu'un esprit inquiet ne s'en fait souffrir â lui-même dans la crainte de perdre des biens ou de ressentir des maux. On redouble les misères de la vie par l'apprélie»sion que l'on en a. Pourquoi vous aflligez-vous avant le temps, et allez-vous au-devant des chagrins par une prévoyance inutiie? Pourquoi vous rendre dès à présent misérable, parce que vous le pouvez être un jour? CesI être insensé que de se troubler sur des idées et de s'alarmer sur des soup^ns. Souvent vous prenez une parole équivoque du mauvais c6té; souvent un traitement fâcheux de la part d'un grand passe dans votre esprit pour plus fâcheux qu'il ne l'est , parce que vous pensez moins au degré de sa colère qu'â ce que peut cet homme en courroux. O, toutes ces craintes sont frivoles, el vous alarment d'autant plus quelles n'ont nul fondement. Ce qui est réel n’alfiige que jusqu'à certain point; ce qui n'existe pas laisse â l'esprit toute la liberté d'imaginer des malheurs et le tourmente sans fin. Il y a cette différence entre souffrir des maux et les attendre que les affiiclions ont des bornes et que la crainte n'en a point. Ce qui vient d'arriver est la mc.sure de nuire chagrin : tout ce qui peut nous accabler esl la règle de nos frayeurs.
2. Si vous voulez afii-anciiir votre âme de ces erreurs, regardez ce que vous pouvez craindre,
584 LE CHEMIN DU CIEL
comme s'il était déjà arrivé. Familiarisez-voas avec ce mal , essayez vos forces contre lui , mesurez sur lui vos craintes , et vous trouverez que votre imagination grossissait les objets. Y a-t-il rien de plus triste que d'ètre exilé ou renfermé dans une prison? Le supplice du leu n'est-il pas le plus cruel des supplices? Vous trouverez cependant même parmi les païens , un généreux mépris de tous ci» maux. Étienne, sous un amas de cailloux , de chair et de sang , prie tranquillement le Seigneur. Laurent , couché sur un gril ardent, fait éclater sa joie et insulte la cruauté de scs juges. La vierge Apolline se jette ellemême sur un bAcher allumé. Le philosophe Anavarciius , brisé dans un mortier, brave encore le tyran. Socrate avale sans se troubler le (toison qui lui est présenté, et huit à la santé de Critias. Pourquoi tant appréhender ces feux et ce nombre de boorreaux empressés autour d'un homme condamné A mourir? Tout cet appareil ne mène pourtant qu'à la mort que tant de jeunes enhins et de filles délicates ont embrasée avec joie. Séparez les choses de la pompe et du tumulte qui les environnent, Atez-leur le masque qui les couvre , et vous trouverez que ce qu'elles ont de plus effrayant et de plus terrible est la crainte qu'elles in.spirent. Comme les enfansont (leur de ceux avec les(|uels ils jouent le plus faiiiiliêrenicnt lorsqu'ils les voient se déguiser, nous sommes effrayés des circonstances de la douleur beaucoup plus que de la douleur même.
3. N'oubliez jamais quelle est la condition des hommes; songez que vous êtes dans un corps fragile, sujet à mille infirmités et condamné à la mort. Dites-vous à vous-même : Je sais que je suis menacé de bien des maux; mais, après tout, qu'ai-je à craindre? La maladie? Elle (Miurra contribuer au salut de mon àme. Ij (lauvreté? Elle amduit à une vie innocente et tranquille : en perdant 1rs richesses, je perdrai line source d'ennuis cl de soins , et je serai ex- (Kisé à moins de dangers. On me frra souffrir des affronts? Si je les ai mérités, je m'eu [ircndrai à moi-même; et si on m'insulte sans raison, content du témoignage de ma conscience, je me consolerai en secret. J'aurai à essuyer des I efus? i,es rois memes n'ont (kis re qu'ils suiiliaitrut. On m'exilera loin de ma patrie? J’irai volontiers : je suis citoyen de tout le monde. Je <ieviriidraiaieuglr?la convoitise u'eutrera plus
(ur mes yeux , et j'aurai moins de désirs. Les hotnmes diront du mal de moi ? Us ne fieront eo cela que suivre leur penchant , et me rendront justice. Je mourrai? Je ne suis en ce monde qu'à condition d'en sortir. Je finirai mes jours en une terre étrangère? Celui qui n'a (loint icibas de demeure assurée est de tous les ]>ays. Je mourrai dans la fleur de mon âge? Je ne dois pas me plaindre que Dieu brise de bonne heure les liens qui m'attachent à la vie. Ni la mort ni la douleur ne sont [loint des maux ; ce sont des apanages de notre natnre. On ne doit pas craindre ce qu'on ne (>eut éviter.
4. Fuyez ce[>cndant la témérité et n’entreprenez rien au-delà de vos forces. La présomption est snivie de près de la chute. Nous ne pouvons nen sans le secours de Dieu qui fait seul tout notre appui. Ia témérité vient de la bonne opinion que l'on a de soi-même, du mépris de scs ennemis et d'im esprit plein d'ardeur et peu expérimenté aux affoires. Avec de la prudence en mesure ses forces et on ne manque guère de réussir. Il arrive au contraire que les hommes entreprenans et hardis rencontrent des diffieultés qu'ils n'avaient pas prévues et se ralentissent tout d'un coup , venant à reconnaître la vanité de leurs pensées et la folie de leurs desseins. Dne fausse sécurité entraîne toujours bien des maux après elle.
5. Enfin vous surmonterez la colère en diminuant l'opinion de l'iiqure reçue, car c'est vous qui imaginez des crimes qui ne forent jamais. Vous vous troublez sans raison , et vous voulez trouver dans la conduite d'autrui dequoi justifier vosemportemens.On ne vous blesserait (»$ si vous ne vous blessiez vous-même. Les nourrices disent aux enfans qu'elles leur donneront ce qu'ils souhaitent s'ils cessent de pleurer. De même lorsque vous sentirez la colère s'élever dans votre âme, dites-vous à vous-même: Ir moyen de (tarvenir à mes fins est de me (>os.séder; si je m'écrie, si je m'emporte, mes affaire» n'en iront que plus mal. Clioisis.'CZ quelques jours durant lesquels vous vous proposiez de ne vous (joint mettre en colère, quelque sujet que vous en puissiez avoir. Continuez durant un ou deux mois de faire ces attentions surtous-niêuic, et vous vous apercevrezd'un si grand progrès que vous rirez de» mêmes choses qui vous faisaient aiip.arasant entrer en fureur. Surtout souveuez-
PAR LE CARDINAL BONA
voua que si les nxeurs douces et polies donnent de la joie i ceux avec qui nous vivons, elles en n‘pandent dans notre cœur infiniment davanta|;e, et que rbomme tranquille est toqjours content , supérieur aux événemens et maître de lui-mème.